mercredi 3 septembre 2008

Ossétie du Sud : un conflit attisé par les pipelines

2.000 morts, 30.000 réfugiés, la ville de Tskhinvali détruite, c’est le bilan provisoire de l’agression des troupes géorgiennes en Ossétie du Sud. Mais d’où vient ce conflit ?
Cécile Chams
Solidaire (PTB)

Au cœur des montagnes du Caucase, parmi une mosaïque de peuples, vivent les Ossètes, peuple ancien parlant une langue indo-européenne. Leur « pays » est divisé par le mont Elbrouz, le plus haut sommet d’Europe (5.642 mètres, plus que le mont Blanc !), qui constitue une frontière naturelle entre l’Ossétie du Nord, rattachée à la Russie, et l’Ossétie du Sud, revendiquée par la Géorgie.

Organisés en deux régions autonomes sous l’Union soviétique, les Ossètes vivaient en paix avec leurs voisins russes et géorgiens. Les mariages mixtes étaient fréquents. Mais la chute de l’Union soviétique a fortement attisé les poussées nationalistes dans le Causase, notamment de la part de la Géorgie, soutenue par les Etats-Unis et l’Otan.

La Géorgie a un intérêt stratégie évident pour les Etats-Unis. Washington compte y installer de nouvelles bases militaires, postes avancés contre l’Iran et la Russie. Mais la Géorgie, c’est l’autoroute de l’énergie en direction de l’Europe : deux pipelines majeurs la traversent. Ils vont rivaliser de plus en plus avec les pipelines russes qui ont été la première source de l’Europe en gaz naturel et en pétrole. Ouvert en 2005, le pipeline pétrolier Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) est la propriété de British Petroleum et d’Unocal. Il traverse la Géorgie jusqu’au port turc de Ceyhan. Le consortium BP est également propriétaire du pipeline Bakou-Tbilissi-Erzurum, ouvert en 2007. Un troisième, appelé le Western Early, passe par la frontière de l’Ossétie du Sud, traverse la Géorgie et abouti au port géorgien de Supsa.1

Cela pour le contexe politico-économique. Il n’en fallait pas davantage pour qu’un conflit ouvert éclate la nuit du 7 au 8 août. Les forces militaires géorgiennes lancent l’assaut. « C’est une provocation cynique le jour de l'ouverture de la 49e Jeux Olympiques », écrit le Parti Communiste Ouvrier de Russie (PCOR).2 Les villages d’Ossétie du Sud sont bombardés. La capitale Tskhinvali est complètement détruite. Près de 2.000 personnes auraient péri dans cette agression, principalement des civils. Près de 30.000 personnes auraient fui les zones de combat.
Pour le PCOR, « sont responsables non seulement le régime fascisant de Saakashvili et ses alliés américains, mais aussi le régime bourgeois de Russie qui, depuis l’époque d’Eltsine jusqu’à ce jour, a contribué à la création de tensions dans le Caucase. »

« Images biaisées »

« Les chaînes de télévision dominantes des Etats-Unis et d’Europe ont diffuse des informations extrêmement partisanes, sinon biaisées concernant le conflit en Ossétie du Sud, explique le Parti communiste de la Fédération de Russie. Aucun reportage n’a été réalisé en Ossétie du Sud, mais seulement à Gori et dans d’autres villes géorgiennes où les dégâts sont incomparables à ce qui s’est passé à Tskhinvali. »3

Repères historiques

1774. L’Ossétie a fait partie de l’Empire de Russie comme une province unique (sans division entre les parties Nord et Sud).
1917. Après la désintégration de l’Empire de Russie, la Géorgie réclame la souveraineté sur le territoire d’Ossétie du Sud.
1918-1929. Des milliers d’Ossètes du Sud sont massacrés par les troupes géorgiennes et chassés vers l’Ossétie du Nord. Presque tous leurs villages sont détruits.
1922. L’Ossétie du Sud est annexée à la Géorgie en tant que région autonome.
Fin des années 80. Des nationalistes georgiens lancent une campagne de destruction de l’autonomie de l’Ossétie du Sud.
1989 à 1992. La Géorgie, indépendante en 1991, entre en conflit armé avec l’Ossétie du Sud qui réclame son indépendance. Plus de 3000 Ossètes sont tués, 100 villages incendiés et 40.000 habitants forcés de se réfugier en Russie.
Juin 1992. Les dirigeants russes, géorgiens et ossètes signent un armistice à Sotchi. Une force de maintien de la paix composée de Russes, de Géorgiens et d’Ossètes est stationnée dans la zone du conflit. L’Ossétie du Sud continue de réclamer son indépendance.
Mars 2008. La Géorgie ne reconnaît plus les mécanismes de l’armistice et concentre des unités militaires géorgiennes dans les zones prohibées.

