mercredi 16 septembre 2009

Interview:: CHRIS MATLHAKO DU PARTI COMMUNISTE SUD-AFRICAIN


Solidaire, PTB

La Belgique n’allant pas en Afrique du Sud pour la Coupe du monde 2010, Solidaire a demandé à l’Afrique du Sud de venir chez nous, en la personne de Chris Matlhako. Le foot n’a toutefois pas été notre sujet de conversation.



P.F. Kazungu et Tony Busselen

En 1994, après une très longue lutte, l’ANC, le Congrès national africain, renvoyait dans les livres d’histoire le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud. Auparavant, le noir n’était même pas assez bon pour cirer les chaussures des blancs. Aujourd’hui, cela fait 15 ans que l’ANC est au pouvoir.


Chez nous, l’Afrique du Sud est souvent perçue négativement dans les infos, avec sa criminalité élevée, le sida et les conditions de vie misérables dans les townships. Dépassons cette première impression avec l’interview de Chris Matlhako, responsable international du Parti communiste sud-africain (SACP). Il était invité à la dernière université d’été de l’Institut d’études marxistes (INEM). Le SACP, qui compte presque 100.000 membres, travaille en liaison étroite avec l’ANC.

Mathlako n’enjolive pas la situation : « Aujourd’hui, en Afrique du Sud, la richesse est répartie selon la recette de l’Irish Coffee : une très mince couche de poudre noire au sommet, juste en dessous, un épaisse couche de crème blanche et tout au fond, la grande masse noire. Et, ces dernières années, le chômage a rattrapé son niveau de la fin de l’apartheid. »


Comment se fait-il que quinze ans après la fin de l’apartheid, il n’y a toujours pas d’amélioration sensible des conditions de vie de la majorité noire ?


Chris Matlhako. Le 27 avril 1994, l’apartheid et le racisme étaient définitivement supprimés Tous les gens, même les noirs, sont allés voter. Le premier gouvernement de l’ANC a réalisé beaucoup de choses. Il y a eu par exemple un million de nouveaux logements sociaux et des raccordements à l’électricité partout dans les campagnes.
« La richesse en Afrique du Sud est répartie selon la recette de l’Irish Coffee »

Qu’est-ce qui a foiré, alors ?

Chris Matlhako. Le SACP a appelé ça une « demi-victoire » : les relations de pouvoir économiques n’ont pas changé. Les conglomérats De Beers et Anglo American restaient les tout-puissants acteurs dans l’or, le diamant et les matières premières. Les profiteurs du régime de l’apartheid le sont restés après. Blanchis de l’apartheid, ils pouvaient désormais s’implanter dans le reste de l’Afrique, là où plus tôt, ils n’étaient pas les bienvenus. Lorsque l’ANC a repris le pouvoir, l’idéologie ultralibérale était imposée au monde entier via le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale, avec des privatisations et libéralisations forcées. Celui qui n’avait pas de revenu devait vendre sa maison. Celui qui ne pouvait plus payer son électricité, n’était plus raccordé aux lignes que le gouvernement ANC avait fait poser partout dans les campagnes.


L’ANC n’a pas pu sortir de là ?

Chris Matlhako. À partir de 1996, le programme de l’ANC s’est transformé en ce que nous avons appelé le « projet de classe de 1996 ». On a mené, avec une très courte vue, une politique de Black Economic Empowerment. Dans la pratique, des noirs étaient cooptés dans les conseils d’administration. Ils sont devenus très riches, et ont oublié la large masse et le programme de l’ANC.


Sous le président Mbeki de l’ANC, on a opté, selon les recettes du FMI et de la Banque mondiale, pour une politique économique orientée sur l’exportation de matières premières et de produits semi-finis. Cela a fait le jeu de la dépendance vis-à-vis de l’étranger et des multinationales, avec des bénéfices qui vont aux actionnaires de Londres ou de New York.

L’ANC a gagné les dernières élections d’avril 2009 avec beaucoup d’avance. Quelles sont les attentes ?

Chris Matlhako. Il ne faut pas croire qu’avec Zuma tout va changer du jour au lendemain pour les pauvres et les travailleurs de l’Afrique du Sud. Mais il rompt avec le passé. Lors de la 52e conférence de l’ANC, en 2007, Mbeki a été écarté comme président de l’ANC et remplacé par Zuma. Avec lui, la confédération syndicale COSATU et le SACP se sont à nouveau renforcés au sein du comité exécutif national de l’ANC.


La politique du nouveau gouvernement se situe sous le signe d’un changement structurel de l’économie afin de mettre un terme à l’emprise des grandes multinationales sur notre société. Les grandes entreprises vont devoir produire selon les besoins fixés dans notre plan national, avec des profits qui iront à la création de nouveaux emplois. Dans les zones rurales, nous voulons créer de l’espace pour la petite industrie de transformation.


D’autre part, le gouvernement prévoit des travaux d’infrastructure. L’exécution de ces travaux doit aller à des entreprises qui créent de l’emploi en Afrique du Sud. Et, au lieu d’importer des matériaux de construction et des technologies, nous devons les produire le plus possible localement.

On parle souvent de la violence et la criminalité en l’Afrique du Sud. Quels sont les plans, à ce propos ?

Chris Matlhako. C’est la seconde priorité. Pour le SACP, il s’agit de lutter contre la corruption sociale et administrative, de protéger les usagers des transports publics durant les trajets vers le boulot. Il n’y a pas de violence raciste contre des étrangers, comme on le dit parfois, mais bien des situations sociales très difficiles : pauvreté, concurrence entre les travailleurs, des Congolais ou des Zimbabwéens en fuite qui ont des jobs à des salaires scandaleusement bas. Les entreprises exploitent cette situation.


Depuis 1994, lorsque l’ANC est arrivé au pouvoir, il est question de réforme agraire. Mais jusqu’à présent, c’est resté lettre morte.

Chris Matlhako. La réforme va venir au cours de cette période gouvernementale. Elle concerne la redistribution des terres et la façon d’aménager les zones rurales. En 1913, une loi avait été approuvée qui donnait 80 % des terres agricoles à la minorité blanche. La population vivait dans les zones restantes et cherchait du travail dans les mines et dans les villes des blancs. On créait des villes dortoirs autour des régions industrielles. Ce sont les townships (les ghettos en bordure des villes, NdlR), comme Soweto. Les gens sans travail devaient retourner vers les bouts de terre devenus stériles, dans les campagnes, les Bantoustans. L’écrasante majorité de la population noire vit toujours comme une population immigrée dans son propre pays.


Pourquoi, malgré plus de dix ans de politique néolibérale, le SACP a-t-il maintenu une alliance avec l’ANC ?

Chris Matlhako. Depuis huit décennies, nous nous cramponnons à la stratégie de la révolution nationale démocratique. Sous l’influence de l’Internationale communiste, notre parti a adopté en 1929 ce qu’on a appelé la Native Republic Thesis. Celle-ci disait que, dans la réalité coloniale de l’Afrique du Sud, une politique socialiste était impossible sans la fondation préalable d’une république des droits civiques et démocratiques pour la majorité noire.


Une partie de cette thèse concernait l’ANC, qui était à l’époque un mouvement nationaliste plutôt modeste. Notre parti conservait son indépendance, mais faisait tout pour que cette ANC se développe en une grande organisation de masse – reposant sur les syndicats, les organisations paysannes et les travailleurs – qui pourrait mobiliser toute la population noire dans la lutte contre la bourgeoisie blanche et le colonialisme.


Êtes-vous à même de peser suffisamment fort sur la politique de l’ANC ?


