dimanche 13 juillet 2008

DES MILLIERS DE PERSONNES PARTICIPENT À LA JOURNÉE D'ACTION AUTOCHTONE

Traduction d’un article du numéro du 16 au 30 juin 2008 de «People's Voice», principal journal communiste anglophone du Canada. Tout article peut être reproduit gratuitement si la source est indiquée. Tarif annuel des abonnements - Canada : 25,00$Can ou 12,00$Can pour les personnes à faible revenu - États-Unis : 25,00$US - Autres pays : 25,00$US ou 35$Can. Envoyer votre chèque en indiquant votre adresse à : People's Voice, c/o Directeur des affaires, 133 Herkimer St. Unit 502, Hamilton, ON, Canada L8P 2H3.

Le chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Phil Fontaine, a dit qu'il était «encouragé et stimulé» par la participation de milliers de Canadiennes/iens aux manifestations et aux rassemblements organisés dans le cadre de la Journée nationale d'action du 29 mai dans tout le pays et par le fait que des organisations qui représentent des millions de personnes ont appuyé le «Plan en sept points pour le changement» de l'APN.

«Les activités d'aujourd'hui représentent une énorme témoignage d'appui à la construction d'un avenir meilleur pour les enfants des Premières Nations et d'une vie meilleure pour les peuples des Premières nations» a déclaré Fontaine. Mais ce jour ne sera vraiment un succès que si le gouvernement et le premier ministre écoutent cet appel à l'action de millions de Canadiennes/iens et acceptent de travailler avec nous à mettre en oeuvre un véritable plan en vue d'un changement réel et de réels progrès.»

Paru à la fin mai, le Plan en sept points de l'APN a été approuvé par le Congrès du travail du Canada, qui compte 3,2 millions de membres, par le réseau œcuménique KAIROS, qui comprend les principales confessions chrétiennes, par le Sierra Club du Canada, par le Syndicat canadien de la fonction publique et par de nombreuses autres organisations.

Parmi les plus importantes activités organisées le 29 mai mentionnons les rassemblements d'Ottawa, qui ont réuni plus de 1 500 personnes. Parmi les participants se trouvaient des aînés et des jeunes des Premières nations, le primat de l'Église anglicane du Canada, le président de l'Association nationale des centres d'amitié, Ray Zahab de la Fondation «One X One», des organisations étudiantes, des syndicats et une délégation d'enfants de la Première nation Attawapiskat de l'Ontario, qui demandent depuis longtemps au gouvernement qu'il tienne les promesses qu'il a faites il y a de nombreuses années de construire une école dans leur communauté, où les étudiants doivent se contenter de constructions mobiles de fortune.

À Toronto, une manifestation semblable a été réalisée, au cours de laquelle les participants à la marche ont été rejoints par des délégués du Congrès du Congrès du travail du Canada. Les activités ont réuni plus de 500 personnes à Winnipeg et environ 300 à Vancouver. Dans tout le pays, plus de vingt événements ont été organisés dans le cadre de la Journée d'action, c'est-à-dire un nombre bien plus élevé qu'en 2007.

«Le temps est venu d'agir» a déclaré le chef national de l'APN. «Nous avons le choix de continuer à maintenir un système brisé qui ne fait que perpétuer pauvreté et pessimisme ou de saisir l'occasion d'investir dans une nouvelle approche et avec un nouvel optimisme qui nous pousse vers l'avant, en vue de l'édification d'un avenir d'espoir, d'harmonie et de bonheur pour toutes et tous les Canadiennes/iens.»

37ème Congrès des communistes de Colombie-Britannique

Traduction d’un article du numéro du 16 au 30 juin 2008 de «People's Voice», principal journal communiste anglophone du Canada. Tout article peut être reproduit gratuitement si la source est indiquée. Tarif annuel des abonnements - Canada : 25,00$Can ou 12,00$Can pour les personnes à faible revenu - États-Unis : 25,00$US - Autres pays : 25,00$US ou 35$Can. Envoyer votre chèque en indiquant votre adresse à : People's Voice, c/o Directeur des affaires, 133 Herkimer St. Unit 502, Hamilton, ON, Canada L8P 2H3.

Bureau du «People's Voice» à Vancouver

Au cours de la fin de semaine, les 31 mai et 1er juin, les délégués de la région de l'Okanagan, de l'Île de Vancouver et du «Lower Mainland» (région métropolitaine située à l'extrême sud-ouest de la C.-B.) ont participé, à Vancouver, au 37ème Congrès provincial de la Colombie britannique du Parti communiste du Canada. George Gidora, qui occupait le poste de leader du Parti communiste de la Colombie britannique depuis la moitié des années 1990, a été réélu au Comité provincial, qui est composé de 13 membres.

Les débats tenus au cours du Congrès ont porté, en grande partie, sur la détérioration de la situation des travailleuses/eurs de la Colombie-Britannique. Bien que les grands médias bourgeois parlent de "croissance économique" pour la province, la crise économique capitaliste naissante frappe durement la majorité de la population. Les licenciements massifs et les réductions de personnel sont particulièrement nombreux dans les communautés qui dépendent de la foresterie et la pêche. Selon les chiffres les plus récents, au cours des deux dernières années environ 10 000 emplois ont été perdus dans la foresterie sur la Côte ouest, tendance parallèle à la chute du nombre d'emplois survenue au sein de l'industrie manufacturière et du secteur secondaire en Ontario, au Québec et dans d'autres provinces. Les données statistiques officielles sur l'emploi demeurent assez élevées, mais la plupart des "nouveaux" emplois se caractérisent par des salaires très inférieurs et par des postes à temps partiel ou temporaires.

La hausse vertigineuse des prix des denrées et de l'immobilier a accru le fossé entre riches et pauvres en Colombie-Britannique. De nous jours à Vancouver, alors que les appartements les plus chers construits sur les toits d'immeubles en copropriété (penthouses de condominiums) coûtent plus de 20 millions de dollars, à quelques pâtés de maisons, sur la Rive Est du centre-ville, des milliers de personnes sont sans abri ou ne survivent qu'avec quelques centaines de dollars par mois et doivent se loger dans de minuscules chambres simples infestés de vermine. Les délégués du Congrès ont critiqué fortement les gouvernements provincial et fédéral de gaspiller des milliards de dollars dans des extravagances tape-à-l’oeil tels que les Jeux olympiques d'hiver de 2010 au lieu de construire des logements sociaux ou d'améliorer l'éducation publique.