« Les Etats-Unis ont entraîné la Russie dans le conflit »

Pour Victor Tioulkine, 1er secrétaire du Parti Communiste Ouvrier de Russie, ce conflit a été voulu par les Etats-Unis.
« Sans l'approbation des Etats-Unis, le président géorgien Saakashvili n’aurait pas franchi cette étape. Les États-Unis ont participé à la planification de cette provocation. L’armée américaine a formé et soutenu militairement l'armée géorgienne. Peu de temps avant le conflit, Condoleezza Rice s'est rendue en Géorgie et Bush a accusé la Russie d'agression. L'un des objectifs principaux de cette opération consistait à entraîner la Russie dans de grandes batailles militaires et à la présenter au monde comme l’agresseur.

Pourquoi ? Les élections présidentielles aux Etats-Unis auront bientôt lieu. Les Républicains, qui suivent une politique plus réactionnaire, ont besoin d’une atmosphère de tension internationale pour justifier leurs agressions en Afghanistan et en Irak, le déploiement de leurs missiles de défense en Europe de l'Est, la croissance du budget de guerre, etc.

Le régime russe joue la carte patriotique et souhaite que la société s’unisse autour de l'actuel président et le premier ministre, comme ce fut le cas avec Poutine lors de la deuxième guerre tchétchène. Il utilise l’indignation justifiée de la population. Celle-ci constate qu’à l’époque de l'Union soviétique il n’y a eu aucun conflit sanglant et que c’est le capitalisme qui a amené l'ensemble de ces tragédies. »

(1) Workers World, 13 août 2008. Traduction sur: www.michelcollon.info
(2) Communiqué du Parti Communiste Ouvrier de Russie, 8 août 2008.
(3) Parti communiste de la Fédération de Russie, 14 août 2008.

2 septembre 2008
États-Unis : Répression contre les protestations durant la Convention républicaine

Malgré les intimidations et actions policières massives, le mouvement contre la guerre et le mouvement des droits sociaux ont réuni 30.000 manifestants lors de l’inauguration de la Convention républicaine de Minneapolis (Minnesota).

Tonny Busselen
Solidaire (PTB)

Depuis qu’en janvier, au début de la campagne électorale, McCain a déclaré que, pour lui, la guerre et l’occupation de l’Irak pouvaient encore durer cent ans, il est perçu comme le candidat le plus agressif et le plus belliciste. Il est aussi l’homme de la guerre permanente contre les immigrés aux USA et de l’inégalité raciste ainsi qu’un soutien de poids à l’agenda ultralibéral de Bush. En choisissant Sarah Palin comme colistière, McCain voit également se ranger derrière lui le lobby catholique contre l’avortement, un lobby d’extrême droite.
Aussi les trois principaux mouvements américains contre la guerre, United for Peace and Justice (UFPJ – Unis pour la paix et la justice), ANSWER et Troops Out Now Coalition (TONC – Nos troupes hors de la coalition, et tout de suite) ont-elles mobilisé pour une manifestation commune contre la Convention du parti républicain lors de laquelle McCain devait être désigné officiellement comme candidat à la présidence. Outre ces importants mouvements, étaient présentes également des centaines d’autres organisations (tels les Vétérans contre la guerre, pas mal de centrales syndicales et toutes sortes de groupes locaux contre la pauvreté et le racisme) soutenant l’initiative.