Chris Matlhako. Notre participation à l’ANC, depuis 1929, a permis que l’ANC devienne ce large mouvement de libération qui a fait tomber l’apartheid. Le SACP et la COSATU ont joué le rôle déterminant dans la nomination de Zuma à la tête de l’ANC. La pression du SACP a permis une rupture avec 15 années de politique néolibérale. Ainsi, avec la COSATU, nous avons pu sauver l’ANC des mains de ceux qui voulaient en faire leur instrument politique. Les faits ont prouvé que c’était la bonne stratégie, car une grande partie de la nouvelle bourgeoisie noire s’est exclue de l’ANC pour fonder son propre parti, la COPE. Et l’ANC a quand même récolté 65,9 % des voix (contre 7,4 % pour la COPE, NdlR).

Fait remarquable, au contraire de la plupart des partis communistes, le SACP est surtout fort dans les régions rurales.



Chris Matlhako. Avant, nous étions plus présents dans l’industrie et les townships, où habitent les travailleurs noirs. Depuis 1998, nous sommes actifs aussi dans les zones rurales, où le SACP est souvent le seul point d’interpellation politique pour les gens. Sous le nom « Octobre rouge », nous avons mené de grandes campagnes orientées sur des améliorations réelles des conditions de vie : campagnes pour la création de commissions rurales qui luttent pour la réforme agraire, campagnes contre les licenciements et les mauvaises conditions de travail dans les grandes exploitations agricoles…


Une campagne qui a fait parler d’elle avait pour but d’accorder à chacun le droit d’ouvrir un compte en banque. Pour vous, cela semble évident mais pas en Afrique du Sud. Les banques exigeaient un versement minimum à l’ouverture d’un compte : impossible pour l’écrasante majorité des gens. Grâce à cette campagne, 21 millions de familles ont pu ouvrir un compte et les travailleurs dans les townships peuvent désormais transférer facilement de l’argent à leurs familles restées dans les campagnes.


Après dix ans d’extension et de recrutement, deux tiers de nos 100.000 membres viennent de ces régions. C’est grâce à cette solide implantation que, lors des dernières élections, nous avons contribué pour une bonne part à la victoire de l’ANC.


Lors de l’Université marxiste d’été de l’INEM, le forum sur l’Afrique, avec Chris Matlhako, a été repris sur DVD. De même, le débat sur le Congo avec ColetteBraeckman, journaliste au Soir, et le débat sur le panafricanisme et sur Kwame Nkrumah, avec l’écrivain Mohamed Hassan. Vous pouvez commander chaque débat séparément auprès de l’INEM pour la somme de 5 euros l’unité.Tél. : 02/504 01 52 ou docu(at)marx.be. Voir aussi http://www.marx.be/

OBAMA MAINTIENT LA POLITIQUE DE BLOCUS CONTRE CUBA

C U B A
La Havane. 16 Septembre 2009

• LE président Barack Obama a signé un décret qui reconduit d’un an la loi utilisée pour imposer le blocus commercial US contre Cuba, malgré les appels l’invitant à la laisser venir à expiration, rapporte l’agence Reuters depuis Washington, qui signale que le président a fait la même chose que ses prédécesseurs depuis les années 70.
L’AFP, de son côté, citant la propre Maison-Blanche, indique que la dénommée Loi sur le commerce avec l’ennemi, en vigueur depuis 1917, et qui interdit tout échange avec les pays considérés comme une menace, affecte actuellement seulement Cuba.
«Il est de l’intérêt national de prolonger d’un an l’exercice des pouvoirs de cette autorité en ce qui concerne Cuba», a déclaré ce lundi Obama, qui poursuit donc la même politique que ses prédécesseurs.

Cette loi, la plus ancienne en vigueur aux Etats-Unis concernant les sanctions commerciales, a donné naissance en 1963 au blocus commercial et financier contre Cuba. L’annonce de ce prolongement a été faite à la veille de l’Assemblée générale de l’ONU, qui pendant 17 années consécutives, a condamné d’une façon écrasante la mesure qui a coûté à Cuba des pertes pour plus de 90 milliards de dollars.

mercredi 5 août 2009

La Havane. 3 Août 2009
On ne m’a pas élu président pour restaurer le capitalisme à Cuba ni pour brader la Révolution. J’ai été élu pour défendre, pour maintenir et pour continuer de perfectionner le socialisme, pas pour le détruire !•
Allocution prononcée par Raul Castro Ruz, président du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres, à la troisième session ordinaire de la huitième législature de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire, au palais des Congrès, le 1er août 2009, « 50e anniversaire du triomphe la Révolution »
Compañeras et compañeros
Nous venons d’avoir des journées de travail intense. J’ai expliqué à Holguín, le 26 juillet, que j’allais être bref parce que j’estimais que nous aurions à discuter en profondeur des questions plus complexes à différentes réunions de la semaine.
Nous avons consacré toute la journée du 29 au Septième Plénum du Comité central du parti, en présence du Bureau politique et du Secrétariat, et avec la participation à titre d’invités des membres du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres, autrement dit les principaux dirigeants du Parti, de l’Etat, du gouvernement et des cadres des organisations de masse, en représentation du reste de la société. J’aborderai plus loin certains points abordés à ce Plénum, bien que notre presse ait publié hier là-dessus une brève information.
Le lendemain, le Conseil des ministres a tenu une réunion ordinaire qui a adopté le deuxième ajustement des dépenses de l’année courante et un train d’accords permettant de faire face à la situation financière tendue que traverse notre économie.
Parallèlement, durant toute la semaine, les commissions de l’Assemblée nationale se sont réunies, les députés ayant reçu une information détaillée, et elles ont débattu du fonctionnement de tous les domaines d’activité du pays. Aujourd’hui, nous avons analysé et décidé à cette séance plénière-ci d’autres questions importantes. Ont été adoptées les lois concernant le Système national des musées et la Cour des comptes de la République, ce qui a été précédé d’un vaste processus de divulgation, d’analyse et d’harmonisation des différentes opinions à tous les niveaux.
La première loi, celle qui concerne le Système national des musées, constitue un instrument indispensable à la conservation de notre patrimoine historique et culturel pour les générations actuelles et futures.
De son côté, la loi concernant la Cour des comptes de la République porte création d’un organe public en substitution du ministère d’Audit et de Contrôle actuel, en vue d’aider l’Assemblée nationale et le Conseil d’État dans l’exercice de leur mandat constitutionnel: contrôler tous les organismes de l’Etat et du gouvernement.
Cet organe jouera un rôle essentiel pour élever l’ordre, la discipline économique, le contrôle interne et l’affrontement résolu à toute manifestation de corruption, ainsi qu’aux causes et aux conditions qui peuvent favoriser la négligence et les délits de n’importe quel dirigeant ou fonctionnaire.
Il contribuera à dégager les responsabilités administratives et pénales aussi bien des fauteurs directs de délits que des fauteurs collatéraux, ces derniers étant, comme le définit la loi, les cadres, dirigeants ou fonctionnaires administratifs qui, par manque d’exigence, par conduite négligente ou par inobservance des contrôles établis, favorisent les violations de la discipline, ou ne les contrecarrent pas ou n’en informent pas aussitôt.

L’Assemblée nationale vient d’élire à la tête de cette Cour des comptes la députée Gladys Bejerano Portela, qui pourra compter sur mon appui le plus total dans l’exercice de ses fonctions, mais à qui j’exigerai qu’elle les exerce dûment. De même, nous serons attentifs, tant au Parti qu’au gouvernement, à ce que les dirigeants des autres instances agissent avec autant de zèle.
Ce sont là des questions toujours essentielles, à plus forte raison aux moments que nous vivons.
UNE ANNÉE AUX DÉFIS DIFFICILES
En décembre 2008, à la dernière session de l’Assemblée, j’ai averti que 2009 allait constituer un défi difficile à relever pour les Cubains, après les pertes et les dommages – 10 milliards de dollars – causés par trois cyclones dévastateurs. Le premier, Gustav, a commencé à nous toucher le 30 août et le troisième, Paloma, a causé des dégâts jusqu’au 9 novembre. Autrement dit, en à peine soixante-douze jours, Cuba a perdu environ 20% de son Produit intérieur brut, le fameux PIB. À quoi il faut ajouter l’incertitude qu’impliquent la crise économique et financière mondiale et ses retombées inévitables sur notre économie.

