dimanche 10 août 2008

Evo en danger au référendum révocatoire du 10 août ? Mes impressions de Bolivie

MICHEL COLLON

La Bolivie a bien changé. A La Paz, j'assiste à une grande réception donnée par l'ambassadeur de Cuba. Mojitos, buffet, danses, grosse ambiance. Où sommes-nous ? Dans la salle des fêtes de... l'armée bolivienne. Oui, celle qui a tué le Che.
La Bolivie a bien changé, mais tout le monde ne lui veut pas que du bien. Nous sommes venus nous en rendre compte sur place avec quelques intellectuels progressistes d'une quinzaine de pays : Frei Betto, Ernesto Cardenal, Ramsey Clark, François Houtart, Luis Britto Garcia, Pascual Serrano... Quelques journées de rencontres et d'échanges avec des intellectuels boliviens, des représentants des communautés indiennes, des artistes... Le moment est tendu. La droite essaie de provoquer une scission des riches régions de l'Est. Pour déjouer la manoeuvre, le président Evo Morales, à mi-mandat, appelle à un référendum révocatoire, ce 10 août. Une sorte de vote de confiance. Il remet son mandat en jeu, mais aussi celui des préfets de départements, y compris ceux tenus par l'opposition. La droite tente de saboter le référendum et on craint des incidents... Nous allons voir qui est derrière ces incidents, quel rôle jouent ici les Etats-Unis, et la CIA, et un ambassadeur vraiment curieux, et aussi l'Europe...

Un Bolivien sur quatre doit émigrer
Impressions fortes. Physiquement, d'abord. La Paz est à 3.600 mètres d'altitude. Son aéroport à 4.000 mètres. Arrivés dans la nuit, à court d'oxygène, nous sommes au bord de l'évanouissement. Très prévenants, les jeunes qui nous accueillent, nous font asseoir au calme, s'occupent de nos bagages et nous laissent récupérer notre souffle. Le premier jour sera consacré au repos, à l'acclimatation. Avec Luis, un ami vénézuélien, nous faisons un petit tour, à petits pas et de banc en banc, dans une des plus belles capitales du monde. Imaginez une immense cuvette, bordée par les grandioses montagnes Huayna Potosí (6.094 m) et Nevado Illimani (6.460 m), non loin du lac Titicaca, le plus haut lac navigable du monde. Ici, l'eau bout à 80°. Et toutes les rues sont en pente. Ce qui frappe à La Paz, en hiver en tout cas, c'est la douceur du climat, ensoleillé et frais. Et la douceur des gens. Partout, on vous accueille avec gentillesse, avec une sorte de sérénité tranquille. Les Indiennes portent de lourds vêtements avec de superbes châles bariolés. Et de curieux petits chapeaux 'boule', noirs, bruns ou gris. Parfois, elles portent aussi des charges impressionnantes. Les Indiens représentent deux tiers de la population.

L'importance des communautés indiennes
« Un Indien président ? L'oligarchie blanche, raciste, ne l'accepte toujours pas. », nous confie Evo. En fait, j'ai commencé à comprendre toute la richesse de cet héritage indien en visitant avec des amis boliviens Tiwanaku, la capitale d'un ancien empire Inca...Nous sommes sur le très haut plateau de l'Altiplano, bordé de montagnes. Ici, les Indiens vivent, dans des conditions difficiles, d'agriculture et d'élevage. Pas un nuage dans le ciel, un air incroyablement pur, on sent encore le froid de la nuit. Tiwanaku fut une ville immense, les fouilles commencent à peine. Une centaine d'Indiens de la région sont occupés à restaurer le temple, une énorme pyramide en terrasses. C'était une civilisation très avancée qui construisait ses bâtiments en s'appuyant sur une connaissance poussée de l'astronomie. Elle avait créé une industrie métallurgique et textile. Elle cultivait plus de deux cents sortes différentes de maïs et quatre cents sortes de patates. Dont une espèce qui pouvait se congeler et rester comestible dix ans. Le système d'irrigation était très perfectionné avec une inclinaison très précise pour que les pierres réchauffent l'eau et l'empêchent de geler. Système si perfectionné qu'aujourd'hui, le ministère de l'Agriculture va le réutiliser pour développer l'agriculture en terrasses. L'eau est rare ici, un trésor.Un vieil Indien opère avec notre petit groupe une cérémonie rituelle, une sorte de sacrifice de petits objets symboliques, pour célébrer l'union avec le Cosmos et rassembler les souhaits que nous formons. Emotion. Il ne s'agit pas ici de glorifier le passé pour le passé, mais d'en préserver la mémoire et les valeurs pour les intégrer à la nouvelle société. Un journaliste bolivien nous explique l'importance que prend ici la communauté : « C'est un élément fort de la Bolivie. Tenez, selon les statistiques internationales, le paysan bolivien a un revenu moyen de cinquante dollars par an. Autant dire qu'il est mort ! Sauf si on comprend que l'économie communautaire est la base de notre vie ici. »Bref, un héritage précieux qu'on ne peut pas perdre.

Le sort des Boliviens quand ils émigrent...
Impressions fortes aussi sur les réalités sociales de ce pays. A La Paz, les classes hautes vivent dans le bas de la ville, à 3.000 mètres, où on respire plus facilement. Les basses classes, par contre, à El Alto (pas besoin de traduire) : 4.000 mètres. Petits commerces, petits artisanats, un peu d'élevage dans les hauts plateaux... La vie est dure.Deuxième pays le plus pauvre d'Amérique latine, la Bolivie a vu émigrer un sur quatre de ses enfants. Pourquoi ? Pendant des siècles, cette terre a été colonisée par l'Espagne. Et tous les bénéfices de ses richesses minières, extraites au prix d'un travail meurtrier dans un quasi-esclavage, ont été emportés en Europe. Pendant des décennies, son gaz et son pétrole ont profité à une poignée de riches, mais surtout à quelques multinationales, européennes notamment. Le Nord a bien saigné le Sud. Ne laissant sur place que la misère.Et les conflits. Evo Morales, président depuis deux ans et demi, n'est pas tombé du ciel, il est le fruit de longues années de résistances ouvrières et paysannes. Les communautés indiennes ont toujours été exploitées, exclues, méprisées par une élite blanche et raciste, liée aux Etats-Unis et à l'Europe.Voilà d'où viennent la pauvreté et le sous-développement. Mais quand les Boliviens, pour survivre, vont faire les ménages en Europe, celle-ci les traite comme des criminels et les emprisonne. Même des enfants ! Evo Morales a courageusement dénoncé la récente 'Directive de la Honte' qui permettra à tous les pays européens d'emprisonner jusqu'à dix-huit mois les délinquants, pardon : les immigrés. Justement, avant de partir, je venais de rencontrer à Bruxelles des travailleurs immigrés, notamment latinos. En lutte depuis des mois pour obtenir des papiers, c'est-à-dire leurs droits, leur dignité. Face à des ministres complètement sourds, ils ont été obligés de mettre leurs vies en danger : grève de la faim, escalade de grues... Appréciant beaucoup la lettre d'Evo à l'U.E. ils m'ont chargé de remettre un petit message de gratitude au président bolivien. Je le lui ai remis. Sourire sur sa figure.En fait, quand on voit ici la pauvreté, les salaires dérisoires, le manque d'industrie, on comprend pourquoi tant de Boliviens doivent émigrer. Mais, en allant plus loin, on comprend aussi que l'Europe est une sale hypocrite qui porte une lourde responsabilité dans cette émigration. Nous allons y revenir...

Qu'a réalisé Evo ?
Mais voyons d'abord ce qu'a réalisé Evo en deux ans et demi... Il a nationalisé le pétrole et le gaz. Vous voulez savoir pourquoi, dans nos médias, on dit du bien du président colombien Uribe et du mal d'Evo Morales ? Très simple. Le premier a fait passer les taxes sur les multinationales de 14% à... 0,4%. Pour faciliter l'installation de ces multinationales, ses paramilitaires ont chassé de leurs terres quatre millions de paysans. Le second a osé rendre à la nation bolivienne les richesses qui lui appartenaient afin de combattre la pauvreté. En nationalisant les hydrocarbures, Evo a multiplié par cinq les revenus de l'Etat et s'est donné les moyens de soulager les maux les plus urgents : analphabétisme en baisse de 80%, retour à l'école d'une partie des enfants travaillant dans la rue, création d'écoles dans les langues indiennes aymara et quechua (vingt mille diplômés), soins de santé gratuits déjà pour la moitié des Boliviens, pension Dignidad pour les plus de 60 ans, crédit à zéro pour-cent pour des produits comme le maïs, le blé, le soja et le riz. Grâce à l'aide du Venezuela, six mille ordinateurs ont été offerts, surtout à des écoles. Grâce à l'aide de Cuba, deux cent soixante mille personnes ont été opérées des yeux. Ailleurs en Amérique latine, elles seraient condamnées à être aveugles, car pauvres.En outre, les investissements publics ont fortement augmenté pour développer l'économie. La Bolivie a comblé son déficit fiscal, remboursé la moitié de sa dette extérieure (de 5 à 2,2 milliards de dollars), reconstitué une petite réserve financière, multiplié par quatre l'emploi dans les mines et la métallurgie, doublé la production et les revenus de ces industries. Le PIB industriel est passé de 4,1 à 7,1 milliards de dollars en trois ans. Mille tracteurs ont été distribués à des paysans. De nouvelles routes ont été construites.Bref, la Bolivie avance. Pas assez vite, disent certains pour qui Evo n'y va pas assez fort contre la droite et les grands propriétaires. C'est un débat à mener entre ceux qui vivent sur place et peuvent apprécier la situation, ses possibilités, ses dangers. En sachant qu'il ne suffit pas de dire « Y a qu'à » pour sortir un pays de la pauvreté et de la dépendance. En sachant qu'il faut tenir compte du rapport de forces avec la droite qui s'agite beaucoup et sabote. En tenant compte de l'armée (Tous ses chefs seront-ils loyaux jusqu'au bout ?).Autre facteur négatif : « La Justice demeure totalement corrompue », m'a confié... le plus haut magistrat de La Paz. « C'est une vieille caste qui se protège et protège les intérêts des riches. C'est un véritable business. Pourtant, nous avons menacé de révocation immédiate tout juge qui sera pris en flagrant délit. Mais c'est un combat difficile. »Et justement, quand je me trouvais là, la Justice venait fameusement en aide à la droite en essayant d'empêcher par une bataille juridique la tenue du référendum. Mais il y a danger bien plus grand que la Justice...