La police fait irruption dans les bureaux des groupes d’action

Alors que les conventions vantent le mythe de la démocratie américaine, les protestations contre la Convention républicaine ont été sévèrement réprimées. La chaîne américaine CNN a fait savoir que la police locale avait reçu des suppléments de subsides de 50 millions de dollars pour assurer le maintien de l’ordre dans les parages de la Convention. Entre vendredi et dimanche, des contingents de policiers ont pris d’assaut les domiciles des organisateurs et groupes d’action locaux. Cela a commencé par l’attaque, arme au poing, dans la nuit de vendredi, d’une ancienne salle de cinéma où s’étaient réunies une soixantaine de personnes pour manger et visionner un film. Tout le monde s’est vu menotter sur place avant d’être longuement interrogé. Ont suivi toute une série d’intrusions policières dans les maisons des membres importants du comité d’accueil local. Chaque fois, des documents politiques, des PC, des GSM et du matériel en tout genre ont été saisis. Six personnes ont été arrêtées pour « conspiration en vue d’organiser des émeutes ». Bruce Nestor, président de la section locale de la ligue nationale des avocats, a expliqué que, normalement, ce chef d’accusation n’est jamais utilisé dans l’État du Minnesota. C’est une formule qui avait été employée pour la toute première fois en 1968, à Chicago, contre des manifestants qui s’opposaient à la guerre du Vietnam.
Ce qui avait débuté lundi à midi comme une manifestation paisible de 10.000 personnes dans le centre de la ville, a dégénéré au cours de l’après-midi en une série d’attaques arbitraires par les policiers, qui ont utilisé des sprays au poivre, des gaz lacrymogènes et même des balles en caoutchouc. Des groupes de manifestants ont été cernés : tout le monde a été fouillé afin de pouvoir – dixit la police – faire le tri entre les manifestants « légaux » et « illégaux ». La célèbre présentatrice de télévision Amy Goodman, de la chaîne progressiste « Democracy Now » a été arrêtée de façon très brutale. Officiellement, 238 personnes ont subi le même sort pour le seul premier jour de la Convention. Les organisateurs des manifestations ont précisé que leur manifestation avait été autorisée par les autorités et que les protestations se poursuivraient les prochains jours, en dépit des intimidations de la police.

Sources : Star Tribune et CNN, 2 septembre et tc.indymedia.org, 1er septembre.

lundi 1 septembre 2008

Le 18 octobre 2008:

Mettons fin à la guerre en Afghanistan !
Rapatrions les troupes canadiennes maintenant !


Le Collectif Échec à la guerre et l’Alliance canadienne pour la paix appellent à une journée d'action pan-canadienne le 18 octobre 2008 pour exiger la fin de la guerre en Afghanistan et le rapatriement immédiat des troupes canadiennes.

Le 13 mars dernier, les partis Libéral et Conservateur ont ignoré la volonté de la majorité des Canadiens et des Canadiennes et ont voté la prolongation de la participation du Canada à la guerre en Afghanistan jusqu'en juillet 2011. Face à cette décision clairement antidémocratique, le mouvement anti-guerre au Québec et au Canada s'engage à faire entendre encore davantage la voix de celles et ceux qui s’opposent à cette guerre et à dénoncer les mensonges et les silences qui l’entourent.

Les multiples tentatives d’embellir la réalité de cette occupation, en claironnant tels progrès ou telles avancées, sont immanquablement contredites par la réalité. Ainsi, avec le déploiement d’effectifs militaires plus élevés que par le passé (aujourd'hui environ 71 000), plus de soldats de l'OTAN ont été tués en Afghanistan qu’en Irak en mai et en juin de cette année.

De temps en temps, nous entendons parler de «dommages collatéraux» alors que les forces d’occupation continuent de tuer des civils. Seulement au mois de juillet, au moins 80 civils afghans ont été tués, dont 47 personnes – pour la plupart des femmes et des enfants – bombardées alors qu’elles participaient à un mariage et deux très jeunes enfants, abattus dans l’automobile de leurs parents par des soldats canadiens. Commentant ces tueries aveugles de civils, le journal afghan Weesa Daily écrivait : « Ces bombardements arbitraires et ces tueries brutales se sont si souvent répétés, en près de sept ans, qu’il est maintenant difficile de croire que ces forces étrangères sont venues dans notre pays pour nous aider ». Puisque les troupes canadiennes sont très impliquées dans cette guerre, utilisant notamment des chars d’assaut et tirant des millions de balles et d’obus (incluant des munitions sophistiquées très destructrices et très dispendieuses), nous posons au gouvernement et aux médias canadiens une question très simple : le peuple canadien peut-il voir sur qui et sur quoi les troupes canadiennes tirent toutes ces munitions ? et avec quels résultats ?