Nous pensions alors enregistrer une croissance de 6%. Mais, dès avril, quand nous avons été contraints de faire le premier ajustement du plan, nous avons réduit cette attente à 2,5%. Puis, après avoir constaté que la croissance du PIB a été de 0,8% au premier semestre, nous calculons que nous conclurons l’année avec une croissance de 1,7%.
Nos exportations ont décru sensiblement à cause de la chute de leurs cours. Le nickel, par exemple, dont le cours moyen avait été l’an dernier de 21 100 dollars la tonne, s’est vendu au premier semestre de cette année-ci à 11 700 dollars. Ces cours ont même été inférieurs dans les premiers mois et nous en sommes arrivés à envisager la fermeture temporaire de certaines usines de nickel.
Le tourisme connaît une situation paradoxale: alors que nous avons accueilli 2,9% de visiteurs de plus que pour la même période de l’an dernier, nos recettes ont diminué à cause de la détérioration de la parité du dollar face aux autres monnaies principales. Bref, plus de touristes mais moins de recettes.
D’un autre côté, le coût de nos importations a diminué dans une plus grande mesure, ce qui a permis d’équilibrer à peu près notre balance commerciale, mais l’effet cumulé d’engagements contractés auparavant et des difficultés additionnelles d’accès à des sources de financement ont compliqué encore plus la situation financière du pays.
Bien que nous soyons fermement décidés à honorer chaque obligation contractée, nous avons été contraints de renégocier des dettes, des paiements et d’autres engagements avec l’étranger, ce qui est assez commun par les temps qui courent dans le monde entier. Nous avons trouvé en général la compréhension et la confiance de nos partenaires, auxquels nous ratifions aujourd’hui notre reconnaissance et notre certitude que les accords passés seront exécutés.
Nous avons mis en marche récemment de nouveaux procédés permettant de hâter les transactions avec l’étranger, ce qui implique l’élévation de la discipline et du contrôle dans ce domaine.
Personne ne peut dépenser plus qu’il ne perçoit
Nous avons été conséquents face à la nécessité d’ajuster les dépenses aux revenus. Je ne suis pas économiste, et il ne m’a pas incombé durant toutes ces années de Révolution de me consacrer en détail au développement de l’économie, mais je pars d’une logique élémentaire, comme je l’avais déjà dit à la session parlementaire précédente: personne, ni un individu ni un pays, ne peut dépenser indéfiniment plus qu’il ne perçoit. 2 + 2 feront toujours 4, jamais 5. J’ajoute aujourd’hui, comme je l’ai dit voilà trois jours au Plénum du Comité central, que, dans les conditions de notre socialisme imparfait et à cause de nos propres insuffisances, bien souvent 2 + 2 = 3.
Nous nous sommes attelés à la mise au point des plans économiques de l’année prochaine dont les grandes lignes ont déjà été approuvées par le Conseil des ministres. J’en mentionnerai deux: planifier la balance des paiements sans déficit, et même avec une réserve qui permettrait de faire face à des imprévus, et donner la priorité absolue à la croissance des productions et des services apportant des revenus en devises.
Telle est la ligne que nous avons adoptée au Septième Plénum et que toutes les institutions doivent exécuter, sous la conduite du ministère de l’Economie et de la Planification, un important organisme de l’Administration centrale de l’État que nous avons tous l’obligation d’aider, de soutenir et surtout de suivre.
Nous continuerons cette année-ci d’adopter des mesures pour renforcer nos institutions et le fonctionnement du gouvernement et de l’Etat. Quatre nouveaux vice-présidents du Conseil des ministres ont été nommés qui, aux côtés des deux déjà existants, ont la mission de superviser des ministères, des institutions nationales et d’importants programmes de développement. Nous avons continué de restructurer l’appareil d’État en fusionnant plusieurs organismes de l’Administration centrale et d’autres organes, ce qui a permis de réduire les dépenses, le transport et les effectifs, sans parler de la paperasserie inutile. Ce processus se poursuivra graduellement afin d’élever l’efficacité de la gestion gouvernementale. La cohésion et le travail harmonieux et intégré des organes de direction collectifs du Parti, de l’Etat et du gouvernement se renforcent.
MALGRÉ LES TENSIONS, ON CONSTATE DE MODESTES PROGRÈS
Malgré les tensions existant dans notre économie, on constate de modestes progrès. L’équilibre monétaire interne est l’un des plus favorables de vingt dernières années. Les prix, bien qu’élevés, restent stables. Par ailleurs, l’incorporation des gens au travail a augmenté. Sauf exceptions, les productions agro-alimentaires et industrielles, le transport vu dans son ensemble s’accroissent, et les services sociaux à notre population, en particulier la santé, l’éducation et les activités culturelles et artistiques, sont garantis à notre population.
En matière de santé, indépendamment des déficiences que nous connaissons tous, nous avons prouvé sans conteste notre capacité à faire face à des épidémies de toutes sortes.
Nous sommes l’un des rares pays au monde à pouvoir affirmer qu’il a contrôlé la pandémie du virus A H1N1. Ainsi, jusqu’à hier soir, alors que cette maladie croît indéfectiblement dans plus de cent soixante et onze nations et que, selon les chiffres fournis par les États à l’Organisation mondiale de la santé, l’on comptait plus de 177 000 malades et plus de 1 100 décès, Cuba n’a confirmé que 242 cas, dont 135, plus de la moitié, ont été importés (autrement dit, il s’agit de personnes déjà infectées à leur entrée dans l’île), 50 ont été introduits (des personnes infectées par des malades en provenance de l’étranger) et seuls 57 sont qualifiés d’autochtones (infectés sur place par des cas introduits). Sur ces 242 cas, 232 ont été jugés guéris et les dix restants évoluent favorablement. Nous n’avons pas eu à déplorer à ce jour de complications ni de décès. C’est là un succès du système de santé mis en place par la Révolution, ainsi qu’un exemple des résultats qu’on peut atteindre quand on fournit les arguments nécessaires, qu’on adopte les mesures organisationnelles requises avec la participation de tout le peuple et qu’on fait preuve d’exigence.
J’appelle notre peuple a économiser le plus possible
Je pourrais mentionner d’autres exemples, comme le fait qu’à ce jour nous avons pu éviter les coupures de courant si gênantes pour la population pour déficit de production, hormis les coupures motivées par la maintenance des réseaux de distribution d’électricité ou pour d’autres causes.
Ceci aurait été impossible sans la stratégie tracée par le camarade Fidel et les mesures suivantes adoptées en matière de production et d’économie d’énergie électrique. Dans les premiers mois de l’année, on le sait, la demande avait fini par dépasser largement la consommation planifiée dans des circonstances où il s’avérait impossible d’importer davantage de pétrole. Les décisions adoptées ont permis d’inverser cette situation en juin, même si les résultats n’ont pas été aussi favorables en juillet. Il semblerait que l’élan initial soit en train de céder, comme cela arrive d’ordinaire, ce qui est un défaut qui caractérise pas mal nos cadres et fonctionnaires. Il faut être encore plus rigoureux pour le reste de l’année et à l’avenir sur ce point crucial. C’est très simple: il n’existe pas d’autre solution que de s’ajuster strictement au plan.
On a appliqué des mesures exceptionnelles, comme le retrait du service à des organes donnés pour avoir dépassé la consommation planifiée, avec tous les inconvénients que cela entraîne, et on a infligé des amendes à bon nombre de petits malins pour avoir trafiqué les compteurs d’électricité de leurs domiciles. J’avertis ces derniers que nous agirons encore plus sévèrement, y compris en coupant l’électricité aux récidivistes pour des périodes prolongées, voire, le cas échéant, définitivement.