Derrière la droite, les Etats-Unis préparent une guerre civile
C'est le nouveau truc des Etats-Unis. S'avérant incapable de gagner une guerre d'occupation, Washington recourt à la guerre indirecte, la guerre par intermédiaires. Actuellement, la stratégie de Washington est d'essayer de provoquer une guerre civile en Bolivie. Pour cela, les provinces contrôlées par la droite et qui contiennent les grandes propriétés agricoles liées aux multinationales ainsi que la majorité des réserves de gaz et de pétrole, ces provinces multiplient les provocations pour préparer une sécession.Ayant personnellement étudié l'action secrète des grandes puissances pour faire éclater la Yougoslavie, j'ai tenu à attirer l'attention des Boliviens, lors de quelques interviews : aujourd'hui, Washington risque de transformer leur pays en une nouvelle Yougoslavie.Voici les ingrédients de son action : 1. Des investissements massifs de la CIA. 2. Un ambassadeur spécialisé dans la déstabilisation. 3. Des fascistes expérimentés. Avec ces ingrédients, vous pouvez préparer un coup d'Etat ou une guerre civile. Ou les deux.Premier ingrédient. Comme au Venezuela, la CIA investit beaucoup en Bolivie. A travers ses paravents habituels : USAID, National Endowment for Democracy, Institut Républicain International, etc. Les organisations de la droite séparatiste sont abondamment subventionnées. L'USAID a, par exemple, financé Juan Carlos Orenda, conseiller du Comité civique de Santa Cruz d'extrême droite et auteur d'un plan prévoyant la sécession de cette province.Mais aussi des organisations plus discrètes chargées de semer la confusion et de préparer une propagande anti-Evo. A l'université San Simon de Cochabamba, la Fondation du Millénaire a reçu 155.000 dollars pour critiquer la nationalisation du gaz et défendre le néolibéralisme. Treize jeunes dirigeants boliviens de droite ont été invités à des formations à Washington : 110.000 dollars. Dans les quartiers populaires d'El Alto, USAID lance des programmes pour « réduire les tensions dans les zones sujettes à conflits sociaux ». Lisez : discréditer la gauche.En tout, des millions de dollars ont été versés à toutes sortes d'organisations, des groupes étudiants, des journalistes, des politiciens, des magistrats, des intellectuels, des hommes d'affaires. Le parti populaire espagnol, autour de José Maria Aznar, participe aux manoeuvres.Deuxième ingrédient. D'où vient Philip Goldberg, l'actuel ambassadeur des Etats-Unis en Bolivie ? De Yougoslavie. Où il a accumulé une riche expérience sur la manière de faire éclater un pays. De 94 à 96, il a travaillé en Bosnie pour l'ambassadeur Richard Holbrooke, un des stratèges de la désintégration. Puis, il a fomenté les troubles au Kosovo et la scission entre Serbie et Monténégro. Un expert, on vous dit.Et pas inactif. Comme le raconte le journaliste argentin Roberto Bardini : « Le 28 juin 2007, une citoyenne américaine de vingt ans, Donna Thi, de Miami, a été détenue à l'aéroport de La Paz pour avoir tenté d'introduire dans le pays cinq cents balles de calibre 45 qu'elle avait déclarées aux douanes comme du 'fromage'. Au terminal, l'attendait la femme du colonel James Campbell, le chef de la mission militaire de l'ambassade US en Bolivie. L'ambassadeur US Philip Goldberg est intervenu immédiatement pour obtenir qu'on la relâche en disant qu'il ne s'agissait que d'une 'innocente erreur'. Les munitions, a-t-il déclaré, ne devaient servir qu'au sport et au spectacle. En mars 2006, un autre citoyen US, Triston Jay Amero, alias Lestat Claudius, un Californien de 25 ans, porteur de quinze documents d'identité différents, a fait exploser trois cents kilos de dynamite dans deux hôtels de La Paz. » Pourquoi a-t-on exporté Goldberg des Balkans à la Bolivie ? Pour transformer, j'en suis sûr, ce pays en une nouvelle Yougoslavie. Le séparatisme est une méthode privilégiée par les Etats-Unis pour reprendre le contrôle de richesses naturelles ou de régions stratégiques lorsque des gouvernements se montrent trop indépendants, trop résistants aux multinationales.Troisième ingrédient. Des fascistes expérimentés. En Bolivie, Goldberg a ouvertement soutenu et collaboré avec des hommes d'affaires croates à la tête de la sécession. Particulièrement, Branko Marinkovic, membre de la Fédération des entrepreneurs libres de Santa Cruz (province sécessionniste). Très grand propriétaire de terres, Marinkovic tire aussi les ficelles de Transporte de Hidrocarbures Transredes (qui travaille pour Shell). Il gère les six mille kilomètres de pipelines de gaz et de pétrole qui mènent au Chili, au Brésil et en Argentine.Et quand ces gens sont-ils venus de Croatie ? Il faut rappeler que, durant la Seconde Guerre mondiale, Hitler a installé une Grande Croatie fasciste où ses collaborateurs, les Oustachis, ont mis sur pied des camps d'extermination (y compris un spécialement pour enfants !), perpétrant un génocide épouvantable contre les Serbes, les juifs et les tziganes. Après leur défaite, l'Eglise croate et le Vatican ont organisé, les Ratlines, filières d'évasion des criminels fascistes croates (et de Klaus Barbie). De la Croatie à l'Autriche, puis à Rome. Et de là vers l'Argentine, la Bolivie ou les Etats-Unis. Quand on sait que Franjo Tudjman et les dirigeants de la 'nouvelle' Croatie née en 1991 ont réhabilité les anciens criminels croates de la Seconde Guerre mondiale, on aimerait savoir si Monsieur Marinkovic renie tout ce passé ou bien si, tout simplement, il emploie les mêmes méthodes là où il se trouve à présent. Quant aux Etats-Unis, on sait qu'ils ont récupéré et recyclé quantité de criminels et d'espions nazis de la Seconde Guerre mondiale. Les réseaux, ça sert toujours.

Ce qui se cache derrière le séparatisme
Voilà, tous les ingrédients sont prêts pour faire exploser la Bolivie... Les dollars de la CIA, plus des experts dans la provocation de guerres civiles, plus des fascistes recyclés en businessmen. Une guerre civile qui servirait bien les intérêts des multinationales, mais que l'opinion internationale doit absolument empêcher. Les Boliviens ont le droit de décider eux-mêmes de leur sort. Sans la CIA.Car une sécession ne profiterait qu'à l'élite. L'écrivain brésilien Emir Sader vient d'écrire très justement : « Aujourd'hui, une des modalités qui renferme le racisme, c'est le séparatisme, les tentatives de délimiter les territoires de la race blanche, en s'appropriant et privatisant les richesses qui appartiennent à la nation et à son peuple. Nous connaissions déjà ces intentions sous la forme des quartiers riches qui cherchaient à se définir en tant que municipalités, afin que la part des impôts prélevée obligatoirement de leurs immenses richesses, reste dans leur escarcelle pour augmenter les bénéfices de leurs quartiers retranchés, derrière lesquels ils cherchaient à isoler et défendre avec une sécurité privée, évidemment, leurs styles de vie privilégiés ». (...) Le référendum séparatiste est une expression oligarchique, raciste et économique car ils veulent garder l'usufruit des richesses de Santa Cruz pour leur propre bénéfice et parce que les oligarques veulent, en plus, empêcher que le gouvernement d'Evo Morales poursuive son processus de réforme agraire et qu'il l'étende à tout le pays. » Cette autonomie-là, en effet, ça veut dire que les Blancs riches qui ont contrôlé la Bolivie depuis toujours, refusent d'être gouvernés par la majorité, non blanche, de l'Ouest. Quand on parle d'autonomie, Evo Morales répond : « Parlons d'autonomie, non pas pour l'oligarchie, mais pour les peuples avec qui nous luttons. Ces groupes séparatistes qui viennent de perdre leurs privilèges, ont été depuis longtemps dans le Palais, ils ont gouverné et ont permis que l'on pille notre pays, nos ressources naturelles, y compris les ressources de base, de même que la privatisation de nos entreprises, et maintenant ils envisagent de nouveau ce système qui démontre son véritable intérêt : le contrôle économique ».Mais il n'y a pas que les Etats-Unis qui s'acharnent sur la Bolivie...

L'hypocrisie de l'Europe :qui donc l'a causée,
« toute la misère du monde » ?
Pourchassant les sans-papiers, l'Europe glisse dans un soupir de dame patronnesse : « Nous ne pouvons quand même pas accueillir toute la misère du monde ». Ah, bon ? Mais, en réalité, cette misère, c'est vous qui l'avez créée ! Vos Charles-Quint, vos Louis XIV, vos Elisabeth I et vos Léopold II ont allègrement massacré les 'sauvages' pour voler leurs richesses ! Le décollage économique du capitalisme européen s'est construit sur ce pillage. Et jusqu'à aujourd'hui, vos sociétés minières, agricoles et autres n'ont cessé de piller les matières premières sans les payer, n'ont cessé de dominer et déformer les économies locales et de bloquer leur développement ! N'est-ce pas vous qui avez une Dette à rembourser au Sud ?Serait-ce du passé ? Dans les médias, les responsables européens aiment à raconter qu'aujourd'hui, ils ne veulent que du bien à l'Amérique latine et au tiers monde...« Totalement faux », me confie avec indignation Pablo Solon qui représente la Bolivie dans les négociations commerciales entre l'Amérique latine et l'U.E : « La Bolivie l'a exprimé à l'U.E. Avant les négociations, nous avions dit que nous ne négocierions pas un traité style Libre Commerce. Et nous avions communiqué nos points de divergence sur les services, les investissements, la propriété intellectuelle et les biens publics. La Commission nous a promis qu'on discuterait ces points dans la négociation. Qu'à la différence des 'autres', on ne nous imposerait pas un format unique. Mais, lorsque nous nous sommes réunis avec Peter Mandelson, commissaire européen pour le Commerce, il nous a dit de façon catégorique et impérative : 'Ceci est un Traité de Libre Commerce. Ou bien vous l'acceptez, ou bien vous êtes hors des négociations.'. J'ai répondu personnellement que nous n'allions pas nous exclure et que nous allions défendre nos points de vue jusqu'au bout. Car la Bolivie a beaucoup d'industries qu'elle doit défendre : acier, plastique, papier, qui ont besoin de mécanismes de protection tout comme ce fut les cas pour les industries naissantes européennes à l'époque. »Effectivement, l'Europe se montre hyper-dominatrice et arrogante. Elle prétend imposer à toute l'Amérique latine et aux Caraïbes l'arrêt des subventions qui aident à développer les produits locaux, la suppression des droits de douanes aux importations (mais elle refuse de faire de même chez elle !), la suppression de toutes limites pour les exportations européennes (refusant l'inverse), le transfert sans limites de la main d'oeuvre européenne qualifiée, la modification de toutes les lois protégeant les économies locales. Et en plus, elle veut imposer la privatisation de tous les services, biens et entreprises des Etats. Alors qu'en 2000 déjà, sur les cinq cents plus grandes entreprises d'Amérique latine et des Caraïbes, 46 % appartenaient déjà à des entreprises étrangères.Et en plus, l'U.E. prétend imposer des brevets sur le vivant (la Bolivie a une biodiversité très riche convoitée par les multinationales chimiques et pharmaceutiques). Mais le vivant, et l'eau aussi, ne sont-ils pas des biens essentiels à la survie, un patrimoine qui doit rester à ceux qui l'ont toujours protégé et utilisé à bon escient ?En définitive, l'U.E. veut imposer des traités tout à fait déséquilibrés qui tueront les entreprises boliviennes. Tout ce qu'elle cherche, c'est que les entreprises européennes puissent envahir librement les marchés. Donc ruiner ces pays. Donc provoquer de l'émigration. Un système absurde, non ?