Malgré plusieurs tentatives contradictoires de la part des Conservateurs pour rassurer le public à l’effet que les prisonniers sont bien traités en Afghanistan, nous savons que la torture et les mauvais traitements des détenus afghans sont courants encore aujourd’hui. Le Canada ne peut pas continuer à soutenir une telle conduite illégale et immorale.

Le secret et le contrôle total de l’information sont devenus la politique officielle du gouvernement Harper sur les questions de guerre et de "défense", alors que chaque demande d’accès à l'information doit maintenant être approuvée et traitée par un groupe spécial relevant du Bureau du Premier ministre. Récemment, cette politique a empêché des journalistes d'enquêter de manière approfondie sur les problèmes de santé mentale qui affectent les soldats canadiens qui reviennent d'Afghanistan et les anciens combattants canadiens en général. Même les résultats du recrutement mené par les Forces canadiennes sont maintenant considérés comme des informations sensibles, alors que la publication des chiffres pour 2007-2008 a été retardée pendant des semaines!

Tous ces mensonges sur comment la guerre est menée découlent des mensonges initiaux quant au pourquoi de cette guerre. Le 19 juin dernier, le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) a publié un rapport intitulé A Pipeline Through A Troubled Land, Afghanistan, Canada, and the New Great Energy Game (dont il existe un résumé en français intitulé L’Afghanistan et la nouvelle « guerre » de l’énergie). Ce rapport soulève de graves questions quant au rôle des Forces canadiennes en Afghanistan pour « sécuriser » le tracé du futur gazoduc « Turkménistan- Afghanistan-Pakistan-Inde » (TAPI) qui doit traverser la province de Kandahar.

Au cours des dernières décennies, l’intérêt des Occidentaux en Afghanistan a toujours été de contrôler les lignes d’approvisionnement en énergie. Toutes les décisions politiques majeures, de l'appui aux Moudjahidins aux applaudissements lors de la prise du pouvoir par les Taliban en Afghanistan, et maintenant le soutien au nouveau gazoduc TAPI, ont toujours été fondées sur le besoin de contrôler la distribution du pétrole et du gaz de la Mer Caspienne en empêchant les concurrents potentiels, la Russie, la Chine et l'Iran, de le faire. Les sociétés canadiennes du pétrole et du gaz seront appelées à jouer un rôle dans la construction de ce nouveau gazoduc.

Non seulement le gouvernement Harper a-t-il engagé le Canada à être en Afghanistan jusqu'en 2011 – un engagement militaire plus long que ceux des deux guerres mondiales – ses dépenses militaires se chiffrent actuellement à plus de 50 millions de dollars par jour et il cherche à les augmenter encore bien plus – à raison de 490 milliards au cours des prochaines vingt années !

Joignez-vous aux actions du 18 octobre prochain pour exiger du gouvernement Harper qu’il dise la vérité sur la guerre que le Canada mène en Afghanistan et qu’il rapatrie les troupes dès maintenant !
LA QUATRIÈME ÉDITION DE LA JOURNÉE MONTRÉALAISE D’AMITIÉ AVEC CUBA

La Table de concertation de solidarité Québec-Cuba est fière d’inviter la population de Montréal à la quatrième édition de la Journée montréalaise d’amitié avec Cuba, samedi, le 6 septembre prochain au Chapiteau du CCSE Maisonneuve, situé derrière le Marché Maisonneuve, 4373, rue Ontario Est, Montréal.