Bien que l’on soit parvenu à freiner la hausse de la consommation d’électricité dans le secteur public, elle continue d’augmenter dans le secteur résidentiel. Sans vouloir ignorer les températures élevées de ces mois-ci, le fait que nous soyons en période de vacances et d’autres raisons objectives, mais conscient qu’il existe encore des possibilités de réduction, j’appelle notre peuple à économiser le plus possible. Il incombe aux organisations de masse dans les îlots de jouer un plus grand rôle dans ce sens, sous la direction du Parti, par des actions rationnelles et dûment coordonnées visant à convaincre la population.
Les dépenses sociales doivent être en accord avec les possibilités réeelles
Il existe de nombreux besoins, et il faut savoir sérier les priorités. Leur satisfaction dépendra de notre capacité à travailler plus et mieux. Ce qu’il faut bannir définitivement, en tout cas, c’est l’attitude irresponsable de consommer sans que personne ou presque personne ne s’inquiète de savoir ce qu’il coûte au pays de garantir cette consommation et surtout s’il est vraiment en condition de le faire.
Nous savons combien il est douloureux, par exemple, de n’avoir pas de logement, mais, comme je l’ai dit à plus d’une reprise, régler cette situation ne dépend pas de simples vœux: il y faut du temps, des ressources et surtout du travail, et tout ceci est encore plus difficile si, comme cela arrive généralement, les bâtisseurs font défaut.
Dans certaines provinces, il n’y a même pas assez de gens disposés à être enseignants ou agents de police, ou à faire des travaux qui exigent qu’on s’y consacre à fond ou un effort physique. J’en ai parlé à la session de l’Assemblée nationale précédente, et j’ai été au courant et je continuerai de l’être de la façon dont marche l’incorporation de la population à ces tâches.
C’est une question où il s’impose de chercher des solutions ajustées à la réalité, en plus des appels à l’honneur des gens, qui sont eux aussi importants.
Dans l’enseignement, plus de 7 800 retraités ont repris le chemin des classes et 7 000 autres ont ajourné leur retraite, ce qui, de pair avec les professeurs qui ont renoncé à partir et à ceux qui se sont réincorporés, nous permet de pouvoir compter à la prochaine rentrée scolaire sur presque 19 000 enseignants de plus. Je suis sûr que l’exemple de ces camarades poussera ceux qui ne l’ont pas encore fait à adopter cette même conduite et que, par ailleurs, ceux qui atteignent l’âge de la retraite resteront si possible à leur poste un temps de plus, un petit temps de plus, touchant la pension correspondante en plus de leur salaire. Ce sont là des chiffres considérables.
Une modeste hausse des salaires dans ce secteur, on le sait, a été adoptée récemment. Nous aurions voulu qu’elle soit supérieure et – c’est du moins ce que nous avions tenté – que l’effort de nos instituteurs et professeurs soit rétribué plus justement, mais, en étudiant cette question plus en profondeur, nous n’avons pu adopter que cette hausse-là dans la conjoncture actuelle, et c’est bien ainsi que ces travailleurs dévoués l’ont compris.
Les dépenses sociales doivent être en accord avec les possibilités réelles, ce qui impose de supprimer celles dont il possible de se passer. Il peut s’agir d’activités bénéfiques, voire louables, mais qui ne sont tout simplement plus en conformité avec notre économie.
À cet égard, on étudie les moyens de réduire les chiffres d’élèves en internat et semi-internat dans les établissements d’enseignement de tous les niveaux. Ainsi, il existe des écoles du premier et du deuxième cycle du second degré à la campagne, à des endroits où leur participation à des travaux agricoles n’est plus requise et dont les élèves proviennent en majorité de zones urbaines. Ces institutions seront transférées en ville à mesure que les conditions matérielles et organisationnelles seront assurées.
Cette décision vise à diminuer davantage les grosses dépenses dans l’éducation sans porter atteinte à sa qualité, ce qui évitera par ailleurs à environ cinq mille professeurs de longs trajets quotidiens aller-retour et rehaussera le rôle de la famille dans la formation des enfants. Il faudra toutefois continuer de disposer de quelques internats en zones rurales.
Il est un autre domaine où l’on avance solidement: l’harmonisation des places offertes par les établissements d’enseignement avec les exigences actuelles et prospectives du développement socio-économique de chaque territoire.
Toujours au profit de la rationalité, on adoptera d’autres décisions dans l’enseignement, la santé publique et le reste des secteurs budgétisés afin d’éliminer des dépenses qui sont tout simplement insoutenables, qui ont augmenté au fil des années, qui sont par ailleurs peu efficaces ou, pis encore, qui font que certains ne ressentent même pas le besoin de travailler.
C’est dans le cadre de cette conception qu’on a réglementé le multi-emploi comme solution de rechange pour mieux tirer profit des potentialités des travailleurs et comme moyen d’élever les salaires. Elle touche les étudiants en âge de travailler, une pratique répandue dans le monde qui, non contente de satisfaire des besoins personnels, contribue à mieux les préparer à la vie professionnelle et surtout à la vie tout court.
Il nous faut connaître nos limitations, non pour en prendre peur ou pour les brandir comme prétexte à ne rien faire, mais pour décider de la meilleure alternative et s’attacher à la mettre en pratique.