Qui 'choisit' l'immigration et pourquoi ?
J'ai écrit que l'Europe chassait les émigrés latinos. Ce n'est pas exact. Elle ne les traite pas tous de la même façon. D'un côté, le patronat européen importe les meilleurs cerveaux du tiers-monde, et aussi des techniciens très qualifiés. Sous - payés pour grossir les bénéfices des sociétés. C'est ce que Sarkozy et d'autres appellent 'immigration choisie'. Le maître sélectionne ceux qui auront la chance de travailler pour lui. Mais ce vol des cerveaux prive le tiers-monde des gens qu'il a formés (à grand coût) et qui seraient nécessaires à son développement. Une nouvelle forme de pillage.De l'autre côté, l'Europe accueille aussi une partie des non qualifiés. En les laissant sans papiers, donc sans droits, elle les oblige à vivre dans la peur, à accepter des salaires et des conditions de travail qui constituent un recul social. Bon moyen de diviser et de faire pression sur les autres travailleurs. Voilà comment se fabrique la 'compétitivité' de cette vertueuse Europe. La façon de traiter les sans-papiers n'est pas une bavure, elle est un rouage essentiel d'un système économique égoïste.Résumons. L'Europe a volé l'Amérique latine. L'Europe continue à voler l'Amérique latine. Elle l'empêche de nourrir ses enfants. Mais quand ceux-ci sont forcés d'émigrer, elle les emprisonne. Ensuite, elle donne des leçons de démocratie et de moralité au monde entier.

Le temps est venu
Je n'ai pu rester longtemps en Bolivie, mais ce peuple m'a profondément impressionné. Je me rappelle ces milliers de manifestants qui descendaient, ce dimanche-là, vers le centre de La Paz, dans leurs minibus, leurs autos ou leurs taxis bondés, Indiens et Blancs, du plus clair au plus foncé..Avec un calme étonnant, bien moins de bruit que dans n'importe quelle manif du monde. Avec une détermination simple et noble. Et dans leurs yeux, une évidence : le temps est venu de mettre fin à des siècles d'humiliations, le temps est venu de la dignité pour tous, le temps est venu de faire disparaître la misère.Et je repensais à ces amis sans-papiers de Bruxelles, manifestant eux aussi pour leur avenir et pour leur dignité. Le problème est évidemment le même, à Bruxelles et à La Paz : à qui doivent servir les richesses d'un pays ? Et si ce problème ne se résout pas à La Paz, des millions de sans-papiers continueront à frapper aux portes de l'Europe.

Et demain ?
Comment cela évoluera-t-il ? Pour le 10 août, un institut de sondage pro-US annonce une victoire d'Evo par 60%. Comme la plupart de mes interlocuteurs à La Paz. Certains craignaient, par contre, l'influence du problème de l'inflation et du renchérissement de la vie. D'autres craignent que la droite lance des provocations violentes pour empêcher le référendum. Quoi qu'il en soit, le référendum ne résoudra rien, ni dans un sens, ni dans l'autre. Evo Morales sera toujours devant le même problème : le gouvernement est à gauche, mais ne contrôle pas l'économie du pays, ni les médias (aux mains des gros propriétaires et de la multinationale espagnole Prisa), ni les universités, ni l'Eglise qui est aux côtés des riches, comme d'habitude dans ce continent. On ne peut pas tout faire en deux ans et demi. Mais, pour avancer, Evo devra réussir à mobiliser plus avant les masses populaires. Sa seule force.De toute façon, après le référendum, la question restera la même : les richesses du pays doivent-elles servir à enrichir les riches et les multinationales ou bien à développer le pays et à vaincre la pauvreté ?Pour trancher cette question à leur avantage, les Etats-Unis sont prêts à tout. Et le mouvement progressiste international ? Comment réagira-t-il contre la désinformation et la préparation d'une guerre civile ? La réponse dépend de nous tous.

Michel Collon
La Paz - BruxellesAoût 2008
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----- Original Message -----
From: Michel Collon
To: secretaire@tcsqc.ca
Sent: Friday, August 08, 2008 6:43 AM
Subject: Evo en danger ? Mes impressions de Bolivie.

samedi 9 août 2008

Deux poids, deux mesures

La plupart des pays occidentaux pratiquent 'les droits de l'homme à géométrie variable'... Le cirque médiatique au sujet de la Chine est scandaleux lorsqu'on regarde comment plusieurs de ces pays qui l'attaquent, respectent chez eux, ou ailleurs, les droits de l'homme. Plus près de chez nous, il suffit de se rappeler que les États-Unis qui sont derrière de nombreux génocides depuis le début du XXième siècle, pratiquent aujourd'hui la torture dans leur prison de Guantanamo, que le Canada complice, refuse de rapatrier Omar Kadr, un enfant-soldat, il suffit de se rappeler le sort misérable que ces pays réservent aux peuples autochtones, au peuple afro-américain, etc.
Pourtant, des organismes comme Reporters sans frontières, aveuglés sans doute par la poutre qu'ils ont dans les yeux, mènent des campagnes hystériques et enragées contre "la paille" qu'il y aurait selon eux dans les yeux des pays socialistes et des pays qui luttent contre l'impérialisme. Mais ils n'ont rien à dire par exemple contre l'État d'Israël qui, avec le soutien des USA, vole, viole et élimine tout un peuple dans le silence et avec la complicité des pays occidentaux. La Chine, elle, n'a jamais colonisé ni génocidé aucun peuple !

Ci-dessous un article rappelant un évènement historique survenu lors des jeux de Mexico en 1968 dans le cadre de la lutte contre l'Apartheid made in USA par des sportifs noirs courageux.

Vendredi 8 août 2008

Olympiques 1968: Le courage de Tommie Smith et John Carlos (in English)Olympiques 1968: Le courage de Tommie Smith et John Carlos (in English) - Le blog de hort
http://bricabraque.unblog.fr/2008/07/26/le-16-octobre-1968-tommie-smith-et-john-carlos-transforment-le-stade-en-arene-politique/

Le 16 octobre 1968: Tommie Smith et John Carlos transforment le stade en arène politique.

Philippe Artières écrit dans “68, une histoire collective [1962-1981]”, ouvrage qu'il co-dirige avec Michelle Zancarini-Fournel : «Ces deux-là n'ont pas prononcé le moindre slogan et pourtant leur geste a fait le tour du monde, offrant de manière inattendue à leur cause la plus grande des tribunes; ils ont soudain, au moment où personne ne s'y attendait, transformé un événement sportif en événement politique.»
Le 16 octobre 1968, Tommie Smith bat le record du monde du 200 mètres et remporte donc cette épreuve d'athlétisme, devançant l'Australien Peter Norman et son compatriote John Carlos. Lors de la remise des médailles, ils brandissent le poing ganté de noir, tête baissée, à la manière du Black Power. En fait, les deux athlètes prennent leur décision dans les vestiaires entre la fin de l'épreuve et la remise des médailles. Smith et Carlos sont tous les deux formés à l'université de San Jose State enCalifornie (”Speed city”), qui rassemble les athlètes de premier plan. Ils y ont rencontré Harry Edwards, un ancien athlète, désormais professeur de sociologie, très engagé en faveur de la cause noire.
En 1967, Edwards fonde l'Olympic Project for Human Right (OPHR), dans le but d'organiser un boycottage des JO au motif que les noirs n'ont pas à gagner des médailles pour un pays qui les opprime : «Pourquoi courir à Mexico quand on doit ramper à la maison?». De fait, les raisons de se rebeller étaient alors légions pour les Noirs américains. Carlos et Smith, par exemple, sont victimes de discriminations au sein même de Speed City (interdiction de certains cours, relégation dans des résidences de seconde zone…).
Sans être membres des Black Panthers (fondées en 1966 à Oakland), ils n'en partagent pas moins avec l'organisation une profonde colère face à la situation faite aux Noirs aux Etats-Unis. N'oublions pas que l'assassinat de Martin Luther King (MLK) en avril 1968 provoque des émeutes dans les grandes villes américaines. Pour beaucoup, le mouvement pacifique incarné par MLK a montré ses limites et il est grand temps désormais pour les Noirs américains de se défendre face aux violences policières, d'affirmer son identité, sans courber l'échine.
Les deux athlètes entendent donc apporter leur pierre à l'édifice en protestant à leur manière. Ils décident d'arborer lors de la remise des médailles un badge confectionné par l'OPHR avec le nom de l'association entouré d'une couronne de laurier. Ils décident également de brandir leurs poings gantés de noir. Ne disposant que d'une paire de gants, Smith prendra le gant droit et Carlos le gauche. L'australien Norman, quant à lui, mis au courant par les deux Américains, décide de porter lui aussi un badge de l'OPHR en solidarité avec ses camarades. Lorsd'une interview accordée en 1997, Tommie Smith revient sur ce geste : «Il ne s'agit pas de saboter une cérémonie que je respecte, mais de lui donner un sens. […] Les pieds nus évoquent la pauvreté des Noirs en Amérique. Mon foulard et le collier de John Carlos rappellent les lynchages opérés dans le sud. Les poings gantés représentent la force et l'unité du peuple noir. Je conserve à la main la pousse d'olivier que l'on vient de m'offrir. L'hymne va commencer. […]”
Les athlètes sortent sous les sifflets de la foule. Quelques jours plustard, le 18 octobre, les Américains Lee Evans, Larry James, Ron Freeman, arrivés en tête du 400 mètres portent sur le podium le béret noir des Black Panthers en levant le poing. Aussitôt, la presse américaine fustige les deux hommes comme des “non patriotes” et “anti-américains”. Le Comité International Olympique, dirigé par l'Américain Average, connu pour ses sorties racistes, ne décolère pas et exige de la délégation américaine l'expulsion de Smith et Carlos du village olympique. La carrière olympique de Smith et Carlos est stoppée net. Norman, lui aussi, subit de lourdes représailles après son geste de solidarité. Ecarté des JO de Munich en 1972 (alors qu'il était le meilleur sprinter australien), il sombre dans la dépression et meurt en 2006. Smith et Carlos se rendront d'ailleurs en Australie pour porter leur camarade en terre.
Quarante ans après, le geste de Smith et Carlos, de scandaleux, est devenu héroïque et tend même à éclipser les épreuves sportives de ces jeux.