PROGRAMME

13 h à 17 h : kiosques des organisations de solidarité avec Cuba, animation à l’extérieur et à l’intérieur du Chapiteau (animé par ARO Coopéraction international)
18 h à 19 h : Ouverture du Chapiteau
19 h à 19 h 45 : Ouverture officielle de la Journée montréalaise d’amitié avec Cuba 2008, Salutations de personnalités.
19 H 45 à 23 h : Programme culturel de folklore québécois et de musique cubaine avec orchestres, danse, avec un trio guitare/accordéon/calleuse-animatrice de folklore québécois et le groupe cubain Caliente Son.

Entrée pour la soirée : 6 $, le jour c'est gratuit.
Bouchées ainsi que breuvages dont vin et alcool vendus sur place.

Cette année, une des organisations membres de la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba, ARO International, célébrera son 15e anniversaire de fondation. Depuis 15 ans, ARO organise des voyages à Cuba sous forme de brigades et visites pour des groupes d’étudiants, de jeunes, de moins jeunes et les aînés. Des projections de films, exposition de photos et interventions de participants aux brigades se dérouleront en après-midi. La population est chaleureusement attendue.

Ensemble, un monde meilleur est possible !

Renseignements : (514) 728-7222 Courriel : 4journeeamitie@live.fr (comité organisateur de la fête)

mercredi 27 août 2008

Afghanistan :: « L’OTAN bombarde les fêtes de mariage mais épargne les champs d’opium »

26 août 2008 12:53
Parti du Travail de Belgique

Le pavot, dont on extrait l’opium, fleurit gaiement dans l’Afghanistan du président pro-OTAN Karzai. C’est ce qu’affirme l’ancien chef américain de la lutte anti-drogue, Thomas Schweiz. Après sa démission, il a enfin pu parler librement du « narco-État afghan ».

Bert de Belder

Julien Le Pahun avait à peine vingt ans et n’en avait plus que pour un mois en Afghanistan. C’était sa première mission à l’étranger. Son père, Joël Le Pahun, a demandé au gouvernement « qu’il cesse d’envoyer des enfants se faire massacrer en Afghanistan ».1 Un sondage réalisé par le CSA et publié dans Le Parisien révèle que 55 % des Français réclament le retour des soldats français déployés en Afghanistan.

Les soldats français en danger avaient demandé un renfort aérien. Dans ce genre de situations, les avions de combat de l’OTAN entrent généralement en action. La plupart du temps, ils se mettent à bombarder et c’est dans le cadre de ces bombardements que sont tuées la plupart des victimes civiles, ce qui explique pourquoi le soutien apporté par la population à l’opposition ne cesse d’augmenter. Pour Antonio Giustozzi (Crisis State Research Centre, London School of Economics) il s’agit là de la principale raison du soutien croissant à la résistance : « La haine que suscite la présence de soldats étrangers dans le pays est exacerbée par les attaques aériennes de la coalition qui souvent tuent des civils innocents ». L’expert afghan, Habibullah Rafi, confirme que les talibans « ont pu regagner la sympathie de la population grâce à ces bombardements qui bien trop souvent font des victimes civiles ».2 Et comme l’a décidé le ministre De Crem, les soldats belges y contribueront eux aussi dès le 1er septembre prochain !

Pavots en pleine floraison

« Nous irons bombarder villages et fêtes de mariage. Mais nous épargnerons les champs d’opium et les barons de la drogue car il s’agit là du domaine de nos partenaires et amis. » C’est en ces termes qu’un lecteur du Standaard a résumé la mission des F-16 belges lorsque le conseil des ministres a annoncé qu’il prolongerait la mission de 6 + 6 mois 3.

Le pavot, dont on extrait l’opium, fleurit gaiement dans l’Afghanistan du président Karzai pro-OTAN. C’est ce qu’affirme l’ancien chef de la lutte anti-drogue américain, Thomas Schweiz. Après sa démission, il a enfin pu parler librement du « narco-état afghan ». Selon lui, la production d’opium en Afghanistan a considérablement augmenté entre 2006 et 2007 et représente actuellement 93 % de la production mondiale d’héroïne.