Incorporer le plus grand nombre de personnes possibles à la production d’aliments
Le 26 juillet dernier, j’ai parlé des résultats obtenus dans la production de lait et dans la distribution des terres en friches, et j’ai signalé qu’il était urgent de tirer profit, de la manière la plus intensive possible, des terrains existant aux alentours de la quasi-totalité des villes et villages.
La première expérience a démarré à Camagüey. Y participent tous les organes et organismes, sous la direction de l’administration de la province, à partir de leurs propres ressources et en recourant largement à la traction animale. Il est prévu de commencer à étendre cette expérience en janvier prochain à une commune principale de chaque province.
«Agriculture suburbaine», tel est le nom de ce programme qui se déroulera sur les terres entourant les villes et localités jusqu’à une distance qui permette à leurs habitants d’y travailler en dépensant le moins de carburant possible.
Cette nouvelle tâche a été confiée au ministère de l’Agriculture, spécifiquement au député Adolfo Rodriguez Nodal et à sa petite équipe de travail, qui ont obtenu des résultats saillants en agriculture urbaine, fruit de leur exigence et de leur action systématique, comme le prouvent les quatre contrôles annuels qu’ils réalisent dans tous les provinces et communes du pays.
Foin, donc, de tracteurs et de carburants, même à supposer que nous en ayons assez. L’idée de ce programme est de travailler essentiellement avec des bœufs, car il s’agit de petites exploitations, exactement comme un nombre croissant de producteurs sont en train de le faire avec d’excellents résultats. J’en ai visité certaines, et j’ai pu constater qu’ils ont transformé les terres qu’ils travaillent en de vrais jardins où chaque pouce de terrain est mis à profit.
On travaille aussi à perfectionner le système de collecte des produits agricoles selon une conception intégrale. Comme la presse en a informé, il s’applique déjà dans les provinces havanaises, bien qu’il se heurte à de nombreux et vieux problèmes qui se sont éternisés, tout autant que la bureaucratie qui a géré cette activité pendant si longtemps. On y apportera les ajustements nécessaires en fonction des résultats et on le généralisera au reste du pays. On est en train de conclure la remotorisation de cent quarante-cinq vieux camions qui sortiront rajeunis des ateliers et qui seront consacrés à l’approvisionnement de la capitale. On fera sans retard la même opération sur cinquante-cinq autres camions pour porter le total à deux cents.
C’est dans cet esprit qu’il faut travailler, non seulement dans l’agriculture, mais dans chaque activité de la production et des services qui apporte des revenus à la nation et se substitue à des importations.
Nous devons continuer d’incorporer le plus grand nombre possible de personnes à des tâches stratégiques, telle la production d’aliments que nous avons déjà signalée comme une question de sécurité nationale, en recourant à toutes les formes de propriété existantes et dans l’ordre requis.
Nous pouvons compter sur de nombreux diplômés universitaires, qui dépassent largement les besoins dans certaines spécialités, mais si nous ne parvenons pas à changer les mentalités et à créer les conditions objectives et subjectives qui garantissent que l’on puisse disposer opportunément de la main-d’œuvre qualifiée, qui travaillera la terre ? Qui travaillera dans les usines et les ateliers ? Qui créera en définitive les richesses matérielles dont notre peuple a besoin ? On a parfois l’impression que nous sommes en train d’avaler le socialisme avant de le bâtir et que nous aspirons à dépenser comme si nous vivions dans le communisme.
Le prestige de cette petite île s’accroit
Je passe à un autre point. Les sept premiers mois de l’année ont été témoins d’une activité marquante de Cuba dans l’arène internationale. Même nos ennemis les plus jurés ne peuvent nier que le prestige de cette petite île grandit.
Nous venons de céder à l’Egypte la présidence du Mouvement des pays non alignés qui, de l’avis des pays membres, s’est revitalisé ces trois dernières années sous la conduite de Cuba et qui fait preuve d’une cohésion et d’une influence supérieures dans les instances mondiales les plus variées.
Les peuples et gouvernements latino-américains et caribéens, donnant une preuve supplémentaire des profonds changements survenus ces cinquante dernières années à partir de la victoire de la Révolution cubaine et du fait que les prétentions de nous isoler sur ce continent ont échoué, ont réclamé unanimement et toujours plus fortement la levée du blocus étasunien, au Sommet des Amériques tenu à Port-of-Spain.
L’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA) et toute la région ont remporté une victoire éclatante à San Pedro Sula (Honduras) lorsque, surmontant l’opposition des Etats-Unis, décision a été prise d’éliminer sans aucune condition l’exclusion anachronique de Cuba de l’Organisation des Etats américains, bien que nous ayons réitéré une fois de plus que nous n’avions pas la moindre intention d’y retourner, pour des raisons évidentes que vous connaissez tous.
Cuba participe activement aux différents mécanismes d’intégration de la région. Son entrée au Groupe de Rio comme membre à part entière, en décembre dernier, a été un fait d’une grande importance.
Nos relations politiques et économiques avec le Venezuela et les autres nations de l’ALBA, et avec d’autres pays de la région et du monde progressent d’une manière soutenue et ferme. L’ALBA, forum d’intégration et de solidarité, se consolide, tout en commençant à être en butte aux actions de l’impérialisme.
Cette Assemblée nationale vient d’adopter une Déclaration sur le Honduras. Cuba a condamné catégoriquement le coup d’État dans ce pays, soutenu résolument le retour immédiat et inconditionnel du président légitime à son poste, et exprimé sa solidarité avec cette nation sœur. Ce qu’il advient au Honduras sera décisif pour l’avenir de Notre Amérique. Le peuple hondurien dira le dernier mot.
j’ai ete elu pour maintenir et pour continuer de perfectionner le socialisme, pas pour le d’Etruire!
Malgré les difficultés économiques et financières, nous avons honoré nos engagements moraux en matière de coopération et de solidarité.
Les deux nations centraméricaines avec lesquelles nous n’avions pas de relations diplomatiques les ont rétablies ces derniers mois.
On pourrait se demander: quel est le pays isolé sur ce continent ? Pas Cuba, à ce qu’il semble…
Nous avons observé avec attention l’attitude de la nouvelle administration étasunienne envers notre nation. Si nous nous en tenons strictement aux faits, il faut dire alors que le blocus économique, commercial et financier reste intact et fonctionne dans toute sa rigueur, comme le prouvent la traque dont font l’objet nos transactions avec des pays tiers et les amendes infligées toujours plus à des sociétés étasuniennes et à leurs filiales étrangères. De même, Cuba constitue d’être inscrite sans la moindre justification sur la liste des Etats promoteurs du terrorisme international que dresse tous les ans le Département d’État.
Les mesures positives, quoique minimales, annoncées le 13 avril dernier à la veille du Sommet des Amériques, compte tenu de l’opposition de tout le continent au blocus, et selon lesquelles les restrictions aux voyages des Cubains vivant dans ce pays et aux envois de fonds familiaux seraient levées et certaines opérations de télécommunications permises n’ont pas encore été appliquées à ce jour. Il est important que cela se sache, parce qu’il existe pas mal de confusion et de manipulation dans la presse internationale à cet égard.

Il est vrai que l’agressivité et la rhétorique anticubaines ont cédé dans l’administration étasunienne et qu’après six années de suspension sur décision de Bush, les conversations entre les deux gouvernements sur le thème migratoire ont repris le 14 juillet dernier et qu’elles se sont déroulées d’une manière sérieuse et constructive. Cuba a répété qu’elle continuera d’appliquer scrupuleusement, comme jusqu’à présent, les accords migratoires et elle a dénoncé que la Loi d’ajustement cubain et la politique «pieds secs/pieds mouillés» toujours appliquées par l’administration étasunienne stimulaient les départs illégaux et la contrebande de personne.
Voilà quelques semaines, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a déclaré: «…nous nous ouvrons au dialogue avec Cuba, mais qu’il soit très clair que nous voulons des changements fondamentaux dans le régime cubain.»
Je me vois donc dans l’obligation, avec tout le respect que je lui dois, de répondre à Mme Clinton et, au passage, à ceux qui dans l’Union européenne nous réclament des gestes unilatéraux en vue de démonter notre régime politique et social.
On ne m’a pas élu président pour restaurer le capitalisme à Cuba ni pour brader la Révolution. J’ai été élu pour défendre, pour maintenir et pour continuer de perfectionner le socialisme, pas pour le détruire ! (Applaudissements prolongés.)
C’est là quelque chose qui doit être absolument clair, parce qu’il représente la ferme volonté du peuple cubain qui a adopté en février 1976 par référendum, au vote direct et secret de 97,7% des électeurs, la Constitution de la République dont l’article premier stipule: «Cuba est un Etat socialiste de travailleurs, indépendant et souverain, organisé avec tous et pour le bien de tous, en tant que république unitaire et démocratique, en vue de la jouissance de la liberté politique, de la justice sociale, du bien-être individuel et collectif et de la solidarité humaine.»
Et, plus récemment, en 2002, concrètement du 15 au 18 juin, un total de 8 198 237 citoyens, soit la quasi-totalité de la population en âge de voter, ont signé une demande réclamant à cette Assemblée nationale de promouvoir une réforme de la Constitution qui a ratifié celle-ci dans toutes ses parties et a déclaré irrévocables le caractère socialiste et le système politique et social entérinés dans notre loi fondamentale, ce que les députés ont adoptée à l’unanimité en séance extraordinaire les 24, 25 et 26 juin.
Je saisis l’occasion pour réitérer que Cuba est disposée à soutenir avec les Etats-Unis un dialogue respectueux, entre égaux, sans la moindre offense à notre indépendance, à notre souveraineté et à notre autodétermination. Nous sommes prêts à parler de tout, je le répète: de tout, mais des choses d’ici, de Cuba, et des choses de là-bas, des Etats-Unis, pas à négocier notre système politique et social. Nous ne leur demandons pas, nous, ce genre de choses. Alors, respectons mutuellement nos différences.
Nous ne reconnaissons pas au gouvernement de ce pays, ni à aucun autre ni à aucun groupe d’Etat, la moindre juridiction sur nos affaires souveraines.
A Cuba, depuis le triomphe de la Révolution, il n’y a jamais eu d’exécutions extrajudiciaires, de personnes disparues, de personnes torturées… Permettez-moi de rectifier: à Cuba, oui, il y a eu des tortures, mais sur la base navale de Guantanamo imposée à notre patrie voilà plus de cent ans à la suite de l’infâme amendement Platt votée par le Congrès des Etats-Unis comme condition à la fin de l’occupation militaire de ce pays. Là oui, on a torturé, et cette base fait partie du territoire cubain, même si nous ne l’avons pas installée, nous. Je dis donc à Mme Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat, avec tout le respect que je lui dois: si vous voulez discuter de tout, eh bien, nous discuterons de tout, de nos choses à nous, mais aussi de vos choses à vous !
L’administration a annoncé la fermeture de sa prison de Guantanamo, en écho à une juste réclamation de l’opinion publique mondiale, mais les choses ne terminent pas là: nous ne renonçons pas ni ne renoncerons jamais à la rétrocession inconditionnelle de ce pan de territoire cubain.
Puisque je viens de redire que nous sommes disposés à régler le contentieux avec les Etats-Unis, je tiens à préciser que nous abordons cette question avec la plus grande sérénité et sans la moindre hâte. Voilà cinquante ans que nous marchons sur le fil du rasoir: nous sommes bien entraînés à ça et nous sommes capables de résister cinquante autres années d’agressions et de blocus (applaudissements).