Sources:
- Pap Ndiaye: “Les poings de la liberté”, in Les Collections de l'Histoire, pp82-85, juillet-septembre 2008.
- P. Artières et M. Zancarini-Fournelle (dir):”mai 68_ une histoire collective (1962-1981)”, 2008.

Photo des athletes
:http://www.universalis.fr/media-encyclopedie/87/PH995925/encyclopedie/Tommie_Smith_et_John_Carlos.htm
Videos à regarder
Black history, 1968 olympics
http://www.youtube.com/watch?v=47vvdOfPzLY&feature=related
The black power salute: the real story
http://www.youtube.com/watch?v=85Nf9ECBelU&feature=related
Cointelpro: The FBI's War on Black America
http://video.google.com/videoplay?docid=-7574288480731470534&q=documentary+war+duration:long&pl=trueLe nettoyages des dissidents en chine
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mercredi 30 juillet 2008

Communiqué de presse

PAJU (Palestiniens et Juifs Unis)
Le 30 juillet 2008 info: 514-961-3928



LA VICTOIRE DE PAJU

UN GROUPE DE DÉFENSE DES DROITS DE LA PERSONNE
CHASSE LE CONSULAT DE L’APARTHEID DU
CENTRE-VILLE

Le consulat d’Israël a fermé ses portes au centre-ville de Montréal.
Épuisé par sept années et demie de manifestations, le « consulat de l’apartheid » a discrètement quitté la tour CIBC la semaine dernière. Officiellement fermé pour le moment, il réouvrira dans un lieu moins central, moins visible au public et « moins pratique pour les manifestants ».
Le consulat a été la cible de manifestations durant les 389 dernières semaines. Ces manifestations du vendredi midi sont essentiellement l’œuvre de PAJU (Palestiniens et Juifs Unis), un groupe de défense des droits de la personne créé à Montréal il y a presque huit ans pour dénoncer la brutale occupation imposée par Israël à la Cisjordanie et à la bande de Gaza.
Le droit international interdit la conquête et la colonisation de territoire et le nettoyage ethnique de leurs habitants. Or, l’occupation d’Israël a commis ces crimes durant plusieurs décennies.
Le droit international condamne également le système d’apartheid qu’Israël applique pour contrôler les territoires occupés, où Israël a établi des réseaux routiers et des systèmes juridiques distincts pour Juifs et Palestiniens et exerce une occupation si répressive qu’elle est pire, à plusieurs égards, que ce qu’était l’apartheid sud-africain.
Les membres de PAJU se sont rassemblés pour la première fois devant le consulat d’Israël le 9 février 2001, et y sont retournés chaque vendredi depuis, appelant au boycottage d’Israël, brandissant des panneaux anti-occupation et distribuant des tracts d’information aux passants.
La vigile a suscité une forte attention médiatique, et les Sionistes locaux ont tout essayé pour la faire cesser : harcèlement, obstruction, menaces, insultes obscènes, contre-manifestations, et même violence physique. Sans résultats.
La bataille est maintenant terminée : le consulat s’est éclipsé, et ce vendredi, PAJU déménage sa vigile hebdomadaire devant la librairie Indigo, à l’angle des rues Sainte-Catherine et McGill College. La vigile continuera de dénoncer l’occupation israélienne et d’exiger un boycott international d’Israël. Elle fera ainsi partie du mouvement pan-canadien de boycott des librairies Indigo /Chapters, qui se poursuivra jusqu’à ce que les propriétaires cessent de financer les soldats étrangers qui servent dans la brutale armée d’occupation d’Israël.

- 30 -
Conférence de presse:
le 1er août 2008 à 12h30, devant la librairie Indigo, à
l’angle nord-ouest des rues Sainte-Catherine et McGill College.
IMPORTANT!

Ce vendredi, le 1er août 2008 à 12h00,

PAJU déménage sa vigile hebdomadaire
devant la librairie Indigo,
à l’angle nord-ouest des rues Sainte-Catherine et McGill College.

Épuisé par sept années et demie de manifestations, le consulat d’Israël a fermé ses portes au centre-ville de Montréal.

Alors, ce vendredi, PAJU déménage sa vigile hebdomadaire devant la librairie Indigo, à l’angle des rues Sainte-Catherine et McGill College.

La vigile continuera de dénoncer l’occupation israélienne et d’exiger un boycott international d’Israël. Elle fera ainsi partie du mouvement pan-canadien de boycott des librairies Indigo /Chapters, qui se poursuivra jusqu’à ce que les propriétaires cessent de financer les soldats étrangers qui servent dans la brutale armée d’occupation d’Israël.

VENEZ A LA VIGILE CE VENDREDI DEVANT INDIGO!

dimanche 27 juillet 2008

LE CANADA VA-T-IL TOMBER EN RÉCESSION ?

Par Robert Luxley

À tous les jours, les bulletins télévisés de nouvelles nous parlent des fluctuations des marchés boursiers. Ils s’effondrent un jour, remontent un peu le lendemain, baissent à nouveau le surlendemain. Les investisseurs sont nerveux et tous les commentateurs qui spéculent sur les chances du Canada d’éviter la récession, semblent vouloir chercher à apaiser les craintes.

Alors que des usines ferment, que General Motors annonce un plan majeur de redressement pour éviter la faillite, que Ford annonce des pertes de près de $8,7 milliards, que les annonces de pertes d’emplois se multiplient, le ministre fédéral des finances Flaherty n’en déclare pas moins que les bases de l’économie canadienne sont solides.

Mais qu’est qu’une récession ? - Interviewé par le quotidien Le Devoir, le député Libéral de Laval-des-Rapides, Alain Paquet, ancien professeur d’économie à l’UQAM et détenteur d’un doctorat sur les cycles économiques répond: « Deux trimestres consécutifs de croissance négative! C'est la définition «populaire».

Ainsi, officiellement, après avoir connu une baisse durant le premier trimestre de 2008, le PIB aurait connu une légère hausse durant le second, de telle sorte qu’officiellement, le Canada échapperait à la récession pour l’instant. Quoi qu'il en soit, l'économie canadienne est loin d'être tirée d'affaire.

Une crise à l’échelle mondiale

Évidemment, surtout dans le contexte de mondialisation, l’économie canadienne ne fonctionne pas en vase clos. Bien au contraire, les Etats-Unis ont même considérablement renforcé leur mainmise sur l’économie canadienne depuis plusieurs années et particulièrement depuis l’accord de libre-échange. Les Etats-Unis étant non seulement l’économie dominante à travers le monde, mais aussi les principaux partenaires commerciaux du Canada, leur économie a forcément un impact majeur sur la celle de ce dernier. Il suffit par exemple de voir jusqu’à quel point la parité que le dollar canadien a maintenant avec la devise américaine, surtout à cause de la baisse de cette dernière, influe sur le niveau des exportations canadiennes, et sur les pertes d’emplois dans l’industrie.

Or les Etats-Unis vivent depuis l’été 2006 leur pire crise financière depuis les années trente. Partie dans l’immobilier qu’un crédit hypothécaire (subprimes) trop accessible (mais à des taux d’intérêt plus élevés) et que la spéculation avaient gonflé outre mesure, la crise a fini par s’étendre peu à peu à tout le secteur bancaire et financier, étasunien au départ, pour devenir une crise mondiale depuis l’été 2007. Les spéculateurs (incluant les banques) en voulant se débarrasser à la Bourse des titres représentant ces hypothèques à risques et pour rechercher des placements sûrs qui rapportent (notamment dans le pétrole et l’alimentation ce qui contribue à la flambée des prix et à la crise alimentaire mondiale), ont fait éclater la bulle provoquant par le fait même un manque de liquidité majeur.

Pour empêcher les banques de tomber en faillite, particulièrement aux Etats-Unis, ce qui provoquerait immédiatement une dépression majeure à l’échelle de la planète, les banques centrales des principaux pays impérialistes ont prêté depuis l’été 2007 plus de $1 000 milliards aux banques ordinaires. Mais cela n’a pas empêché dernièrement une banque californienne, IndyMac, de se retrouver en faillite et d’être placée sous tutelle bancaire, et non plus empêché que le gouvernement américain soit obligé de soutenir financièrement (On parle encore de plusieurs centaines de milliards) Freddie Mac (Federal Home Mortgage Corporation) et Fannie Mae (Federal National Mortgage Association). Il s’agit de deux des plus importantes institutions financières impliquées dans le refinancement hypothécaire et qui possèdent à elles seules ou garantissent environ la moitié des $12 000 milliards en hypothèques aux États-Unis. Il serait même question de les étatiser si les mesures actuelles sont insuffisantes (Lorsque ça va mal pour le privé, la bourgeoisie vire son capot de bord et devient soudainement partisane de rendre publiques…les pertes).