Le principal coupable serait le président Karzai lui-même, foncièrement corrompu. Au cours de ses deux années de mandat, Schweiz a tenté de rallier ses interlocuteurs afghans à une campagne de destruction des pavots par l’air – sans succès. Pire encore, l’OTAN les laisse faire. Ainsi, en 2006, craignant de s’attirer la colère des habitants de la province du Helmand, des soldats britanniques ont dispersé par avion des avis dans lesquels ils expliquaient qu’ils n’avaient nullement eu l’intention de détruire les champs de pavots au cours de leurs opérations.4

1 AFP, 20/08 •
2 La Croix, 19/08 •
3 De Standaard, 26/07 •
4 New York Times Magazine, 27/07

lundi 25 août 2008

De la chair à canon pour le marché

RÉFLEXIONS DU COMPAÑERO FIDEL

(Traduction ESTI)

Peut-être certains gouvernements ignorent-ils les données concrètes. Voilà pourquoi le message de Raúl fixant la position de Cuba m’a paru très opportun. Je reviens sur des points qu’on ne peut aborder dans une déclaration officielle précise et brève.

Le gouvernement géorgien n’aurait jamais lancé ses forces armées contre la capitale de la République autonome d’Ossétie du Sud, au petit matin du 8 août, pour une opération qu’il a qualifiée de rétablissement de l’ordre constitutionnel, sans une concertation préalable avec Bush qui s’est engagé auprès du président Saakashvili, en avril dernier à Bucarest, à soutenir l’entrée de son pays à l’OTAN, ce qui revient à tenter de planter un couteau affilé dans le cœur de la Russie. De nombreux Etats européens membres de cette organisation militaire s’inquiètent sérieusement de la manipulation irresponsable de la question des nationalités, grosse de conflits potentiels, qui peut donner lieu jusqu’à l’éclatement du Royaume-Uni. C’est par ce biais qu’on a désintégré l’ancienne Yougoslavie : après la mort de Tito, toutes les tentatives pour l’éviter se sont avérées vaines.

A quoi bon allumer la poudrière du Caucase ? Combien de fois la cruche devra-t-elle aller à l’eau avant de se casser ? La Russie reste une forte puissance nucléaire. Elle possède des milliers d’armes de ce genre. Je dois rappeler par ailleurs que l’économie occidentale en a ponctionné illégalement plus de 500 milliards de dollars. Si la Russie ne signifie plus le spectre du communisme, si plus de quatre cents plates-formes de lancement nucléaire ne visent plus directement les objectifs militaires et stratégiques de l’Europe de l’Ouest, puisqu’elles ont été démantelées à la disparition de l’URSS, pourquoi cet entêtement à l’encercler d’un bouclier atomique ? Le vieux continent a aussi besoin de paix.

Les troupes russes stationnées en Ossétie du Sud y étaient dans le cadre d’une mission de paix reconnue à l’échelle internationale. Elles ne tiraient contre personne.

Pourquoi la Géorgie a-t-elle choisi le 8 août, jour de l’inauguration des Jeux olympiques de Beijing, pour occuper Tskhinvali, la capitale de la République autonome ? Ce jour-là, quatre milliards de personne sur toute la planète assistaient à la télévision au merveilleux spectacle par lequel la Chine inaugurait ces jeux. Seule le peuple étasunien n’a pas pu profiter ce jour-là de la transmission en direct de la stimulante fête d’amitié entre tous les peuples du monde qui s’y est déroulée. Une chaîne de télévision avait acheté pour 900 millions de dollars les droits de retransmission exclusifs et souhaitait tirer le maximum de profit commercial de chaque minute de transmission : les chaînes concurrentes ont pris leur revanche en divulguant à cette même heure les images de la guerre du Caucase qui n’étaient de l’exclusivité de personne. Les risques d’un sérieux conflit menaçaient le monde.