Le Congrès a adopté une série de résolutions spéciales, dont plusieurs dénonçaient le gouvernement Campbell pour ses attaques contre les droits démocratiques et pour ses dernières mesures visant à éliminer l'universalité des soins de santé. Une autre résolution a appuyé la campagne menée par le mouvement syndical et le mouvement pour la paix visant à rendre hommage à Kanuko Laskey, survivant du bombardement d'Hiroshima, pour le rôle important qu'il a joué en Colombie-Britannique dans le cadre des campagnes pour le désarmement nucléaire. Les délégués ont également dénoncé le projet de loi C-50 du gouvernement conservateur de Harper comme étant la continuation des politiques racistes et anti-immigrantes qui ont débuté durant le 20ième siècle avec les lois d'exclusion des Asiatiques et l’incident honteux du navire «Komagata Maru» en 1914, au cours duquel des centaines d'immigrants indiens ont été refoulés du port de Vancouver.

Plusieurs membres de la plus nouvelle organisation du Parti communiste, la cellule de la Haute vallée du Fraser, créé en mai et surtout constituée de membres de la communauté sud-asiatique, ont participé au Congrès. Des rapports de délégués ont signalé l'augmentation, en 2008, en Colombie-Britannique, du nombre de demandes d'adhésion au Parti et du nombre d'abonnements au journal «People's Voice» (de 15%).

La principale résolution de principe que le Congrès a adopté appelle la présentation de candidats communistes aux élections provinciales de mai 2009, et la mise en oeuvre commencera bientôt par le choix des candidats et par la finalisation de la plate-forme de la campagne.

Parmi les faits saillants du Congrès il faut souligner une allocution du leader du Parti communiste du Canada, Miguel Figueroa, sur la situation politique internationale et nationale, et un rapport présenté par Nazir Rizvi sur les récents Congrès tenus en Inde par les deux principaux Partis communistes de ce pays, auprès desquels notre camarade représentait le PCC.

Le nouveau Comité provincial de la Colombie-Britannique se réunira le 29 juin pour élire les membres de son exécutif et pour commencer à élaborer des plans détaillés pour le travail du Parti au cours de l'été et de l'automne.

jeudi 10 juillet 2008

Quel oncle est vraiment fou?

Par Mumia Abu-Jamal
1er Mai 2008
Lorsque les émissions à succès conservatrices ont commencé à soulever des questions au sujet de l'ancien pasteur de Barack Obama, le révérend Dr. Jeremie Wright, le candidat démocrate a essentiellement essayé de minimiser sa relation avec lui, suggérant que Wright était un peu comme «l’oncle fou» commun à de nombreuses familles.

En raison de la pression engendrée par les émissions d’information continue 24 heures sur 24, un long chemin a été parcouru depuis. Bien que le Sénateur Obama ne se réfère plus à lui de cette manière, il vaut la peine d'examiner ce que le pasteur Wright a dit qui a fait monter à l’assaut l’univers sombre des commentateurs-trices de droite de la radio et de la télévision comme un beffroi rempli de chauve-souris affolées qui dissertent. Parmi les commentaires "controversés" du révérend Wright il y avait ceux-ci:

« Nous avons bombardé Hiroshima, nous avons bombardé Nagasaki, et nous avons irradié beaucoup plus de personnes que les milliers de New York et du Pentagone, et sans même jamais cligner un oeil ... et maintenant nous sommes indignés, parce que les choses que nous avons fait outre-mer nous reviennent maintenant dans notre propre cour. Les poulets d’Amérique sont revenus se percher à la maison ... La violence engendre la violence. La haine engendre la haine. Et le terrorisme engendre le terrorisme. Un ambassadeur blanc vous a dit a dit cela à tous, pas un militant noir ... Un ambassadeur dont les yeux sont grands ouverts et qui essaie de nous réveiller et de nous éloigner de ce dangereux précipice sur le bord duquel nous sommes maintenant... »

Les paroles du Rev Wright sur la façon dont l'Amérique a traité ses citoyens a la peau plus foncée ont également été qualifiées de « controversées » Voici quelques-unes d'entre elles:

« Et le gouvernement des États-Unis d'Amérique, quand le temps est venu de traiter ses citoyens d'origine autochtone équitablement, il a échoué. Il les a mis dans des réserves. Quand le temps est venu de traiter ses citoyens d'origine japonaise équitablement, il a échoué. Il les interner dans des camps de prisonniers. Quand le temps est venu de traiter ses citoyens de descendance africaine équitablement, l'Amérique a échoué. Elle les a enchaînés, le gouvernement les a vendus aux enchères, les a mis dans les champs de coton, les a mis dans des écoles inférieures, les a mis dans des logements insalubres, les a utilisé comme cobayes dans des expériences scientifiques, les a mis dans les emplois les moins bien rémunérés, et leur a refusé une égale protection de la loi, les a maintenus à l’extérieur de leurs bastions racistes de l'enseignement supérieur et les a enfermés dans les positions de désespoir et d'impuissance. Le gouvernement leur donne des drogues, construit des prisons plus grandes, adopte la loi sur les récidivistes et puis il veut que nous chantions «Que Dieu bénisse l’Amérique ». Non, non, non, Dieu ne bénit pas l'Amérique. Dieu condamne l’Amérique -c’est dans la Bible - pour tuer des innocents. »
Sur le rôle du gouvernement des États-Unis outre-mer, M. Wright a prêché ce qui suit:
«Les gouvernements mentent. Le gouvernement a menti au sujet de l'expérience de Tuskegee ... Le gouvernement a menti au sujet du bombardement du Cambodge ... Le gouvernement a menti au sujet du complot de la drogue pour armer la Contra orchestré par Oliver North ... Le gouvernement avait menti sur le prétendu lien entre Al-Qaida et Saddam Hussein et sur la relation entre le 11 septembre 2001 et l’Opération libération de l’Iraq. Les gouvernements mentent. »

Je ne sais pas pour vous, mais je n'ai pas entendu une seule déclaration qui ne soit pas catégoriquement, historiquement, absolument vraie. Comme le copain de mon pays, Bro. Willie pourrait demander, « Quel est le problème? »
La réponse d’Obama, a servi à apaiser la droite fascisante, sonnait comme des excuses: «Je rejette carrément les déclarations qui sont en cause faites par le révérend Wright.»

Le problème n'est pas que le révérend Wright était fou, mais qu'il disait la froide, la stricte vérité. C'est ça le problème.
Les nationalistes étasuniens demandent que toute personne qui déclare quelque vérité soit « dénoncée ». Quand surgira-t-il un candidat qui dénoncera l'impérialisme, et la ruineuse guerre sans fin contre une grande partie du Tiers-Monde, au profit des entreprises d’ici?
Si cette élection en est une mesure, ce n’est pas bientôt.
Quel oncle est vraiment fou? L'Oncle Jérémie ou l'Oncle Sam?