Selon le FMI, la perte des banques jusqu’à présent à cause de cette crise des « subprimes » se monterait à $945 milliards. Selon Alan Greenspan, l'ancien président de la Réserve fédérale américaine, l’économie mondiale a pris un tournant décisif. La période de croissance soutenue et d’inflation modérée est bel et bien révolue. Il prévoit que la période qui vient sera marquée par des prix élevés pour le pétrole et les aliments, dont la hausse récente serait selon lui, en grande partie causée par des tensions entre l’offre et la demande et en partie par la spéculation.

De leur côté, les banquiers européens craignent un effondrement du système bancaire mondial : « La situation aux États-Unis est bien pire que nous le pensions », déclare Maurice Lippens, grand patron de la Fortis en Belgique, « on prévoit quelque 6 000 faillites parmi les banques américaines qui ont actuellement une faible couverture. Mais des groupes comme Citigroup, General Motors, Chrysler peuvent être emportés. Un effondrement total s’amorce aux Etats-Unis. » L’économie mondiale selon ces spécialistes de la bourgeoisie serait donc au début d’une crise économique d’envergure sous tous ses aspects : économique, financier, industriel, avec une inflation des prix alimentaires et énergétiques.

La crise est causée par la baisse du taux de profit

Les perturbations financières actuelles ne sont pas la cause fondamentale de la crise qui se dessine mais en sont plutôt une manifestation qui la révèle. Les pertes financières provoquées par l’éclatement de la bulle spéculative dans l’immobilier sont la perte de ce que Marx appelait « un capital fictif ». Aucune richesse réelle n’est pour autant disparue. Bien au contraire, il y a même relativement trop de richesses.

Dans leur quête avide de profits, les capitalistes cherchent continuellement à augmenter la productivité des travailleurs-euses, c’est-à-dire d’augmenter le taux de plus-value (il s’agit du rapport entre le travail non-payé aux travailleurs-euses que les capitalistes empochent et le capital investi en salaires). Pour ce faire ils développent la production au maximum, en réinvestissant la plus-value dans des machineries plus performantes et dans une organisation du travail plus productive, afin de produire plus de marchandises à moindre coût en réduisant les coûts de main-d’oeuvre.

Cela modifie la composition du capital dans son rapport entre le capital fixe (machineries, bâtiments, matières premières etc.) qui augmente et le capital variable (main-d’œuvre) qui proportionnellement diminue. La conséquence de cette situation est que « le progrès de la production capitaliste implique nécessairement que le taux général moyen de la plus-value se traduise par une baisse du taux de profit général : c’est une nécessité évidente découlant de l’essence du mode de production capitaliste. La masse de travail vivant (capital variable, ndlr) employé diminuant sans cesse par rapport à la masse du travail matérialisé (capital fixe ou constant, ndlr) qu’elle met en œuvre, par rapport aux moyens de productions consommés productivement, il faut bien que la fraction non payée de ce travail vivant qui se concrétise en plus-value voit son rapport au volume de valeur du capital total diminuer sans cesse. Or ce rapport de la masse de plus-value à la valeur du capital total employé constitue le taux de profit ; celui-ci doit donc baisser continuellement. » (K. Marx, Le Capital, livre troisième, tome I, Éd. Sociales, 1974, p. 227)

Lorsque le taux de profit diminuant devient trop bas, les capitalistes ne voient plus aucun intérêt à faire fonctionner la machine économique et la production des marchandises s’enraye. Nous nous retrouvons alors dans une crise économique. Les mécanismes qui font baisser le taux des profits en remplaçant les ouvriers-ères par des machines provoquent par le fait même l’augmentation du chômage. L’augmentation du chômage à son tour diminue le revenu global des ouvriers-ères et leur consommation déjà limitée par des salaires maintenus le plus bas possible, ce qui affecte par ricochet la vente et la production des marchandises concernées (principalement des marchandises de première nécessité : aliments, vêtement, logement, énergie, etc.). D’autre part, la demande de marchandises de luxe et de moyens de production est quant à elle affectée par la baisse des profits des capitalistes. Bref, il y a alors une baisse de la demande globale faute de moyens alors que l’offre a été poussée à son plus haut niveau. (Voir ci-bas l’article sur les causes des crises économiques).

Marx explique que « dans l’état de choses existant, le remplacement des capitaux investis dans la production dépend pour la plus grande part de la capacité de consommation des classes improductives (Grosso modo, il s’agit de la petite bourgeoisie, rentiers, professions libérales, etc., qui constitue dans les pays capitalistes développés un portion importante de la population. ndrl) tandis que la capacité de consommation des ouvriers est limitée en partie par les lois du salaire, en partie par le fait qu’on ne les emploie qu’aussi longtemps que leur utilisation profite à la classe capitaliste. La raison ultime de toute véritable crise demeure toujours la pauvreté et la limitation de la consommation des masses, face à la tendance de la production capitaliste à développer les forces productives comme si elles n’avaient pour limite que la capacité de consommation absolue de la société. (K. Marx, Le Capital, livre troisième, tome II, Éd. Sociales, 1970, p. 145)

Face à la baisse des profits, les capitalistes ne restent pas les bras croisés. C’est la qu’intervient le phénomène de l’inflation.

La stagflation

Normalement, lorsque la crise arrive au stade de la dépression que l’économie stagne et que l’offre des marchandises est abondante pendant que la demande des consommateurs est en baisse bien malgré eux, les prix des marchandises ont tendance à baisser. On peut assister alors à une phase de déflation plus ou moins longue jusqu’au moment de la reprise économique.

Évidemment, la bourgeoisie craint d’arriver à ce stade, non seulement parce que les profits y sont au plus bas, mais surtout parce que cela inévitablement provoque des remous sociaux et risque d’amener la classe ouvrière à se mobiliser et même à devenir menaçante pour le capitalisme. Aussi cherche-t-elle à bloquer le processus « normal » des crises économiques qui ne sont, rappelons-le, que des manifestations nécessaires du fonctionnement cyclique du capitalisme.

Les gouvernements et leurs banques centrales interviennent donc via des politiques inflationnistes qui visent à atténuer l’amplitude des cycles économiques. (Une « récession » serait une sorte de ralentissement contrôlé). Voici comment la Banque du Canada explique sa politique :
« L'élément central du cadre de conduite de la politique monétaire de la Banque est sa stratégie de maîtrise de l'inflation, dont l'objectif consiste à maintenir le taux d'inflation à environ 2 %, c'est-à-dire au point médian d'une fourchette cible, qui va de 1 à 3 %. …La Banque se préoccupe de tout écart important — qu'il soit positif ou négatif — du taux d'inflation par rapport au point médian de 2 %. Lorsque la demande est forte, elle risque de pousser l'appareil de production aux limites de sa capacité. Dans ce cas, l'inflation a tendance à augmenter au-dessus du point médian. La Banque intervient alors en majorant les taux d'intérêt afin de ralentir le rythme d'expansion de l'économie. À l'inverse, lorsque la demande est faible, les pressions inflationnistes ont tendance à se relâcher. La Banque abaisse alors les taux d'intérêt dans le but de stimuler l'économie et d'absorber les capacités excédentaires.
Quels sont les avantages d'une telle politique?
Un taux d'inflation bas, stable et prévisible constitue la meilleure contribution que la politique monétaire puisse apporter à une économie productive, qui fonctionne bien. Il permet aux Canadiens et aux Canadiennes de prendre des décisions en matière de dépenses et d'investissements avec une plus grande confiance. Cette confiance est favorable aux investissements à long terme dans l'économie canadienne et contribue au maintien de la création d'emplois et à l'accroissement de la productivité, gage de l'amélioration réelle de notre niveau de vie. »

Cette politique inflationniste permet dans une certaine mesure de contrer la baisse du taux des profits puisque «…les capitalistes réagissent en s’efforçant d’augmenter leurs prix de manière à obtenir les profits nécessaires à la poursuite de l’expansion de la production. La vente des marchandises à ces prix plus élevés est rendue possible par l’existence du crédit (crédit commercial, crédit bancaire, crédit à la consommation), par l’intermédiaire des banques et, en dernière analyse, de l’État, qui adapte la quantité de monnaie en circulation aux augmentations de prix désirées. » (Louis Gill, L’économie capitaliste : une analyse marxiste, deuxième partie, Presses socialistes internationales, 1979, p. 298).

Évidemment, cette politique d’inflation permanente se fait au détriment des masses et particulièrement de la classe ouvrière. L’augmentation continuelle des prix des marchandises équivaut en réalité à une réduction générale des salaires. La bourgeoisie peut ainsi augmenter le taux de plus-value et accroître le degré d’exploitation de la classe ouvrière sans augmenter davantage la composition organique du capital (le rapport entre le capital fixe et le capital variable), atténuant ainsi la baisse du taux de profit (qu’on dit « tendancielle »). À cet égard, les salaires réels depuis 1980 ont diminué au Canada, particulièrement ceux des salariés-es les plus pauvres. (Voir l’article de Kimball Cariou publié sur ce blog le 21 mai 2008 : « Statistique Canada confirme que les écarts de revenu croissent de plus en plus rapidement »).

Le problème que la bourgeoisie rencontre à l’heure actuelle est que la crise financière et la spéculation, qui jouent un rôle important dans l’envolée des prix des matières premières, fait augmenter le taux d’inflation au dessus du niveau qu’ils trouvent souhaitable. Ainsi, le mois dernier le taux au Canada a dépassé les 3% et on prédit qu’il pourrait dépasser d’ici la fin de l’année 4%. Aux États-Unis, il dépasse déjà les 5%. Et évidemment, on parle du taux général, mais qui est encore bien plus élevé pour certains produits de première nécessité comme l’alimentation.