Les générations qui nous succèderont ne désarmeront jamais sur le terrain idéologique
On entend dire dans les milieux de pouvoir étasuniens qu’il faudra attendre la disparition de la génération historique de la Révolution, un pari sinistre sur ce qu’on appelle le «facteur biologique», ou, ce qui revient au même, sur la mort de Fidel et celle de nous tous.
Ceux qui pensent ainsi courent à l’échec, parce que les générations de patriotes révolutionnaires qui nous succéderont, en premier lieu notre magnifique jeunesse, ne désarmeront jamais sur le terrain idéologique; et, à leur côté et aux côté du Parti, en toute première ligne il y aura à jamais les mambises du XXIe siècle, nos glorieuses Forces armées révolutionnaires qui ont été capables, cette fois-ci, d’entrer victorieuses dans Santiago de Cuba le 1er janvier 1959, avec leur commandant en chef à la tête (applaudissements).
Je n’ai pas mentionné le ministère de l’Intérieur parce qu’il n’existait pas encore quand nous sommes entrés dans Santiago et que je le considère en fait comme un membre de la même famille qui poursuit les mêmes objectifs.
Nos cinq Héros, incarcérés depuis onze ans dans des prisons étasuniennes pour avoir combattu les plans terroristes contre Cuba, sont un exemple éloquent de cette attitude. Le mouvement mondial en faveur de leur libération ne cesse de s’étendre, et cette Assemblée a adopté aujourd’hui un appel aux parlements et peuples du monde pour dénoncer cette injustice. D’ici, nous adressons à Gerardo, à Ramon, à Antonio, à Fernando et à René une forte accolade et leur disons notre admiration pour leur fermeté inébranlable, qui est d’ores et déjà un symbole de la Révolution cubaine (applaudissements).
C’est le peuple, avec son Parti à l’avant-garde, qui doit en décider
Il me reste une autre question importante à aborder et dont notre presse a parlé hier: le Septième Plénum du Comité central a décidé d’ajourner le Sixième Congrès du Parti prévu pour la fin de l’année.

La tâche qui attend les communistes et tout notre peuple est grande: définir avec la plus vaste participation populaire possible la société socialiste à laquelle nous aspirons et que nous sommes en mesure de construire dans les conditions actuelles et futures de Cuba, fixer le modèle économique qui régira la vie de la nation au profit de nos compatriotes et assurer l’irréversibilité du régime sociopolitique du pays, seule garantie de sa véritable indépendance.
On peut donc comprendre l’ampleur des études en cours qui concernent les principaux aspects de l’activité nationale, au milieu des urgences et des tensions associées à la situation économique.
Ce qui comprend, entre autres points, l’unification monétaire en vue de supprimer la double monnaie – qu’il a fallu établir à un moment donné – la suppression de gratuités, à l’exception de celles que stipule la Constitution, et de subventions indues, le système de rétribution salariale selon le principe socialiste: «De chacun selon ses capacités ; à chacun selon son travail.»

Un congrès formel qui n’approfondirait pas ces questions stratégiques et ne dicterait pas des lignes directrices vers l’avenir serait dénué de sens et de contenu. Bref, il s’agit, camarades, de prendre le taureau par les cornes et d’identifier nos principaux problèmes, ce qui prendra forcément un petit peu de temps.
Conformément à ce qu’a adopté le Septième Plénum du Comité central – la note a été publiée hier dans la presse – il s’impose d’abord de conclure la préparation de tout le parti, puis de procéder à une analyse avec l’ensemble de la population et, enfin, de ne tenir le Congrès lorsque ce grand processus aura pris fin. Tel sera le vrai Congrès où tous les problèmes seront discutés par les communistes et par tout le peuple.
Si nous voulons réaliser un Congrès pour de bon, dans une situation comme la nôtre, chercher des solutions aux problèmes et regarder vers l’avenir, il faut qu’il en soit ainsi. C’est le peuple, avec son Parti à l’avant-garde, qui doit en décider.
En cinquante ans de Révolution, nous avons acquis l’expérience suffisante dans la consultation du peuple. La plus récente à l’échelle nationale a été l’analyse de mon discours du 26 juillet 2007 à Camagüey: les mois de septembre-octobre ont été consacrés à sa discussion à la base, bien que les thèmes ne se soient pas bornés à ceux du discours, et la population a été encouragée à se prononcer sur n’importe point l’intéressant, ces vues s’étant avérées très utiles à la direction du pays dans son travail postérieur; le mois de novembre de cette année-là a été consacrée à la collecte des informations et à la préparation du résumé correspondant, et le rapport final a été analysé par le Parti en décembre. Plus de 5 100 000 personnes ont participé aux réunions d’étude, pour un total de 3 255 000 interventions, dont 1 301 203 étaient des prises de position concrètes et 48,8% des vues critiques. On a pris bonne note des résultats de cette activité.
Les prises de position les plus réitérées concernaient la production d’aliments, la décision irrévocable de construire le socialisme, la substitution d’importations, l’élévation de la production, la situation économique et sociale, le concept selon lequel on ne peut dépenser plus que ce que l’on perçoit, les manifestations de corruption et la délinquance, la préparation à la défense et le rôle des cadres politiques et administratifs. Comme vous pouvez le constater, ce sont là des thèmes très en rapport avec la teneur du Congrès et l’avenir du pays. Je tiens à préciser que ce processus a été conçu comme un ballon d’essai en prévision de ce Congrès du Parti.

Son ajournement ne veut absolument pas dire, tant s’en faut, que sa préparation se paralyse: cette décision implique qu’il faut prendre des mesures irrévocables, comme la rénovation des organes de direction supérieurs du parti.
Le Comité central est formé de magnifiques compañeros, mais beaucoup n’occupent plus les responsabilités qu’ils avaient lors de leur élection voilà douze ans, alors que cette période, qui aurait dû être de cinq ans, s’est prolongée à cause du retard accumulé dans la tenue du Congrès.
L’article 46 des Statuts du parti stipule: «Entre deux Congrès, le Comité central peut convoquer une Conférence nationale pour aborder des points importants de la politique du Parti. La Conférence nationale sera habilitée à incorporer de nouveaux membres à l’organisme et à en séparer ou libérer ceux qu’elle jugerait utiles. Le nombre de participants et la modalité de leur élection, ainsi que les normes devant régir la préparation et le déroulement de la Conférence nationale sont fixés par le Bureau politique.»