UNE MANNE DE $50 MILLIARDS POUR L’INDUSTRIE PÉTROLIÈRE

(Traduction d’un éditorial de l’édition du 1-31 juillet 2008 du People's Voice, le principal journal communiste au Canada. Ses articles peuvent être reproduits gratuitement si la source est citée. Abonnement au Canada: $ 25/année, ou $ 12 pour les faibles revenus; abonnement pour les États-Unis - 25 $ US par année; abonnement d'outre-mer - $ 25 US ou 35 $ CAN par année. Envoyer à: People's Voice, c / o PV Business Manager, 133 Herkimer St., Unit 502, Hamilton, ON, L8P 2H3.)

On fait rarement mention lors de la couverture que font les médias de la montée fulgurante des prix du carburant, de la montée tout aussi radicale des profits des compagnies pétrolières. Les quatorze plus importantes entreprises canadiennes du pétrole et du gaz se sont emparé de $6,4 milliards en bénéfices durant le premier trimestre de cette année. Petro-Canada, désormais privatisé, a été le grand gagnant, avec $1,1 milliards de bénéfices. Mis en perspective, ça correspond à peu près à $200 de profit par Canadien-ne au cours des trois premiers mois de 2008 seulement. En termes de pourcentage, les bénéfices de ces sociétés sont en hausse de plus de 33% par rapport à la même période en 2007.
Depuis lors, les prix du pétrole ont monté en flèche à plus de $135 le baril, et les automobilistes doivent payer près de $1,50 le litre. Le total des bénéfices annuels pour l'ensemble de l'industrie de l'énergie au Canada pourrait facilement atteindre $50 milliards pour l'année 2008, soit l’équivalent de $1500 par habitant. Chaque fois que les prix du pétrole augmentent au détriment du peuple travailleur, la Bourse de Toronto augmente, de telle sorte que les riches deviennent plus riches alors que le reste d'entre nous devenons toujours plus pauvres.
Pas étonnant que la majorité des Canadiens appuie l’idée d’une propriété publique des ressources énergétiques. Songez à ce que ces bénéfices stupéfiants pourraient nous fournir: assez de logements sociaux pour mettre fin à l'itinérance, un système de garderie universel et gratuit, une augmentation considérable des travailleurs-euse de la santé, et beaucoup plus.
Pas le moindre, la propriété publique permettrait aux peuples du Canada de prendre des décisions fondamentales quant à la nature même de l'industrie, qui consiste présentement à pomper de grandes quantités de gaz à effet de serre et à alimenter la machine de guerre meurtrière des États-Unis. L’exploitation des sables bitumineux dans le nord de l'Alberta est en train de tuer des travailleurs-euses et de détruire de vastes étendues de la province, avec des effets particulièrement dévastateurs sur les peuples autochtones dont les territoires sont engloutis.
Il est temps de suivre l'exemple du Venezuela, de la Bolivie et d'autres pays, où les ressources énergétiques sont considérées comme vitales pour aider à conserver et à améliorer la vie des travailleurs-euses, et non pas comme une source de bénéfices ahurissants pour l'ultra-riche.

mercredi 9 juillet 2008

LE RAPPORT BOUCHARD-TAYLOR : UN PAVÉ DANS LA MARE IDENTITAIRE

Par Hugo Pouliot

Le 23 mai dernier la Commission Bouchard-Taylor a finalement publié son long rapport sur la question des « accommodements raisonnables ». Des fuites avaient déjà été rapportées par le quotidien anglophone montréalais The Gazette à l’effet que le rapport critiquait la majorité francophone du Québec pour son manque d’ouverture envers les immigrant-es et leurs coutumes. Les deux responsables de la Commission, Gérard Bouchard et Charles Taylor, s’en sont bien défendus et ont nié toute volonté de leur part d’accuser les Québécois-es dit « de souche » d’être les seuls responsables de la crise autour des fameux « accommodements raisonnables ». Néanmoins il n’en fallait pas plus pour déclencher l’ire d’une bonne partie du mouvement indépendantiste québécois qui y voyait, entre autres choses, une tentative de culpabiliser le peuple québécois pour son malaise identitaire.

Les audiences publiques tenues l’automne dernier à travers le Québec par la Commission Bouchard-Taylor ont en effet révélé l’existence d’une véritable crise identitaire au sein de la population québécoise qui se sent toujours menacée par son statut de minorité francophone dans une Amérique du Nord à très forte prédominance anglophone.

Suite à l’enflure médiatique qui a été faite autour de quelques demandes d’ « accommodements raisonnables » formulées par des groupes minoritaires ethniques et religieux, ces derniers ont été de plus en plus perçus par une certain nombre de Québécois-es comme une « menace » pour la survie de la culture et de l’identité québécoises. Comme si la présence de femmes musulmanes voilées ou de Sikhs portant le turban pouvait mettre en danger l’existence de la nation québécoise! Ou bien que le fait de permettre à des gens de s’intégrer à la société québécoise tout en conservant leurs coutumes et leurs rites religieux risquait de mener à l’assimilation du peuple québécois! C’est une démonstration éclatante de ce que Lénine appelait la mentalité étriquée de petite nation. Le nationalisme des petites nations a en effet tendance à faire preuve d’étroitesse et de repli sur soi face aux cultures et aux traditions nationales « étrangères » parce qu’il est généralement guidé par la peur de disparaître.

Le sentiment d’insécurité généré par l’oppression nationale historique du peuple québécois a été habilement exploité par des démagogues racistes et ultranationalistes qui y ont vu l’occasion rêvée pour stigmatiser les immigrant-es et faire la promotion d’une certaine « pureté » ethnique et nationale. L’Action Démocratique du Québec, populiste de droite et ultraconservatrice, s’est servie du débat sur les « accommodements raisonnables » pour remonter dans les sondages et gagner une certaine popularité après avoir connu un déclin sérieux.

L’ADQ fait ouvertement la promotion d’un discours nataliste, pour les femmes québécoises francophones bien sûr, et dénonce les quotas d’immigration du gouvernement Charest comme étant trop élevés! Malheureusement l’ADQ a réussi en jouant sur le malaise identitaire des Québécois-es à devenir l’opposition officielle lors des élections du 26 mars 2007, repoussant le PQ à la troisième place.