Bush, en revanche, a pu profiter du spectacle à titre d’invité officiel. Le dimanche 10, deux jours et demi après, on le voyait encore agiter de petits drapeaux, feignant d’être un porte-parole de la paix et prêt à se réjouir des victoires des magnifiques athlètes étasuniens que ses yeux, habitués à tout souiller, voyaient comme des symboles du pouvoir et de la supériorité de son Empire. Quand il n’avait rien à faire, il maintenait de longues conversations avec les fonctionnaires subordonnées à Washington, menaçait la Russie et encourageait les interventions, humiliantes pour ce pays, de son représentant au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Certains des anciens pays qui constituaient le camp socialiste ou faisaient même partie de l’URSS agissent aujourd’hui comme des hommes liges de Washington. Leurs gouvernements, poussés par une haine irresponsable de la Russie, tels ceux de la Pologne et de la République tchèque, s’alignent totalement sur Bush, soutenant l’attaque surprise lancée contre l’Ossétie du Sud par Saakashvili, un aventurier au passé louche qui, né sous le socialisme à Tbilissi, capitale de son pays, est devenu avocat dans une université de Kiev, a fait des hautes études supérieures à Strasbourg, à New York et à Washington. Il exerçait cette profession à New York. Il se présente en Géorgien occidentalisé, ambitieux et opportuniste. Il est rentré dans son pays avec le soutien des Yankees et a pêché dans les eaux troubles de la désintégration de l’Union soviétique. Il a été élu président de la Géorgie en janvier 2004.

Ce pays est, après les USA et la Grande-Bretagne, celui qui a le plus de soldats à participer à l’équipée militaire d’Iraq, et il ne le fait pas précisément par esprit internationaliste. Quand, pendant presque vingt ans, Cuba a dépêché des centaines de milliers de combattants lutter pour l’indépendance et contre le colonialisme et l’apartheid en Afrique, elle n’a pas cherché de carburants, de matières premières ni de plus-value : ses soldats étaient volontaires. C’est ainsi que s’est trempé l’acier de nos principes. Que font les soldats géorgiens en Iraq, sinon appuyer une guerre qui a coûté au peuple de ce pays des centaines de milliers de vies et des millions de sinistrés ? Quels idéaux sont-ils allés y défendre ? Il est tout à fait logique que les Ossétiens du Sud ne souhaitent pas qu’on les envoie se battre comme soldats en Iraq ou d’autres points de la planète au service de l’impérialisme.

Saakashvili n’aurait jamais osé de sa propre initiative dépêcher l’armée géorgienne en Ossétie du Sud où elle se heurterait forcément aux troupes russes déployées là comme force de paix. On ne peut jouer à la guerre nucléaire ni primer la livraison de chair à canon pour le marché.

J’avais déjà écrit ces Réflexions quand Bush a parlé à 17 h 30 (heure de Cuba). Rien de ce qu’il a dit ne dément mes analyses, sauf que la guerre médiatique de l’administration étasunienne est encore plus intense aujourd’hui. C’est la même manœuvre préconçue qui ne dupe personne.

Les Russes ont déclaré en toute clarté que le retrait des envahisseurs à leur point de départ était la seule solution digne possible. Espérons que les Jeux olympiques puissent se poursuivre sans être interrompus par une crise gravissime. La victoire de nos volleyeuses sur une bonne équipe des USA a été phénoménale, et le base-ball n’a pas encore commencé.

Fidel Castro Ruz
Le 11 août 2008
18 h 21

La mutation des politiques québécoises en faveur du développement de marchés privés de la santé

Dans le Devoir du jeudi 21 août 2008

Opinion
Par Marie-Claude Prémont, Professeure de droit à l'ENAP

L'annonce du passage rapide de Philippe Couillard de la tête du ministère de la Santé et des Services sociaux à un fonds d'investissement privé en santé a soulevé cette semaine maints questionnements dans les médias du Québec et d'ailleurs. S'il est toujours vrai qu'on peut présumer de la bonne foi des gens et qu'il est périlleux de spéculer sur leurs intentions, il est, de toute façon, superflu d'en faire ici l'exercice.

La mise à plat de l'orientation donnée aux politiques publiques de santé sous la gouverne de M. Couillard suffit. Il faut aussi déplorer le réflexe répété de taxer d'idéologie ou de radicalisme quiconque s'oppose à une politique de privatisation des soins de santé. L'idéologie a la tonalité de l'accent: c'est toujours l'autre qui en souffre. Quant à l'accusation de radicalisme supposé des opposants à la privatisation, les chiffres internationaux, qui démontrent que le Québec fait déjà la part généreuse au financement privé de la santé, la contredisent nettement.