C’est en accord avec cet article que le Septième Congrès a décidé de convoquer une Conférence nationale, essentiellement pour élire les nouveaux organismes de direction, à savoir le Comité central, le Bureau politique et le Secrétariat, qui sont responsables de poursuivre et de conclure les préparatifs du Congrès. Nous n’avons jamais réalisé auparavant une réunion de ce genre et nous pouvons l’organiser dans des délais relativement brefs, ce que nous ferons.
Dès le 1er janvier 1959, notre ligne invariable a été d’analyser avec le peuple chaque problème important, aussi difficile qu’il soit. Si nous avons survécu un demi-siècle à toutes les difficultés et agressions, c’est parce que la Révolution est l’œuvre de l’immense majorité des Cubains.
Solidement unis, nous serons conséquents avec la longue histoire de lutte de notre peuple, avec les enseignements de Fidel et avec notre engagement éternel envers ceux qui sont tombés.
Je vous remercie. (Ovation.)

LA DUPLICITÉ DES USA FACE AU PUTSCH DU HONDURAS

La Havane. 4 Août 2009
Raimundo Rodriguez, envoyé spécial, Granma international

Tegucigalpa, 3 août (PL). - Le Front national contre le coup d’Etat au Honduras a accusé les Etats-Unis de pratiquer une politique de deux poids deux mesures dans le traitement du putsch pour permettre au gouvernement illégitime de gagner du temps et de se consolider.
Au cours d’une conférence de presse improvisée sur la voie publique en présence de milliers d’instituteurs et de professeurs, les dirigeants du Front ont expliqué que tel était le but de la médiation du président du Costa Rica, Oscar Arias.
Le secrétaire général de la Fédération unitaire des travailleurs (FUTH), Israel Salinas, a précisé que dès le début du coup d’Etat, le Front a été convaincu de la duplicité des Etats-Unis.
Au milieu de la foule, plusieurs voix scandaient: «Quelle hypocrisie!»
Salinas a ajouté que même si le gouvernement des Etats-Unis déclare publiquement reconnaître Manuel Zelaya en tant que seul président du Honduras, il n’a toujours pas qualifié les événements du 28 juin de coup d’Etat.
«Les USA ont adopté une stratégie qui vise à prolonger la situation et à consolider la clique putschiste», a-t-il averti.
«C’est pourquoi le Front appelle le gouvernement des Etats-Unis à adopter des sanctions concrètes pour que notre pays puisse se débarrasser de ces usurpateurs».
Interrogé sur la médiation d’Oscar Arias, le coordinateur général du Front et président de la FUTH, Juan Barahona, a tenu à rappeler que depuis le jour même du coup d’Etat, les forces populaires ont refusé le dialogue avec les putschistes.
Il a précisé qu’entrer en pourparlers avec eux revenait à conférer une légitimité à un groupe de militaires et d’entrepreneurs qui se sont emparés du pouvoir en violant les normes constitutionnelles et en supprimant l’Etat de droit.
Il a également rejeté les démarches engagées avec Arias par le secrétaire ibéro-américain, Enrique Iglesias, un proche du cardinal Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga, qui a soutenu le coup d’Etat.
Barahona a souligné que toutes ces manœuvres dilatoires ne profitent qu’aux putschistes.
«C’est la résistance du peuple qui permettra de venir à bout des putschistes. C’est à nous d’agir, personne ne le fera pour nous», a-t-il conclu.

lundi 27 juillet 2009

POUR METTRE FIN AU COUP D'ÉTAT AU HONDURAS, LE CANADA DOIT AGIR MAINTENANT!

Un mois s'est écoulé depuis le coup d'État du 28 juin au Honduras, par lequel le président élu, Manuel Zelaya, a été démis de ses fonctions et exilé, alors que l'un des dirigeants du coup d'État, Roberto Micheletti, a été mis à sa place soi-disant comme "président intérimaire". En dépit de cela, des manifestations de protestation, des grèves générales en cours dans le pays, et de la condamnation internationale unanime, y compris la suspension du Honduras de l'Organisation des États américains (OEA), les dirigeants du coup d'État se maintiennent au contrôle du pays.
Le Canada et les autres États impérialistes - les États-Unis en premier - ont d'abord été forcés de se dissocier publiquement du coup d'État. Mais la secrétaire d'État états-unienne, Hillary Clinton, et le gouvernement Harper, à Ottawa, refusent d'exiger le retour de Zelaya au pouvoir, et, par conséquent, les échanges commerciaux et la fourniture d'aide économique se poursuivent. Comme l'a dit un analyste, «si l'administration Obama voulait vraiment mettre fin à ce coup d'État, il lui suffirait de donner un coup de téléphone!»
En effet, l'allégation selon laquelle le gouvernement états-unien n'a pas été étroitement impliqué dans le coup d'État ne tient pas debout. La majorité des membres du commandement de l'armée hondurienne et des autres hauts fonctionnaires de l'État ont été formés aux États-Unis (entre autres à la célèbre «École des Amériques»). L'armée et les services d'intelligence états-uniens savent tout ce qui se passe au Honduras et dans les autres États faibles de type néo-colonial de la région. Quant à la mafia terroriste, d'origine cubaine, appuyée par les États-Unis et basée à Miami, a des liens étroits avec l'oligarchie hondurienne, y compris par leur participation au lucratif commerce des drogues.
L'impérialisme joue double jeu quand il fait, d'une part, de grandes déclarations contre le coup d'État, alors qu'il applaudit en privé les auteurs de ce coup, en les protégeant de toute pression internationale concertée, donnant ainsi aux putschistes le temps d'étouffer la résistance locale et de consolider leur emprise inconstitutionnelle sur le pouvoir.

Et la raison est simple : le Honduras est un terrain d'essai pour de nouvelles tactiques servant à renverser des gouvernements socialistes, anti-impérialistes, progressistes ou d'orientation de gauche en Amérique latine, qui tiennent compte des conditions actuelles et qui sont différentes de celles des années 1950, 60 et 70, alors que les coups d'État appuyés et conçus par les États-Unis se multipliaient dans tout l'hémisphère des Amériques.
Le président Zelaya a perdu la faveur de la classe dirigeante du Honduras et de ses alliés états-uniens quand il a commencé à adopter des politiques plus indépendantes et plus favorables au peuple, quand il s'est fortement opposé à la privatisation de HonduTel et d'autres entreprises de services publics, quand il a développé ses liens diplomatiques, économiques et politiques avec Cuba, avec le Venezuela et avec d'autres États progressistes, pour ensuite rejoindre l'ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques). Lorsque les cercles oligarchiques au sein de l'État (les forces armées honduriennes, le système judiciaire et le Congrès) ont conclu qu'ils avaient perdu le contrôle effectif de Zelaya, et qu'un grand pourcentage de travailleuses/eurs, de paysannes/ans et de pauvres avait commencé à prendre forme, ils ont décidé le moment était venu d'agir.
Le Parti communiste du Canada se joint aux mouvements ouvrier, progressive et aux autres organisations démocratiques pour condamner clairement et sans équivoque le coup d'État au Honduras et pour exiger le rétablissement immédiat du président Manuel Zelaya à ses fonctions et l'arrestation et le châtiment des responsables du coup d'État. Nous exigeons également que le gouvernement du Canada condamne les attaques brutales du régime contre les travailleuses/eurs, les jeunes et les autres citoyennes/ens honduriennes/iens opposées/és au coup d'État, et exige que les leaders du coup d'État se rendent et rétablissent immédiatement à son poste légitime le président élu démocratiquement, sans conditions. Ces demandes doivent être combinées aux mesures suivantes:
cesser tous les programmes d'aide au Honduras, directs ou appuyés par l'État, qui profitent à l'oligarchie;
cesser les relations diplomatiques avec le Honduras et déclarer l'ambassadeur hondurien au Canada persona non grata; et

imposer des sanctions économiques, politiques et militaires généralisées contre le Honduras

Toutes ces mesures seront nécessaires et pourront suffir si les positions du Canada sont traduites par des actes réels. Nous sommes convaincus que le peuple hondurien, au moyen de l'appui et de la solidarité des peuples du monde, réussira à renverser ce coup d'État, à vaincre les machinations actuelles et futures de l'oligarchie et de ses appuis impérialistes!