Il y a eu aussi le code de vie du village d’Hérouxville en Mauricie qui stipulait entre autres choses que la lapidation des femmes était interdite dans cette localité et que les immigrant-es avaient intérêt à se conformer aux « valeurs de la société québécoise qui les accueille si généreusement »! C’était une manière d’associer l’ensemble des musulman-es à des pratiques barbares qui ont cours dans un nombre infime de pays et d’encourager le développement de l’islamophobie qui est très présente en Occident depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Suite aux dernières élections québécoises, le gouvernement libéral minoritaire de Jean Charest a décidé de mettre sur pied la Commission Bouchard-Taylor sur les « accommodements raisonnables ». Les audiences de cette commission furent marquées par des interventions racistes et intolérantes contre les minorités ethniques et religieuses injustement accusées d’abuser de notre soi-disant « trop grande tolérance et mollesse » à leur égard. Il y a eu également des témoignages d’immigrant-es sur les difficultés multiples qui parcourent leur existence au Québec, comme le taux de chômage élevé et la non-reconnaissance des diplômes professionnels « étrangers ». D’ailleurs le rapport Bouchard-Taylor aborde les conditions de vie des immigrant-es et la discrimination qui les confronte quotidiennement dans leur volonté d’améliorer leur sort.

Le problème du racisme qui est présent dans la société québécoise, comme dans toutes les sociétés occidentales, est très clairement démontré et expliqué dans ce rapport et fait voler en éclat les élucubrations des nationalistes radicaux à l’effet que les minorités ethniques et religieuses seraient traitées si généreusement au Québec! De plus, le rapport Bouchard-Taylor parle de crise des perceptions pour décrire le délire identitaire au sujet des « accommodements raisonnables ».

Contrairement à l’opinion largement répandue, il n’y a eu aucune augmentation des accommodements consentis par les autorités publiques pour satisfaire les groupes minoritaires ces dernières années. La thèse d’une société québécoise assiégée par des groupes religieux cherchant à imposer leurs valeurs et leurs traditions à la majorité est donc fausse de bout en bout. C’était essentiellement des faits divers, comme les vitres givrées du YMCA d’Outremont ou la fameuse histoire de la cabane à sucre de Mont St-Grégoire, qui ont été monté en épingle par les médias bourgeois dans le but de susciter le scandale et la haine entre les Québécois-es d’origine canadienne française souvent qualifiés de « souche » et les autres, les Québécois d’autre origine, les autochtones et les immigrant-es.

Nous pourrions même rajouter que toute cette crise fait partie de la tactique classique de la bourgeoisie de diviser la classe ouvrière pour mieux régner. En divisant ainsi les travailleurs et les travailleuses selon des lignes ethniques et religieuses, la classe dirigeante capitaliste est en meilleure position pour lancer ses attaques contres nos droits sociaux et nos conditions de vie et de travail et pour affaiblir tout mouvement unifié de riposte.

Tel que mentionné plus haut, une bonne partie du mouvement indépendantiste québécois a réagi très négativement au rapport Bouchard-Taylor. Jacques Parizeau a déclaré qu’il était bon pour la poubelle et que c’était normal que les immigrant-es aient un taux élevé de chômage durant les premières années de leur vie au Québec et qu’on ne pouvait rien faire contre ça! Il en a profité pour dénoncer vivement l’intention du gouvernement Charest de hausser le seuil annuel d’immigration du Québec de 40000 à 55000 au cours des prochaines années. On reconnait bien là le Jacques Parizeau du 30 octobre 1995 avec sa célèbre déclaration sur les « votes ethniques »!

De son côté, Bernand Landry a accusé les deux commissaires de vouloir culpabiliser les Québécois-es francophones et de faire preuve d’un supposé manque de courage en refusant d’interdire le port des signes religieux par les enseignant-es.

L’actuelle cheffe du PQ, Pauline Marois, a déclaré que le rapport faisait fi du malaise identitaire ressenti par nombre de Québécois-es, ce qui est complètement faux. Il est bon de rappeler ici que le PQ a déposé l’automne dernier un projet de loi sur la citoyenneté et l’identité québécoises qui préconise de retirer le droit d’éligibilité aux immigrant-es ne maîtrisant pas le français. Un bel exemple de nationalisme étroit et réactionnaire.

Le Parti Indépendantiste, crée à l’automne 2007 à cause de la volonté du PQ de mettre plus ou moins en veilleuse le projet souverainiste, a déclaré que le rapport Bouchard-Taylor est insultant pour le peuple québécois et que c’est aux immigrant-es de faire l’effort de s’intégrer à la société qui les accueille. Le PI n’hésite pas à afficher ouvertement ses tendances ultranationalistes et xénophobes et à décrire l’immigration « intensive et forcée » comme un danger pour la nation québécoise. Pas étonnant que l’ancien député bloquiste Ghislain Lebel, célèbre pour son racisme anti-autochtone, ait adhéré à ce parti!

Il faut par contre mentionner que Québec Solidaire, qui a une position en faveur de la souveraineté du Québec, a réagi favorablement au rapport Bouchard-Taylor, ce qui est une excellente chose. Les deux chefs du parti, Amir Khadir et Françoise David ont souligné la sagesse et l’ouverture d’esprit du rapport. Ils ont appuyé la proposition de permettre aux enseignant-es de porter le foulard islamique, ce qui a provoqué l’ire de certains éléments nationalistes de QS. Ils ont également salué les propositions pour faciliter l’amélioration du sort des immigrant-es.

Cet appui de QS pour le rapport Bouchard-Taylor a placé le groupe révisionniste trotskisant et ultranationaliste d’André Parizeau, qui prétend frauduleusement être le PCQ, dans une bien mauvaise posture. Il faut rappeler que Parizeau n’avait pas hésité à se joindre l’année dernière à la campagne hystérique contre le droit de vote des femmes musulmanes portant le niqab ou voile complet. Il avait alors dénoncé vivement notre position qui s’opposait à cette croisade raciste en se portant à la défense des lois québécoises supposément menacées par la soi-disant mollesse d’Élections Canada. Les parizionnistes veulent à tout prix être à la remorque des éléments les plus radicaux du mouvement indépendantiste québécois, n’hésitant pas à participer à une manifestation organisée par les Jeunes Patriotes du Québec ultranationalistes le 19 mai dernier. Ils ont alors diffusé un tract reprochant à bon nombre d’immigrant-es leur « refus » de s’intégrer à la société québécoise en choisissant l’anglais, ce qui selon leurs propres mots « a pour conséquence, à moyen et à long terme, de réduire le poids démographique et démocratique des francophones »! On croirait entendre la Société St-Jean-Baptiste de Montréal!

Mais comme le faux PCQ ne veut pas se couper de Québec Solidaire, ils ont commencé par appuyer la position des deux chefs en faveur du rapport BT, ce qui allait à l’encontre de ce qu’ils avaient précédemment dit sur la question des accommodements raisonnables, et suite à une réunion de leur Comité central ils ont commencé à émettre des doutes sur le bien-fondé de permettre le port du foulard islamique dans le milieu de l’éducation et de la fonction publique en général. Certains de leurs membres ont insisté sur la nécessité de défendre les « valeurs québécoises » de laïcité et d’égalité hommes-femmes, comme si ces valeurs étaient exclusives au Québec! On voit bien que le nationalisme étroit finit toujours par prendre le dessus chez les parizionnistes et que ces derniers veulent conserver à tout prix leur réputation d’indépendantistes « purs et durs ».