La difficulté d’une part est que les rentiers subiront une perte sèche si les taux d’intérêts qu’ils peuvent retirer des placements financiers de leur capital est plus bas que le taux d’inflation. D’autre part, une inflation trop importante peut provoquer une mobilisation de la classe ouvrière pour augmenter les salaires, annihilant les efforts des capitalistes pour augmenter leurs profits
Jusqu’à maintenant, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 3% (Le taux auquel elle prête aux banques ordinaires) afin de ne pas aggraver le ralentissement économique. Mais en même temps, des mises-en-garde sont envoyées à la classe ouvrière d’accepter la hausse des prix docilement, sinon, on menace d’augmenter les taux d’intérêts. Ainsi, encore une fois selon Alan Greenspan, le défi pour les banquiers centraux sera de maintenir le contrôle de l’inflation. Les banques centrales « n’auront pas d’autre choix que de revenir à des taux d’intérêts élevés ». Il ajoute qu’il faudra que les politiciens « s’y fassent et convainquent la population de la nécessité de maintenir une politique monétaire plus rigide».
Le Canada frappé de désindustrialisation

Donc, la récession, que de nombreux économistes définissent comme deux trimestres consécutifs de croissance négative, «… demeure une définition «approximative, pas fausse, mais pas tout à fait complète, souligne Alain Paquet … Au fond, il faudrait parler d'un déclin ou d'une baisse significative de l'activité économique, dans l'ensemble de l'économie, qui dure plus de quelques mois L'expression «deux trimestres» est commode. Mais trop tranchante pour les situations économiques. Aussi, pour bien déterminer s'il y a récession ou non, ce n'est pas seulement le PIB réel qu'il faut observer, mais aussi le revenu réel, l'emploi, la production industrielle, les ventes de gros et de détail. »

Or, si on pousse l’analyse un peu plus loin de la situation économique au Canada, on se rend compte un peu comme le dit Alain Dubuc du journal La Presse « que les indicateurs économiques canadiens ne veulent pas dire grand-chose… L’économie canadienne est devenue une économie à trois vitesses. Les quatre provinces de l’Ouest qui ne sont même pas au courant qu’il y a des problèmes, le Canada central, le Québec et l’Ontario, très touchés, et les provinces maritimes, qui s’en sortent un peu mieux ».

En réalité, la faible croissance du dernier trimestre s’explique surtout par le fait que ce sont surtout les provinces de l’Ouest qui, profitant du boom spéculatif dans les matières premières, augmentent la croissance moyenne et qui compense pour la mauvaise performance du Québec et surtout de l’Ontario, le centre industriel du pays. Par exemple, tandis que Pétro-Canada annonce une augmentation de ses bénéfices nets de 77% pour le dernier trimestre (soit la coquette somme de $1,5 milliard volée au peuple) et que Potash Corp. de la Saskatchewan (profitant de la crise alimentaire et de la demande d’engrais) quant à elle annonce une hausse de ses profits de 181%, soit plus de $600 millions, en Ontario pendant ce temps on voit la croissance du PIB stagner depuis 2003 en dessous de la moyenne canadienne. La faible croissance que la province a malgré tout connue, a été réalisée essentiellement dans le développement dans les industries de services, alors qu’il y a eu une décroissance dans la production de biens. Grosso modo, il en va de même au Québec.

Selon les données de statistiques Canada, la production de biens (agriculture, extraction minière, pétrolière, construction, fabrication, etc.) a reculé au pays de 3,2% pendant que la production de services (commerce, transport, finance, restauration, etc.) a augmenté de 3,3% d’avril 2007 à avril 2008. En avril 2008, la production de biens se chiffrait à 368 milliards de dollars pendant que celle des services était de 866 milliards. Cela signifie que les services représentent 70% de toute l’économie. Or c’est la production des biens qui génère la plus-value à la base des profits que convoitent tant les capitalistes.

Cette « tertiarisation » de l’économie canadienne témoigne d’une part de son caractère parasitaire, typique de l’impérialisme. Mais en même temps, cela témoigne aussi de la désindustrialisation que le Canada subit du fait de la domination impérialiste, surtout américaine. Ainsi, même le secteur pétrolier qui est le Klondike en Alberta est complètement dominé par des entreprises privées et surtout étrangères (Le Canada serait un des rares sinon le seul pays dans le monde qui abandonne complètement ce secteur stratégique à l’entreprise privée).

La faiblesse de sa base industrielle rend l’économie canadienne plutôt fragile, dépendante du secteur des matières premières. Déjà, au moment d’écrire ces lignes, la baisse de la demande pour le pétrole en réaction à la hausse des prix a provoqué une baisse du prix du brut et une baisse du cours du pétrole à la Bourse. En avril, selon Statistiques Canada, même l’extraction de pétrole et de gaz aurait enregistré un recul, de telle sorte que la production du secteur de l’énergie a diminué de 1,1%

Au-delà de la définition « officielle » de la récession, on peut dire avec certitude que le Canada connaît actuellement un ralentissement économique très important qui va sérieusement affecter la vie des gens. Est-ce que cela va empirer et évoluer vers une crise économique ? Ce n’est pas encore certain, mais considérant le niveau d’imbrication des économies du monde entier, les possibilités sont considérables.


Quelle est la cause des crises économiques ?

Les crises économiques qui engendrent la misère dans le système capitaliste sont liées à la nature elle-même de ce système. Elles sont des manifestations régulières de sa contradiction fondamentale, à savoir, « celle qui existe entre le caractère social de la production (socialisée par le capitalisme) et le mode privé, individuel d’appropriation. » (Lénine, O.C., tome 2, p. 165, Éditions du Progrès, Moscou, 1966).

C’est pour cela que seule la fin du capitalisme et son remplacement par un mode de production socialiste pourra mettre définitivement fin à ces crises économiques.

L’explication scientifique du phénomène des crises est le résultat des recherches de Karl Marx, qu’il développa en particulier dans son chef-d’œuvre, Le Capital, dont voici des extraits pertinents :

LE CAPITAL, Livre troisième, chapitre XV, Développement des contradictions internes de la loi (Loi de la baisse tendancielle du taux de profit moyen, NDLR)

«… C'est le capital lui-même qui fixe une borne à la production capitaliste, parce qu'il est le point de départ et le point d'arrivée, la raison et le but de la production et qu'il veut qu'on produise exclusivement pour lui, alors que les moyens de production devraient servir à une extension continue de la vie sociale. Cette borne, qui limite le champ dans lequel la valeur-capital peut être conservée et mise en valeur par l'expropriation et l'appauvrissement de la masse des producteurs, se dresse continuellement contre les méthodes auxquelles le capital a recours pour augmenter la production et développer ses forces productives. Si historiquement la production capitaliste est un moyen pour développer la force productive matérielle et créer un marché mondial, elle est néanmoins en conflit continuel avec les conditions sociales et productives que cette mission historique comporte.
(…)
Même dans l'hypothèse poussée à l'extrême que nous venons d'examiner, la surproduction absolue de capital n'est pas une surproduction absolue de moyens de production. Elle n'est qu'une surproduction des moyens de production fonctionnant comme capital, devant produire une valeur supplémentaire proportionnelle à leur augmentation en quantité. Et cependant elle est une surproduction, parce que le capital est devenu incapable d'exploiter le travail au degré qu'exige le développement « sain » et « normal » de la production capitaliste, qui veut tout au moins que la masse de profit augmente proportionnellement à la masse de capital et n'admet pas que le taux du profit baisse dans la même mesure ou plus rapidement qu'augmente le capital.
La surproduction de capital n'est jamais qu'une surproduction de moyens de travail et d'existence pouvant être appliqués, à l'exploitation des travailleurs à un degré déterminé, le recul de l'exploitation au-dessous d'un niveau donné devant provoquer des troubles, des arrêts de production, des crises et des pertes de capital. Il n'y a rien de contradictoire à ce que cette surproduction de capital soit accompagnée d'une surpopulation relative plus ou moins considérable. Car, les circonstances qui accroissent la productivité du travail, augmentent les produits, étendent les débouchés, accélèrent l'accumulation comme masse et comme valeur et font tomber le taux du profit, sont aussi celles qui provoquent continuellement une surpopulation relative d'ouvriers, que le capital en excès ne peut pas occuper parce que le degré d'exploitation du travail auquel il serait possible de les employer n'est pas assez élevé ou que le taux du profit qu'ils rapporteraient pour une exploitation déterminée est trop bas.
(…)
…La contradiction qui caractérise le mode capitaliste de production, réside surtout dans sa tendance à développer d'une manière absolue les forces productives, sans se préoccuper des conditions de production au milieu desquelles se meut et peut se mouvoir le capital.
On ne produit pas trop de moyens de subsistance eu égard à la population; on en produit au contraire trop peu pour la nourrir convenablement et humainement. De même on ne fabrique pas trop de moyens de production, étant donnée la partie de la population qui est capable de travailler. Une trop grande partie des hommes est amenée par les circonstances à exploiter le travail d'autrui ou à exécuter des travaux qui ne sont considérés comme tels que dans un système absolument misérable de production. En outre, les moyens de produire que l'on fabrique sont insuffisants pour que toute la population valide puisse être occupée dans les circonstances les plus fécondes au point de vue de la production et par conséquent les plus favorables à la réduction de la durée du travail.
Mais périodiquement on produit trop de moyens de travail et de subsistance pour que leur emploi à l'exploitation du travailleur puisse donner le taux de profit que l'on veut obtenir. On produit trop de marchandises pour que la valeur et la plus-value qu'elles contiennent puissent être réalisées et reconstituées en capital, dans les conditions de répartition et de consommation inhérentes à la production' capitaliste, ou du moins parcourir ce cycle sans catastrophes continuelles. On peut donc dire que si la production de richesses n'est pas trop abondante, on produit périodiquement trop de richesses ayant la forme capitaliste avec les contradictions qui en sont inséparables.
Les faits suivants assignent une limite à la production capitaliste :
1. En entraînant la baisse continue du taux du profit, le progrès de la productivité du travail donne le jour à une force antagoniste, qui à un moment donné agit à l'encontre du développement de la productivité et ne peut être vaincue que par des crises sans nombre;
2. L'importance de la production, qu'elle doive être accrue ou restreinte, est déterminée, non par les besoins sociaux, mais par l'appropriation par le capitaliste du travail qu'il ne paye pas et le rapport de ce travail au travail matérialisé, en d’autres termes, par le profit et le rapport du profit au capital engagé; d'où il résulte que la production s'arrête, non lorsque les besoins sont satisfaits, mais lorsque l'impossibilité de réaliser un profit suffisant commande cet arrêt. »

samedi 19 juillet 2008

DE L'AGITATION SE MANIFESTE AU CONGRÈS DU CTC

Traduction d’un article du numéro du 16 au 30 juin 2008 de «People's Voice», principal journal communiste anglophone du Canada. Tout article peut être reproduit gratuitement si la source est indiquée. Tarif annuel des abonnements - Canada : 25,00$Can ou 12,00$Can pour les personnes à faible revenu - États-Unis : 25,00$US - Autres pays : 25,00$US ou 35$Can. Envoyer votre chèque en indiquant votre adresse à : People's Voice, c/o Directeur des affaires, 133 Herkimer St. Unit 502, Hamilton, ON, Canada L8P 2H3.

par Sam Hammond, président de la Commission syndicale centrale du Parti communiste du Canada

Le 25e Congrès du Congrès du travail du Canada (CTC) a eu lieu à Toronto du 26 au 30 mai derniers, en présence de 1 800 déléguées/ués, qui représentaient 54 syndicats affiliés. Le CTC se compose de 55 syndicats, mais 400 déléguées/ués du Syndicat national des employées et employés généraux du secteur public (SNEGSP) n'ont pas pu siéger parce que 20 000 dollars de cotisations ont été retenus au Manitoba parce que le CTC avait été incapable d'imposer la discipline et d'empêcher une tentative de maraudage syndical entreprise dans un casino par un autre syndicat affilié, celui des Teamsters,. La question des maraudages allait refaire surface un certain nombre de fois.