Les amendements législatifs et réglementaires, poursuivis de façon constante depuis la publication du livre blanc Garantir l'accès, en février 2006, dans la foulée de la décision Chaoulli de la Cour suprême du Canada, révèlent pourtant une direction claire. Elle peut se résumer à la mise en place des premières étapes nécessaires à la création de marchés privés viables et rentables de soins de santé à l'intérieur du régime public québécois.

La loi 33 joue un rôle majeur dans cette nouvelle structuration poursuivie depuis 2005, mais elle n'en est pas le seul outil. La loi permet certes l'ouverture à l'assurance privée duplicative, pour l'heure limitée à trois chirurgies -- celles du genou, de la hanche et de la cataracte --, mais elle fournit surtout les outils de l'expansion de différents marchés privés de la santé, y compris ceux qui pourront bénéficier de fonds publics et qui se confirment déjà. La panoplie des actes chirurgicaux autorisés dans les Centres médicaux spécialisés, sortes d'hôpitaux (avec ou sans hébergement) de capital privé à but lucratif, vient soudainement de passer des trois actes cités plus haut à une ouverture quasi illimitée à tous les actes chirurgicaux.

En effet, deux jours avant que les médias ne nous apprennent que M. Couillard s'apprêtait à quitter son poste, il a adopté le 18 juin 2008 un décret concernant le règlement qui lève presque toute limite et vise à permettre aux centres médicaux spécialisés de pratiquer tous les actes chirurgicaux. Le règlement, publié au coeur de l'été, le 9 juillet dernier, entrera en vigueur 180 jours plus tard. Il relègue aux oubliettes la limite des trois actes prévus à la loi. Il faut d'ailleurs s'étonner d'un tel usage du pouvoir réglementaire face à sa disposition habilitante.

L'adoption de la loi 33, en décembre 2006, prévoit aussi que les investisseurs peuvent détenir 50 % moins une des actions de ces hôpitaux privés. Par la suite, soit le 21 février 2007, le jour même du déclenchement des élections québécoises pour le 26 mars 2007, on s'est empressé d'adopter le décret d'adoption d'un règlement qui établit la règle générale autorisant les médecins à s'incorporer, entré en vigueur le 22 mars 2007, à temps pour l'entrée en vigueur, le 1er janvier 2008, de toutes les dispositions de la loi 33. Ce n'est pas tant que la portion du privé est en croissance qu'elle est en train de se métamorphoser et de changer de nature. Ce seront dorénavant les politiques publiques de financement des soins de santé qui devront s'ajuster aux besoins et aux demandes des investisseurs, et non l'inverse.

À l'occasion de l'ouverture officielle de RocklandMD et de la négociation et de la conclusion d'une entente avec l'Hôpital du Sacré-Coeur, le ministre Couillard a eu l'occasion de répéter devant les médias son appui indéfectible au modèle de transfert de chirurgies auprès des nouvelles entités à capital privé.

L'implantation et la croissance des marchés privés à même le réseau public nécessitera certes de franchir d'autres étapes que celles déjà accomplies. Mais le chemin semble bien tracé puisque, outre les mesures évoquées plus haut, la distinction théorique entre le financement privé et la prestation privée fait déjà l'objet de vases communicants grâce à la garantie d'accès qui attend son heure pour se développer.

Et surtout, les autres étapes sont connues et déjà tracées dans le rapport Castonguay, rendu public en février dernier. Le vibrant plaidoyer en faveur de la pratique médicale hybride, l'introduction des mécanismes de financement à l'activité pour appuyer la transformation des agences de santé en acheteurs de services auprès de fournisseurs privés et publics mis en concurrence, le transfert de la gestion des hôpitaux et des CHSLD à des entreprises privées ainsi que la pleine ouverture à l'assurance privée duplicative forment un carnet de commande destiné à poursuivre de façon déterminée la transformation du réseau public de soins de façon à favoriser les «occasions d'investissement intéressantes», pour reprendre ici les termes du communiqué de presse du 18 août 2008 de PCP, le nouvel employeur de M. Couillard.