La position du Parti Communiste du Canada, dont le Parti Communiste du Québec (le vrai bien sûr) est la section québécoise, sur cette question des « accommodements raisonnables » est, comme nous l’avons mentionné dans la déclaration publiée dans le numéro 10 de Clarté, de défendre sans condition les droits des immigrant-es et de nous opposer à ce délire identitaire. Nous sommes contre l’interdiction du port des symboles religieux, comme le hidjab ou foulard islamique, car nous croyons que ce genre de mesures vise à semer la haine et la division et risque d’isoler davantage les personnes immigrantes du reste de la société. Nous sommes pour la séparation de l’Église et de l’État et pour une véritable laïcité mais sans pour autant interdire les croyances et pratiques religieuses. Nous ne voulons pas non plus que la laïcité devienne une arme pour propager le racisme et attaquer les droits des immigrant-es.

En tant que marxistes-léninistes, nous prônons l’égalité complète des langues et des nations partout à travers le Canada, ce qui est loin d’être la réalité présentement, et nous nous opposons à toute mesure discriminatoire contre les droits des minorités. Le Parti Communiste du Canada combat à la fois le nationalisme étroit du Québec et le chauvinisme de grande nation du Canada anglais, qui favorisent l’exclusivisme national et ethnique et qui briment les droits des différentes minorités linguistiques et nationales composant le Canada. C’est le seul programme susceptible de créer l’unité de la classe ouvrière partout à travers l’État canadien dans le but de vaincre l’offensive de la classe dirigeante capitaliste contre nos acquis sociaux et pour instaurer un Canada socialiste libre de toute discrimination et exploitation.

mercredi 2 juillet 2008

PLUS QUE JAMAIS MANIFESTONS NOTRE SOLIDARITÉ AVEC LA PALESTINE!

Par Hugo Pouliot

L’année 2008 est marquée par un double anniversaire très dramatique et négatif, soit celui du 60ème de la Nakba (tragédie) palestinienne et celui du 41ème anniversaire de l’occupation par Israël des territoires palestiniens. En 1948 lors de la création de l’État d’Israël, plus de 750 000 Palestiniens furent brutalement expulsés de leurs terres par les milices sionistes qui ont également rasées 450 villages palestiniens. En 1967 suite à la guerre des Six-Jours entre Israël et quelques-uns de ses voisins arabes, l’Égypte, la Jordanie et la Syrie, l’armée israélienne s’est emparée du contrôle de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Ces deux territoires étaient peuplés de Palestiniens qui tombèrent sous le joug cruel et impitoyable du colonialisme israélien lourdement armé et financé par l’impérialisme américain. Nous pouvons donc affirmer que le peuple palestinien a été victime de deux catastrophes au cours du XXème siècle, causées par les puissances impérialistes occidentales et leur volonté de domination du Proche-Orient.

Peu de temps après la fin de la guerre des Six-Jours, le gouvernement israélien a mis en oeuvre une politique de colonisation progressive des territoires palestiniens occupés en confiscant les terres des fermiers palestiniens pour les donner à des colons juifs dont une bonne partie sont des fondamentalistes religieux enragés qui considèrent que la Palestine est le berceau du peuple juif et que les Arabes n’ont pas le droit d’y vivre. La résistance des Palestiniens contre cette politique de dépossession et de nettoyage ethnique « en douceur » a été systématiquement réprimée par l’armée israélienne. En même temps un mouvement de solidarité s’est créé à l’intérieur d’Israël parmi la population arabe mais aussi parmi les Juifs de gauche. Le Parti communiste israélien a été dès le départ au premier plan de la lutte contre l’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza et pour la création d’un État palestinien viable et souverain avec le droit au retour pour les réfugiés de la guerre de 1948. Le PCI a été le seul parti à la Knesset(parlement israélien) à dénoncer la guerre des Six-Jours comme une politique d’agression contre les pays arabes. Le chef historique du PCI, Meir Vilner, a été poignardé en 1967 par un extrémiste de droite à cause de cette position courageuse (voir cette courte notice biographique de ce grand leader communiste sur le site du Israeli Communist Forum, www.icf.org.il/vilneren.htm). L’Union Soviétique et tout le camp socialiste ont également donné un solide appui à la lutte palestinienne en suivant la doctrine de l’internationalisme prolétarien. L’aide des pays socialistes a été très précieuse pour les combattants de l’Organisation pour la libération de la Palestine(OLP) qui avaient contre eux tous les pays impérialistes alliés à l’État israélien expansionniste et colonialiste. Le soutien donné actuellement par le gouvernement révolutionnaire de Cuba aux Palestiniens n’est sûrement pas étranger au fait qu’Israël est un des seuls pays dans le monde à soutenir le blocus américain contre ce pays socialiste.

En 1987 éclata la première Infifada(soulèvement)contre l’occupation israélienne. C’était une révolte populaire contre des années de répression intense et de vol systématique de terres par un régime colonisateur. La première Intifada a mis plus que jamais à l’ordre du jour la lutte de libération nationale du peuple palestinien. Les pays impérialistes occidentaux se devaient de tenir compte de cette lutte et des pourparlers furent entamés avec l’OLP. Malheureusement la chute de l’URSS et des autres régimes socialistes en Europe de l’Est entre 1989 et 1991 a enlevé un appui de taille à la cause palestinienne. En 1993, après une longue négociation débutée deux ans plus tôt, Yasser Arafat, dirigeant de l’OLP, signe une déclaration de principes appelée « les Accords d’Oslo » avec le premier ministre travailliste israélien, Yitzhak Rabin. Cette entente visait à engager un processus de paix qui impliquait notamment la reconnaissance de l’État d’Israël par les Palestiniens et la reconnaissance par Israël d’un gouvernement palestinien autonome sur deux territoires (Gaza et Jéricho). Cependant, d’une part, le contenu de l’accord demeurait vague et ambigu quant à la reconnaissance réelle du droit des Palestiniens à l’autodétermination, et d’autre part, les forces sionistes les plus radicales n’y étaient pas moins farouchement opposées (Rabin fut d’ailleurs assassiné par un sioniste d’extrême-droite qui lui reprochait d’avoir signé ces accords). En fait, Israël, particulièrement après le retour au pouvoir du Likoud, a par la suite poursuivi sans relâche sa politique de colonisation et d’occupation pendant le processus de paix d’Oslo(1993-2000)tout en faisant de vagues promesses pour une « autonomie palestinienne ». La regrettée linguiste israélienne Tanya Reinhart, disciple de Noam Chomsky, a très bien analysé la période des accords d’Oslo et tous les problèmes que ça impliquait pour les Palestiniens dans son magnifique livre Détruire la Palestine publié en français par les Éditions Écosociété. La visite provocatrice du chef du parti de droite Likoud, Ariel Sharon, sur le Mont du Temple à l’automne 2000, alors que les musulmans considéraient ce site comme sacré pour leur religion, a mis le feu aux poudres et a permis le déclenchement de la deuxième Intifada. Les frustrations des Palestiniens envers le processus de paix d’Oslo ont éclaté au grand jour et ont mis fin à cette tromperie monumentale.