Le présent Congrès survient après la tentative faite en 2005 par Carol Wall d'évincer Ken Georgetti de son poste de président. Malgré la résistance de presque toutes/tous les dirigeantes/eants des grands syndicats affiliés, qui avaient empêché Carol Wall de se présenter aux principaux caucus et à des débats de candidats, celle-ci avait recueilli, la dernière fois, 38% des votes. Cela était une mesure exacte du niveau de l'agitation chez les syndiqués de la base et de leur appui au programme de Wall en faveur de réformes démocratiques et du rétablissement de liens organiques avec le mouvement de lutte pour la justice sociale. Cela aurait dû être pris en compte, mais ne l'a pas été.

L’absence de réponse à ces signes d'agitation a donné le ton de tout ce congrès. Dans son discours d'ouverture, Ken Georgetti, a déclaré : «À notre dernier Congrès, les syndicats ont lancé le défi au CTC : celui d’en faire plus et de faire mieux que jamais auparavant. Et je suis fier de dire que nous avons livré la marchandise.»

Mais quelle « marchandise » ? Elle n’est pas définie. Aussi il y en a qui pourrait déduire de cette déclaration que les déléguées/ués voulaient seulement plus de la même chose, seulement plus. Mais ce n'était assurément pas le cas de 38% des déléguées/ués et probablement de beaucoup d’autres. Malheureusement, à ce Congrès, elles/ils n'ont obtenu que plus de la même vieille « marchandise » : des représentations musicales et culturelles plus nombreuses et plus longues, un plus grand nombre d'invités, un petit peu plus de tout sauf des choses sérieuses et des débats. Elles/ils ont eu moins de temps pour élaborer les résolutions, pour intervenir dans les débats et certainement moins de possibilités pour les membres de la base de participer. Cette question a été soulevée par tous les caucus de gauche, le «Caucus des jeunes», le «Caucus pour l'action» et le «Forum socialiste».

Les caucus et les forums ont en fait constitué le point culminant du Congrès. Ils sont devenus, chaque jour davantage, les véhicules de l'expression démocratique et des débats. De nombreuses manifestations de déception ont eu lieu, en particulier de la part des quelques 200 déléguées/ués qui participaient pour la première fois à un Congrès syndical et dont la plupart étaient des jeunes.

Ce congrès du CTC aura été plus encadré que jamais il ne fut auparavant. Des représentants du personnel de la plupart des syndicats poursuivaient les microphones réservés aux opinions défavorables afin d’arrêter au passage les déléguées-ués dissidentes/ents et pour leurs rappeler que les politiques du syndicat et des caucus syndicaux devaient être respectées. Aussi, de nombreux délégués ont sentis qu'ils n'étaient là que pour approuver sans discussion des décisions déjà prises. Cette façon d'orienter l’expression des déléguées-ués démontre plus que toute autre chose l'insécurité de certains dirigeants syndicaux, qui sont très mal à l'aise face à des débats ouverts et à l'expression démocratique des opinions.

Un programme bien conçu, qui se transformait en affiche, a été largement distribué sur le plancher du congrès aux déléguées/ués par un groupe de syndicats de l'Ontario portant le nom d'«Action pour un changement». Ce programme n'était pas signé, et les syndicats concernés, entre autres, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), les syndicat des Métallos, le Syndicat international des employés de services (SEIU), n'avaient pas indiqué leur nom sur l'affiche. Mais ils ont proposé un programme très général, qui exigait, en gros, plus de militantisme et d'imputabilité, une approche plus programmatique de riposte à l' Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), de l'opposition à la privatisation, de la prévention contre le maraudage syndical, moins de collusion avec les employeurs, et des liens plus étroits avec les mouvements populaires.

L'affiche déclare ceci : «Notre «Action pour un changement» vise principalement à transformer le Congrès du travail du Canada en quelque chose dont nous avons besoin à nouveau : le CTC doit redevenir la voix collective, forte et claire, de toutes/tous les travailleuses/eurs du Canada». Rédigée par une dizaine de leaders syndicaux de l'Ontario, l'affiche représente les syndicats qui ont conclu entre eux un accord volontaire contre le maraudage et qui ont manifesté leur mécontentement.

Ces leaders ne sont pas restés passifs. Sid Ryan, leader du SCFP de l'Ontario, a assisté à la réunion du «Caucus pour l'action» au nom des syndicats de «Action pour un changement». Il a expliqué que les discussions avec la direction du CTC ont conduit à améliorer le Document 12, qui avait précédemment été rédigé, qui manquait de vigueur. Ce document recommandait, conformément aux conceptions typiques de direction où les décisions partent du sommet pour se rendre à la base, l'établissement d'une Commission de révision structurelle établie par le Comité exécutif et par le Conseil exécutif, en vue de l'examen des instances centrales des syndicats, de leurs relations et de leur financement, des consultations avec les syndicats affiliés et avec les Conseils du travail, et de la proposition d'un plan de mise en œuvre qui serait présenté au prochain Congrès.

Les syndicats liés à «Action pour un changement» ont réussi à obtenir des directives pour inclure des recommandations constitutionnelles sur le maraudage et sur les syndicats malhonnêtes, ainsi qu'une inclusion plus significative des Conseils du travail au sein de la Commission de révision. Au cours du débat sur la Révision structurelle, plusieurs leaders syndicaux de premier plan de l'Ontario, y compris Ryan, ont fait des contributions aux micros réservés aux opinions favorables, mais ils ont manifesté une forte opposition au maraudage. Pendant ce temps, des membres des Conseils du travail dominaient les micros réservés aux opinions défavorables et exprimaient leur insatisfaction avec le CTC et avec la façon de traiter les Conseils du travail. Le document a été adopté, mais les opinions exprimées durant le débat, favorables et défavorables, devraient être considérées comme étant des instructions à la direction du CTC pour plus de démocratie, plus d'appui aux Conseils du travail et plus de direction sur les questions sociales et sur les luttes.

Le Conseil du travail de Toronto et de la région de York avaient également un programme, qui était intitulé «Programme d'action - Construire le pouvoir syndical 21ème siècle». Ce programme d'action proposait onze résolutions appuyées par plusieurs Conseils du travail à travers le pays. Celles-ci ont été, pour la plupart, incorporées à des résolutions composites sur les questions d'organisation, d'une campagne pour gagner la «card-check», des travailleuses-eurs migrants et temporaires, de l'équité et de la politique municipale. Les résolutions ont renforcé les composites déjà élaborées et reflètent à nouveau la tendance vers la démocratie, l'action et l'imputabilité de la direction du CTC.

D'excellentes résolutions ont été adoptées sur l'Afghanistan, la Palestine, la Colombie et sur d'autres questions relatives à la solidarité internationale. Une très importante résolution sur la nationalisation des ressources pétrolières a été adoptée avec enthousiasme et soutenue par d'éminents porte-parole de grands syndicats affiliés, entre autres Jim Sinclair, de la Fédération du travail de la Colombie-Britannique. Le dernier jour du Congrès, le «Caucus pour l'action», qui s'était réuni et avait grandi chaque jour davantage, a fait des ajouts importants au Plan d'action du CTC sur les questions de l'unité syndicale, du droit de grève, de la démocratie syndicale et de l'imputabilité des membres de la direction.

Dave Pritchett, du local 500 de l'«International Longshore and Warehouse Union» (Syndicat international des travailleurs des quais et des entrepôts), a parlé avec éloquence de la nécessité de se rappeler les contributions faites par les membres du Parti communiste et par d'autres, en tant que fondateurs et combattants des syndicats. Plus tard, il a fait crouler la salle sous les applaudissements en suggérant de remplacer l'expression «faire pression sur le gouvernement» par «faire tomber le gouvernement», et de replacer la «dictature des grandes entreprises» par la «dictature de la classe ouvrière». L'enthousiasme général envers ces sentiments montre non seulement la nature combative des travailleuses/eurs mais aussi leur malaise d'avoir au Congrès une direction qui ne partage pas ces sentiments.

L'état d'esprit exprimé par les caucus et les deux «Programmes d'action» montre que la vague de fond de mécontentement commence à être articulée. La contribution du «Caucus pour l'action» montre le potentiel qui existe pour une gauche plus grande et en expansion, ingrédient indispensable pour le changement. Des dirigeants bien connus sont en train d'affirmer la nécessité de développer le changement, l'unité et la riposte. Cela augure bien pour l'unité et l'appui entre les membres de la base et de la direction, si nécessaires à la lutte.

Ce Congrès a peut-être été terne à bien des égards, mais une gauche naissante commence à se développer par la définition d'un programme et par la croissance de ses effectifs.

CONGRÈS DU TRAVAIL DU CANADA : LES DÉLÉGUÉES/UÉS EXIGENT LE RETRAIT DE L'AFGHANISTAN

Traduction d’un article du numéro du 16 au 30 juin 2008 de «People's Voice», principal journal communiste anglophone du Canada. Tout article peut être reproduit gratuitement si la source est indiquée. Tarif annuel des abonnements - Canada : 25,00$Can ou 12,00$Can pour les personnes à faible revenu - États-Unis : 25,00$US - Autres pays : 25,00$US ou 35$Can. Envoyer votre chèque en indiquant votre adresse à : People's Voice, c/o Directeur des affaires, 133 Herkimer St. Unit 502, Hamilton, ON, Canada L8P 2H3.

La résolution suivante a été adoptée par les déléguées/ués au 25ème Congrès du Congrès du travail du Canada, qui s'est tenue du 26 au 30 mai à Toronto :

Le Congrès du travail du Canada (CTC) demande de tous les partis politiques présents au sein de notre Parlement de prendre immédiatement des mesures pour mettre fin à l'occupation militaire en Afghanistan, pour mettre en œuvre le désengagement des forces canadiennes et pour ramener nos soldates/ats canadiennes/iens de la guerre illégale en Afghanistan.