La deuxième Intifada a été marqué par un très fort esprit de résistance de la part du peuple palestinien mais malheureusement aussi par des attentats-suicide dirigés contre des civils israéliens. C’est une tactique condamnable même si nous comprenons très bien le désespoir qui pousse un certain nombre de Palestiniens à commettre ces actes. Les attentats-suicides font le jeu de la droite israélienne représentée par des politiciens réactionnaires comme Ariel Sharon, Binyamin Netanyahu et Ehud Olmert. La classe ouvrière israélienne, qui doit jouer un rôle crucial dans la lutte contre l’occupation, est poussée dans les bras de sa classe dirigeante belliqueuse. Néamoins il est important de mentionner que la lutte de libération nationale du peuple palestinien est loin de se résumer aux attentats-suicide comme le laisse croire trop souvent les médias bourgeois occidentaux. Il y a une lutte populaire importante en Cisjordanie contre le Mur de l’Apartheid, érigé soi-disant pour des raisons de sécurité mais en réalité pour annexer des terres palestiniennes à Israël, avec des manifestations régulières qui sont constamment et violemment réprimées par l’armée israélienne. Les communistes palestiniens du Parti du Peuple palestinien appuyés par les communistes israéliens jouent un rôle important dans ce mouvement de résistance populaire et anticolonialiste qui ne fait pas beaucoup parler de lui dans nos médias monopolisés mais qui est quand même très présent sur le terrain. En 2004 la Cour Internationale de Justice a publié un avis dénonçant le Mur de l’Apartheid que le gouvernement israélien a ignoré et que le gouvernement canadien, alors dirigé par les Libéraux de Paul Martin, a dénoncé pour son soi-disant parti pris contre Israël. La poursuite de la construction de ce Mur, à l’intérieur de la Cisjordanie et non sur la ligne verte qui sépare Israël des territoires palestiniens, nuit terriblement à la vie quotidienne des Palestiniens qui se trouvent bien souvent coupés de leurs terres et de leurs emplois.

Un des enjeux les plus importants pour la lutte de libération nationale palestinienne est la question des ressources en eau de la Cisjordanie, qui sont entièrement contrôlées par Israël au bénéfice des colons et des besoins de l’État israélien. C’est ce qui explique pourquoi l’État sioniste veut garder le contrôle de la vallée du Jourdain après la création d’un État palestinien. L’eau est une des ressources les plus précieuses du Proche-Orient avec le pétrole. Il y a un véritable système d’apartheid qui a été mis en place par le gouvernement israélien concernant l’utilisation de l’eau, par exemple les colons juifs ont le droit de consommer au moins cinq fois plus d’eau que les Palestiniens et ces derniers doivent obtenir l’autorisation des occupants israéliens pour creuser des puits d’eau, ce qui leur est systématiquement refusé. Pendant ce temps-là les colons peuvent arroser à volonté leurs terrains et leurs vergers et remplir leurs piscines alors que les Palestiniens sont condamnés au rationnement le plus strict. Un autre exemple qui démontre la perversité et la rapacité extrêmes du colonialisme israélien.

A l’été 2005 le gouvernement israélien s’est retiré de la Bande de Gaza et a déplacé ses colons qui y étaient installés au cours d’un évènement hautement médiatisé en Occident. Par contre on a peu ou pas mentionné que ce « retrait » avait pour but de renforcer l’occupation de la Cisjordanie en y déménageant un certain nombre de colons originaires de Gaza. De plus la Bande de Gaza est depuis de nombreuses années une véritable prison à ciel ouvert dont les entrées et sorties sont rigoureusement contrôlées par Israël et cette situation n’a pas changé d’un iota depuis le soi-disant retrait israélien de l’été 2005. Les bombardements israéliens ne cessent de se succéder depuis ce temps prenant pour prétexte les tirs de roquettes de certains groupe armés palestiniens et le nombre de civils palestiniens tués lors de ces opérations ne cessent de s’alourdir, dépassant de loin le nombre de civils israéliens tués lors des attentats palestiniens. En 2006 l’élection du Hamas (mouvement de résistance islamique) à la tête de l’Autorité Palestinienne, à cause de la corruption de certains dirigeants du Fatah et de la montée du scepticisme parmi les Palestiniens envers la stratégie de concertation avec Israël et les États-Unis pratiquée jusqu’alors par l’AP, a déclenché un mouvement de boycottage du gouvernement palestinien élu par les pays impérialistes occidentaux. Le gouvernement canadien a été un des premiers à cesser toute aide au peuple palestinien par mesure de représailles. Les Conservateurs de Stephen Harper ont ainsi intensifié le dur virage pro-israélien amorcé sous le règne des Libéraux. Quelle que soit notre opinion du Hamas, de sa stratégie et de son idéologie, il a été démocratiquement élu par les Palestiniens qui sans aucun doute percevaient comme un échec la politique de négociation avec l’occupant israélien et l’impérialisme américain poursuivie par la direction du Fatah. En 2007, le Hamas a pris le contrôle de la Bande de Gaza suite à des affrontements armés avec le Fatah et un blocus inhumain de ce petit bout de territoire a immédiatement été décrété par Israël et ses alliés occidentaux, dont bien sûr l’État impérialiste canadien. Pour la nième fois les souffrances du peuple palestinien ont été amplifiées délibérément par les dirigeants impérialistes dans le but de mettre un terme à son combat pour la liberté et contre l’occupation israélienne.

La solidarité est donc plus que jamais nécessaire avec la lutte de libération nationale du peuple palestinien. Nous devons dénoncer la collusion et la collaboration de nos dirigeants capitalistes avec l’État sioniste. Le soutien aveugle et total que donne le gouvernement conservateur de Stephen Harper à Israël est complètement scandaleux et doit être combattu sans relâche par toute personne éprise de justice, de démocratie et de paix. Il faut appuyer activement les organisations et mouvements palestiniens progressistes et démocratiques dans leur combat pour un État palestinien indépendant et digne de ce nom. En ce moment il y a encore des milliers de prisonniers politiques palestiniens dans les prisons israéliennes, dont le célèbre dirigeant du Fatah Marwan Barghouti qui a été condamné cinq fois à la prison à perpétuité par un tribunal civil israélien. La raison de sa condamnation vient du rôle de premier plan joué par Barghouti dans la résistance palestinienne et aussi de son immense popularité au sein de son peuple. En emprisonnant un tel symbole, l’État sioniste espérait sans aucun doute affaiblir et démoraliser les combattants palestiniens, ce qui n’a heureusement pas réussi. La campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) dirigée contre les politiques meurtrières, colonialistes et ségrégationnistes du gouvernement israélien constitue un excellent moyen de soutenir la cause palestinienne. Il faut également être très lucide et critique envers tous les « processus de paix » qui sont tant vantés par les médias bourgeois occidentaux, que ce soit la Feuille de Route de George Bush ou bien le sommet d’Annapolis tenu en décembre 2007, qui finissent toujours par une impasse et qui n’apportent rien de positif aux Palestiniens toujours aussi durement opprimés.

mardi 1 juillet 2008

Samir Amin : le nouveau défi de l’internationalisme des peuples

Entretien
www.humanite.frdimanche 3 février 2008

Samir Amin est membre du Conseil international du Forum social mondial et président du Forum mondial des alternatives (Égypte). Il est auteur de très nombreux ouvrages d’analyse économique et politique et de géopolitique. Il participait samedi dernier à Paris au colloque « Altermondialisme et post-altermondialisme » organisé par l’association Mémoires des luttes et la revue Utopie critique.

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Comment analysez-vous les développements actuels de la crise économique et financière à l’échelle mondiale ?

Samir Amin. La financiarisation du système libéral, considérée par beaucoup comme une forme nouvelle, durable du capitalisme, n’était à mon avis que le moyen conjoncturel pour le capital de surmonter ses contradictions.

La croissance des revenus du capital et la réduction de ceux du travail ne peuvent être poursuivies indéfiniment. Le versant financier du système était son talon d’Achille.
Les subprimes ne sont pas la cause de la crise, qui est systémique, mais seulement l’accident de parcours qui l’a déclenchée. Après la privatisation des profits, les forces dominantes en place vont s’employer à en socialiser les pertes, c’est-à-dire à les faire payer aux travailleurs, aux retraités et aux pays vulnérables du tiers-monde.

Le capitalisme, comme système historique, est, selon vous, dans une phase de « déclin ». Qu’est-ce qui justifie une telle analyse ?

Samir Amin. Le système capitaliste, comme système historique, a connu une très longue maturation. Au contraire, son apogée, amorcé au plan politique par la Révolution française et au plan économique par la révolution industrielle, s’est concentré sur le XIXe siècle, c’est-à-dire sur une période très courte. La fin de cet apogée est annoncée très tôt, dès 1871, par la Commune de Paris et peu après, en 1917, par la première révolution au nom du socialisme, la révolution russe. Contrairement aux apparences et aux opinions dominantes, le capitalisme est entré, alors, dans une longue période de déclin. Remis en cause au XXe siècle, comme système économique, social et politique par les projets alternatifs (socialistes, communistes), il est également confronté au contraste grandissant qu’il a lui-même produit entre les centres dominants et les périphéries dominées. Ce contraste a alimenté la révolte, le refus des peuples dominés de s’ajuster, d’accepter cette domination et la dégradation des conditions sociales qu’elle engendre.

Comment s’articulent ces deux dimensions - idéologique et géopolitique - de la remise en cause du capitalisme ?

Samir Amin. Elles sont indissociables. Tout simplement parce que le capitalisme réellement existant, comme système mondialisé, est impérialiste par nature. Cette indissociabilité a été formalisée, au siècle dernier, par les révolutions socialistes qui ont pris corps aux périphéries du système capitaliste. Je pense aux révolutions chinoise, vietnamienne et cubaine. Cette association, au XXe siècle, entre les deux dimensions de la remise en cause du capitalisme constitue en quelque sorte une première « vague ». Celle des révolutions au nom du socialisme, des grands mouvements de libération nationale avec des degrés divers de radicalité, du non-alignement, de l’anti-impérialisme. Cette première vague a atteint ses limites historiques assez rapidement. Elle s’est essoufflée. Très rapidement, dans le cas des pays du tiers-monde sortis de la libération nationale. Moins rapidement dans le cas des révolutions au nom du socialisme. Mais le résultat est le même : cette première vague s’est émoussée, puis exténuée.

Vous estimez néanmoins qu’une seconde « vague » de remise en question d’ensemble du système mondialisé peut prendre naissance. Mais comment ?

Samir Amin. Entre la vague qui s’est épuisée et la nouvelle vague, possible et nécessaire, du XXIe siècle, il y a un creux. Dans ce creux, les rapports de force sociaux, politiques, sont inégaux. Tellement inégaux qu’ils permettent une contre-offensive du capital, renforcée par les illusions de la fin de l’histoire, de l’effacement totale de la première vague.

Ce qui permet au néolibéralisme de construire un discours réactionnaire, et non pas « libéral », comme il se prétend. C’est un discours de retour au XIXe siècle, sur le modèle du discours de la Restauration, qui illustrait, en France, l’aspiration à un retour avant la Révolution. Sarkozy est la parfaite illustration de ce discours réactionnaire. Ce qu’il appelle « réformes » désigne en réalité des contre-réformes visant l’abolition de tout ce que les travailleurs ont conquis au cours du XXe siècle.

Nous sommes dans ce creux. Mais nous voyons déjà se dessiner sur l’océan les premières rides de ce qui peut devenir la nouvelle vague. On peut les voir, par exemple, dans ce que j’appelle les avancées révolutionnaires de l’Amérique latine. Le processus que connaît ce sous-continent est caractéristique. Il est à la fois anti-impérialiste (particulièrement anti-yankee, puisque c’est l’impérialisme nord-américain qui domine brutalement cette région du monde) et à aspiration socialiste. Cette aspiration est formulée de façons diverses, parfois vagues, parfois plus précises, voire dogmatiques. Mais il est intéressant de constater qu’anti-impérialisme et aspiration socialiste sont, là encore, indissociables.

Vous évoquez des « avancées révolutionnaires » en Amérique latine. Qu’entendez-vous exactement par là ? Quelle différence faites-vous avec la révolution ?