Le CTC aidera les syndicats qui lui sont affiliés à sensibiliser et à mobiliser leurs membres pour s'opposer à l'intervention militaire canadienne en Afghanistan.

Le CTC continuera de travailler avec les partenaires oeuvrant au sein de l'Alliance canadienne pour la paix afin d'éduquer les Canadiennes/iens sur la guerre.

Le CTC développera la solidarité avec les travailleuses/eurs afghanes/ans, la justice sociale et les organisations de femmes.

Parce que les Canadiennes/iens ont une fière histoire d'engagement de nos forces armées à assumer le rôle du maintien de la paix, qui remonte à la fin de la Deuxième guerre mondiale.

Parce qu'il n'y a pas d'objectifs, de réalisations ou d'avantages clairs pour les Canadiennes/iens relativement à cette guerre dans laquelle des dizaines de jeunes Canadiens et des centaines de citoyennes/ens afghanes/ans innocentes/ents sont tués.

Parce que nos jeunes soldats sont en train de mourir en Afghanistan dans une guerre dans laquelle ils jouent un rôle d'armée d'invasion sans avoir reçu de mandat de la part des citoyennes/ens canadiennes/iens.

Parce que l'intervention militaire du gouvernement Harper en Afghanistan ne contribue pas à instaurer la paix et à entreprendre la reconstruction en Afghanistan.

Parce que la campagne militaire du gouvernement canadien vise à appuyer les intérêts politiques, économiques et militaires des États-Unis plutôt qu'à contribuer à instaurer la paix et à entreprendre la reconstruction en Afghanistan.

Parce que les actions de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), menées sous la direction des États-Unis, accroissent la violence en Afghanistan.

Parce que les énormes sommes d'argent dépensées sur le plan militaire en Afghanistan seraient mieux utilisées si elles servaient à financer les soins de santé, l'éducation, la création d'emplois et les services sociaux.

Parce que le mouvement ouvrier a toujours été au centre de toutes les luttes pour la paix et pour la justice.

lundi 14 juillet 2008

Communiqué de la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba (TCSQ-C) conjointement avec le Réseau Canadien de solidarité avec Cuba (CNC).

DES PARLEMENTAIRES CANADIENS
EXIGENT JUSTICE POUR LES CINQ
HÉROS CUBAINS
7 juillet 2008, Montréal

Sur l'initiative de Francine Lalonde, députée du Bloc Québécois de La Pointe-de-l'Île et porte-parole en matière d'affaires étrangères, 56 députés fédéraux, ont signé une lettre réclamant justice pour les Cinq Cubains emprisonnés aux États-Unis et pour leurs familles. Dans un geste de collaboration avec le Bloc Québécois, Libby Davies, députée du NPD, Vancouver Est, a réuni les signatures des député-e-s de son parti.

La lettre expliquant les cas des Cinq est signée par 40 député-e-s du Bloc Québécois et 16 député-e-s du Nouveau Parti Démocratique. Elle a été transmise, au cours de la semaine du 23 au 27 juin 2008, à l'honorable David Emerson, Ministre des affaires étrangères du Canada avec copie à Monsieur Michael Mukasey, Procureur général des États-Unis, et Monsieur David Wilkins, Ambassadeur des États-Unis au Canada.

La lettre indique que Fernando González Llort, René González Sehwerert, Antonio Guerrero Rodríguez, Gerardo Hernández Nordelo et Ramón Labañino Salazar, connus internationalement comme les «Cinq», emprisonnés aux États-Unis depuis plus de 9 ans, ont subi un procès inéquitable et des conditions de détention qui contreviennent à la Constitution étasunienne et au droit international. Cette lettre signée par 56 députés fédéraux s'appuie, entre autres, sur le Groupe de travail des Nations Unies sur les détentions arbitraires, qui relève de la Commission des droits de l'homme, un groupe de 110 parlementaires britanniques et Amnistie Internationale qui dénoncent les conditions du procès et de l'emprisonnement. La lettre fait aussi mention que ces cinq personnes sont détenues, séparées les unes des autres dans cinq prisons à sécurité maximale et maintenues pendant de longues périodes dans des cellules d'isolement et que deux d'entre elles se sont même vues refuser leur droit aux visites familiales. Elle stipule que, depuis que la Cour d'Appel d'Atlanta a déclaré que les jugements contre les cinq Cubains étaient invalides, rien ne justifie la poursuite de leur emprisonnement ni à ce que perdure cette situation arbitraire extrêmement douloureuse pour les Cinq Cubains et leurs familles.

Le gouvernement cubain avait remis aux autorités étasuniennes en 1998 un rapport volumineux qui démontrait que des actes terroristes se préparaient en sol étasunien par des groupes anti-cubains vivant majoritairement à Miami. Les informations résultaient en grande partie des renseignements recueillis par les Cinq Cubains qui avaient infiltré ces groupes, mais plutôt que d'agir sur ces renseignements, ce sont les Cinq qui ont été arrêtés, le 12 septembre 1998.

D'autres parlementaires dans le monde ont dénoncé l'injustice faite aux Cinq et à leurs familles, dont Karel De Gucht, ministre belge des Affaires étrangères, dans une déclaration faite le 30 juin dernier.

Au Québec, en plus de nombreux citoyens ordinaires, des personnalités connues telles que Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, Elsie Lefebvre, ex-députée du Parti Québécois ainsi que 93 personnalités ont donné leur appui au Cinq. Au Canada, Mme Libby Davies, députée du NPD, Vancouver Est, a réuni les signatures des autres député-e-s de son parti. L'appui aux Cinq des député-e-s du NPD s'ajoute à celui du Congrès du travail du Canada et de la Fédération canadienne des étudiants, entre autres.

Madame Francine Lalonde avait reçu en octobre 2007, dans ses bureaux de circonscription à Pointe-aux-Trembles, Madame Elizabeth Palmeiro, épouse de Ramón Labañino, un des Cinq.

La Table de concertation de solidarité Québec-Cuba (TCSQ-C) et le Réseau canadien de solidarité avec Cuba (CNC) appuient de tout coeur le Bloc Québécois et le Nouveau Parti Démocratique dans cet appel conjoint pour la justice et nous unissons nos voix à celles de nos députéEs. Nous maintiendrons nos efforts conjoints pour que les Cinq obtiennent justice et pour faire connaître leur cas au Québec et au Canada. Nous collaborerons également avec des organisations des États-Unis et autres parties du globe qui sont reconnues pour leur recherche de la justice

Nous réclamons justice pour les Cinq et leurs familles!

Congrès de la CSN

PEU DE PERSPECTIVE
Par Pierre Bibeau

Sous le thème « Oser au quotidien », s’est tenu le 62ème congrès de la CSN du 12 au 17 mai dernier à Québec. Plus de 2 000 délégué-e-s provenant de tous les syndicats étaient présents pour débattre des positions élaborées par l’exécutif.

Outre l’environnement—sujet à la mode s’il en est un—les autres propositions étaient réunis par thèmes qui se définissaient comme suit : contrer la discrimination sur la base des statuts d’emploi; définir un cadre pour les agences de placement; la conciliation famille-travail; développement économique, travail et emploi; formation de la main-d’oeuvre; santé; éducation; pour une nouvelle approche de protection de revenu à la retraite; société québécoise et immigration; l’action syndicale internationale; négociations commerciales et finalement, la responsabilité sociale des entreprises et des institutions publiques.

Malheureusement, on a peu élaboré sur des préoccupations majeures pour la classe ouvrière, tel que la perte de pouvoir d’achat, la détérioration des conditions de travail au fil des ans et la détérioration marquée et continue de notre filet de sécurité sociale, bref, tout ce qui touche de près la vie des travailleurs-euses actuellement. Une réflexion sur le syndicalisme d’aujourd’hui, la diminution marquée des luttes et les attaques persistantes contre le droit de grève auraient pu également faire l’objet de débat.

On doit noter positivement la proposition demandant une législation favorisant le droit pour tous les salarié-es d’être couverts par un régime de retraite financé par les patrons et régi par une loi. Mais ce type de propositions a été trop rare dans ce congrès. Les propositions touchant le secteur économique en lien avec le travail sont peu engageantes, timorées et favorisent même une plus grande concertation employeur-état-syndicat. Il s’agit ici d’une certaine continuité idéologique social-démocrate conséquente de la centrale syndicale depuis les années 80 ce qui fera dire à un camarade délégué que nous étions loin du syndicalisme de combat. On remarquera l’amélioration de la CSN sur son positionnement au plan international, la venue de Guy Ryder, secrétaire général de la Confédération Syndicale Internationale, ne fut pas fortuite sur ce plan.

L’éternel conflit opposant la Fédération de la santé et des services sociaux et la Fédération des professionnèles concernant leurs juridictions représentatives respectives, qui peuvent se chevaucher dans le secteur de la santé et des services sociaux, a été remis sur la table par la FSSS. Les votes d’allégeance que la loi 30 avait imposés en fusionnant de force les accréditations syndicales dans ce secteur avaient placé les deux fédérations en compétition dans plusieurs cas et exacerbé les contradictions. La FSSS appelait le congrès de lui reconnaître l’exclusivité dans le secteur.

Malheureusement, ce débat purement structurel a complètement pris le dessus sur presque toutes les autres propositions et occultant pour beaucoup le reste du congrès. Cela fut au point où l’horaire a dû être modifié suite à l’étirement du débat ce qui a eu pour conséquence d’annuler les ateliers. Le débat s’est finalement terminé sur le maintien du statu quo puisque le congrès a rejeté la requête de la FSSS. Les ateliers ayant été supprimés, les propositions ont dû être soumises directement en plénière.

Ce congrès n’a pas été marquant pour l’histoire de la CSN. Il est peut-être en continuité avec la crise que vie le syndicalisme dans le monde occidental et sa perte de contre-pouvoir. Pour reprendre sa place et en acquérir une nouvelle, les luttes et le combat sous toutes ses formes devront être renforcés et, sans perspective, c’est plus difficile. La CSN et ses syndicats devront « Oser au quotidien » avec la crise économique qui frappe à nos portes. Mais est-ce que ce sera suffisant ? Ce congrès a malheureusement manqué le coche cette fois.