Samir Amin. Je crois qu’il faut voir ce long déclin du capitalisme comme pouvant devenir une longue transition vers le socialisme mondial. « Longue » signifiant ici qu’un tel processus historique pourrait prendre plusieurs siècles, cette transition impliquant des vagues successives. La tradition communiste a pensé la révolution et la construction du socialisme comme des possibilités relativement rapides, dans un temps historique court, sur des années ou des décennies. Je préfère, aujourd’hui, parler d’avancées révolutionnaires plutôt que de révolution. « Révolution » inspire l’idée, fausse, que tous les problèmes pourraient être réglés du jour au lendemain. Des « avancées révolutionnaires » correspondent, à mes yeux, aux amorces de mise en place d’autres logiques que celles du capitalisme. Elles peuvent, à leur tour, préparer d’autres avancées, des « vagues » ultérieures. Mais il n’y a pas, en la matière, de déterminisme historique. Il y a des nécessités objectives, au sens hégélien du terme, mais pas de déterminisme absolu. Si cette transition vers le socialisme ne devait pas s’opérer, le scénario serait celui d’une longue transition vers toujours davantage de barbarie. Les deux possibilités coexistent.

Ce creux de la vague est propice, dites-vous, au développement de toutes sortes d’« illusions » sur le capitalisme. Qu’est-ce à dire ?

Samir Amin. « Le vieux monde se meurt. Le nouveau monde tarde à paraître. Et dans ce clair-obscur les monstres surgissent », écrivait Antonio Gramsci. Cette phrase m’a toujours frappé par sa justesse et sa puissance. On peut dire que l’ancien monde, celui de la première vague de remise en cause du capitalisme, est mort. La seconde vague est en train de naître. Dans ce clair-obscur, les « monstres » prennent la forme de personnages comme Bush, Sarkozy, Berlusconi, d’un côté, comme Ben Laden et ses complices de l’autre. Mais ce clair-obscur est aussi un moment de grandes illusions, que l’on peut classer en trois familles. Elles se répartissent dans le monde en des lieux différents, l’une ou l’autre est dominante selon les régions, mais elles existent et coexistent partout.

Appelons la première l’illusion « sociale-démocrate ». C’est l’illusion d’un capitalisme à visage humain. Elle a pu se traduire dans un projet politique à certains moments de l’histoire du capitalisme, quand le rapport de forces était plus favorable aux classes populaires. Je ne dénigre pas du tout ce qu’ont réalisé les régimes du « welfare state » après la Seconde Guerre mondiale. Mais ces réalisations n’auraient pu voir le jour sans la « menace communiste » qui hantait alors la bourgeoisie. Cette menace était incarnée, aux yeux des dominants, par l’URSS. En réalité, la menace n’était pas tant celle du communisme ou de l’URSS que la menace que représentaient pour eux leurs propres peuples.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les retraites par répartition, les régimes spéciaux ou la Sécurité sociale auraient été impensables sans la puissance, dans le cas français, du Parti communiste. C’est vrai un peu partout dans le monde, sous des formes différentes. Ce capitalisme à visage humain n’est donc envisageable que dans les périodes d’affaiblissement du capital.

En revanche, lorsque la domination du capital est assise, forte, il n’a pas du tout de visage humain. Il prend son visage réel, un visage tout à fait sauvage. Nous sommes dans un moment de ce genre. Dès lors, croire, aujourd’hui, dans la possibilité d’un mouvement vers un capitalisme à visage humain relève de l’illusion. Une illusion grave et dangereuse, dans la mesure où elle désarme les classes populaires en leur faisant miroiter la possibilité d’avancées sans luttes, sans renversement des rapports de forces en leur faveur. Cette famille d’illusions est dominante en Europe occidentale.

Dans les pays dits émergents, ce sont les illusions nationalistes qui dominent. Ce type d’illusions consiste à considérer que des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil, assez forts, désormais, pour entrer dans le système capitaliste mondial, peuvent s’imposer comme des partenaires à égalité avec les anciennes puissances. Ces illusions sont nourries par une abondante littérature sur la crainte de « l’hégémonisme chinois montant », presque une variante de la peur du « péril jaune ». À cette littérature en répond une autre, nationaliste celle-là, faisant l’éloge des évolutions en Chine et ailleurs.

En réalité, les rapports de forces internationaux, la domination du capital financier, de l’impérialisme collectif des États-Unis, de l’Europe et du Japon ne permettra pas à ces pays de jouer à égalité, sur la scène mondiale, avec les vieilles puissances. Le langage de plus en plus agressif vis-à-vis de la Chine en témoigne. Ce langage trouve déjà sa traduction, dans le réel, avec des agressions brutales visant des pays faibles, comme l’Irak. D’autres pays, moins faibles, mais qui sont néanmoins des puissances moyennes, comme l’Iran, sont à leur tour menacés. Derrière ces agressions se profile, en réalité, la volonté des États-Unis d’envisager jusqu’à une guerre contre la Chine si celle-ci devenait trop menaçante pour leurs intérêts. Dans un tel contexte, croire que les pays émergents pourront s’imposer dans le système pour rompre avec la logique capitaliste est une illusion.

La troisième série d’illusions, la pire, recouvre les passéismes. Ces illusions-là frappent les peuples défaits dans l’histoire. C’est le cas des pays arabes, et, plus largement, des pays islamiques, mais aussi de l’Afrique subsaharienne, tentés par la recherche de solutions dans les « racines », dans la reconstruction aberrante d’un passé mythique qui n’a jamais existé. Ces passéismes se déguisent facilement. La religion, l’adhésion à la religion s’y prêtent, de même que la revendication de racines « ethniques » ou « tribales ». Ces illusions se fondent sur une pseudo-authenticité fabriquée, qui n’a rien à voir avec la réalité. Nous sommes dans un moment où ces trois illusions travaillent des sociétés différentes.

Vous proposez, dans votre dernier livre Pour la Cinquième Internationale, de favoriser la cristallisation de la deuxième vague critique du capitalisme. De quelle manière ?

Samir Amin. Le moment de démoralisation des forces populaires, des ralliements aux idées selon lesquelles le « socialisme était définitivement vaincu » et le capitalisme était devenu « la fin de l’histoire » ont cédé la place, dès la fin des années quatre-vingt-dix, à l’appel au combat pour un autre monde, meilleur. Les forums sociaux altermondialistes ont été l’un des lieux donnant une visibilité aux luttes. Mais il reste beaucoup de chemin à parcourir pour que la convergence de ces luttes se cristallise dans des stratégies cohérentes et efficaces, capables de mettre en déroute les projets de contrôle militaire de la planète par les États-Unis et leurs alliés, d’ouvrir des voies nouvelles au socialisme du XXIe siècle, un socialisme plus authentiquement démocratique que celui de la vague du XXe siècle. Associer le combat démocratique au progrès social, reconstruire sur cette base l’internationalisme des peuples face au cosmopolitisme du capital, tel est le défi auquel la gauche est confrontée dans le monde entier.

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Entretien réalisé par Rosa Moussaoui