Déclaration émise par le Parti communiste du Canada
290A Danforth Ave., Toronto, ON M4K 1N6
Tél. : (416) 469-2446 (v) - Courriel : info@cpc-pcc.ca - Internet : www.communist-party.ca


dimanche 26 juillet 2009

OPÉRATION WALKYRIE: comment Hollywood attente à l'Histoire

Une INTERVIEW de Annie Lacroix-Riz par Grégoire Lalieu 25 Fév. 2009
« Stauffenberg était un être exceptionnel », s’exclame l’acteur Tom Cruise en pleine promotion du film Walkyrie. La production hollywoodienne relate le complot du 20 juillet 1944 au cours duquel une poignée de militaires allemands tentèrent d’assassiner Hitler. Mais elle ne s’attarde pas sur le profil et les motivations de ces résistants. Annie Lacroix-Riz, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris- VII, nous explique le contexte de cet attentat manqué et saborde la vision idyllique de la vedette hollywoodienne.
Quelles étaient les motivations de Stauffenberg et son équipe : laver l’honneur de l’Allemagne sali par les atrocités d’Hitler ou sauver les meubles dans une guerre qui était sur le point d’être perdue ?

C’est bien évidemment la deuxième proposition qui est exacte. Les résistants du complot sont extrêmement tardifs et ne remettent en cause aucun des traits dominants de la politique allemande d’occupation, d’extermination et de pillage. Stauffenberg et ses compagnons ont toujours soutenu le régime. Aucune étude sérieuse sur ce colonel ne le nie et on dispose d’énormément de citations sur son approbation de toute la politique hitlérienne ainsi que sur sa contribution militaire, même avant la guerre générale. Ces hommes ont accompagné le régime nazi dans ses pires exactions. Ils viennent d’un milieu où fleurit la haine de la démocratie, de la philosophie progressiste des Lumières et des juifs.
Le but des résistants du 20 juillet était de négocier un accord avec les Anglais et les Américains. Une telle négociation était-elle possible ?
A partir de la défaite allemande de Stalingrad en 1943, il était question de négocier avec les Anglais et les Américains une solution d’Hitler sans Hitler. Il y avait déjà eu des amorces de négociations de ce type à la fin des années 30 et au début des années 40. Il s’agissait de discussions formelles, soit au niveau gouvernemental, soit au niveau du patronat, qui portaient sur un partage du continent et notamment, sur une expansion en Union Soviétique. A l’époque, ces négociations n’ont pas abouti car l’Allemagne demandait plus que ce que les Anglo-Américains étaient disposés à concéder. Il faut savoir cependant que cette politique de compromis, au départ mise en place sous le nom de politique d’Apaisement, a gardé des oreilles très attentives dans les années qui ont suivi et n’a été mise à mal que par la conjoncture militaire. En effet, le haut patronat allemand était lié avec les Britanniques et plus encore avec le patronat américain. Ainsi, peu de temps après l’entrée des Etats-Unis dans le conflit suite au bombardement de Pearl Harbour en 1941, de grandes personnalités du pétrole américain se sont réunis à Genève avec leurs collègues d’IG Farben, empire industriel allemand de la chimie. Le message de ces derniers était le suivant : « Vous nous laissez l’Union Soviétique, on s’arrange après pour le reste. » Mais bien évidemment, il n’y avait plus grand chose à négocier depuis que le Blitzkrieg (guerre-éclair) était rentré en agonie.
Cette proposition allemande n’avait donc plus grande vraisemblance. Parmi certains militaires allemands, des discussions diplomatiques allaient dans le même sens et exploraient les pistes d’une solution sans Hitler. Cette solution avait un bon écho parmi les dirigeants et le patronat anglo-américains qui tentaient de démontrer que finalement, seule une poignée d’hommes remplaçables empêchait une réconciliation avec l’Allemagne. Cet aspect très important est un trait caractéristique de la politique des Etats-Unis à l’égard de tous leurs ennemis officiels de l’époque, tels que l’Italie ou la France. Dans ce dernier cas que j’ai très bien étudié(1), les Etats-Unis cherchaient à établir ce que j’appelle une solution de Vichy sans Vichy, c’est-à-dire maintenir le régime en place et en remplacer quelques hommes seulement.
Pourquoi maintenir ces structures ?
Le grand patronat des pays occupés a maintenu ses positions d’avant-guerre, c’est-à-dire des liens très forts avec l’Allemagne et une politique de collaboration. Cette politique a été très loin, de la livraison massive de marchandises jusqu’à l’association de capitaux où on avait bien évidemment pris le soin d’évincer les apports juifs. En poursuivant au niveau du patronat les politiques qui avaient caractérisé l’entre-deux guerres, on a rénové les politiques de cartels commerciaux, les accords sur les prix, l’extension des marchés… Il est clair que le grand patronat s’est posé en soutien de l’Allemagne occupante et contrairement à ce que certaines légendes prétendent, nous n’avons trouvé aucun résistant dans ces milieux. Je l’ai étudié pour la France et des travaux de même ordre ont été réalisés pour d’autres pays.
Les Etats-Unis eux-mêmes ont mené une politique très active de collaboration avec le Reich. Officiellement, cette politique a été interrompue par les rivalités inter-impérialistes exacerbées par la Crise, surtout depuis 1934. Officieusement, les relations avec le patronat étaient maintenues de manière clandestine, même en temps de guerre. Charles Hingham nous propose une excellente synthèse de ce phénomène(2). Même durant la guerre, certains liens n’étaient donc pas coupés. Lorsqu’au terme du conflit, on a établi un compromis sur base de la défaite des partenaires-rivaux, on a officiellement repris la politique de collaboration qui n’avait donc jamais réellement été interrompue. Jacques Pauwels le démontre parfaitement dans son ouvrage "Le Mythe de la bonne guerre"(3) : le maintien de la collaboration clandestine a rendu rigoureusement impossible toute dénazification ou épuration des classes dirigeantes, dans quelque pays que ce soit.
Existait-il d’autres mouvements de résistance allemands ?
On a beaucoup parlé des mouvements de résistance catholiques dont la Rose Blanche et les frère et soeur Scholl. Je voudrais rappeler que ces mouvements se sont déployés dans les mêmes conditions que celle du haut état-major, c’est-à-dire au terme de dix ans de régime hitlérien et dans des milieux qui n’avaient en aucun cas résisté au nazisme. Il y a eu par ailleurs une incontestable résistance sociale-démocrate dont l’essentiel s’est retrouvé en exil. Mais nul ne peut nier à la lumière des travaux historiques qu’en matière de résistance active contre le régime, le SPD, le parti social-démocrate d’Allemagne, a joué un rôle très modeste. Il en va de même pour l’Eglise protestante qui n’a jamais remis en cause les conquêtes et occupations allemandes ainsi que la destruction systématique sur le front oriental de dizaines de millions d’hommes, femmes et enfants. Par contre, mon collègue Ayçoberry, un excellent spécialiste de l’Allemagne, a réalisé une étude de la société allemande de 1933 à 1945(4) dans laquelle, avec une grande honnêteté, il reconnaît que la seule résistance active et immédiate contre le régime hitlérien a été celle du KPD, le Parti communiste d’Allemagne. Cette résistance a fait l’objet d’une répression atroce et a été active de manière sensible dans le Reich ainsi qu’en exil, notamment dans les Brigades internationales. A part cela, la résistance active a été quasi nulle en Allemagne.
Quelle aurait été la suite des événements si l’opération Walkyrie avait réussi?
C’est difficile d’y répondre car la solution d’une alliance entre les Allemands et les Anglo-Américains était devenue difficilement envisageable compte tenu de l’avancée de l’Armée rouge. On pouvait également difficilement présenter à l’opinion publique l’idée que les porteurs de la civilisation occidentale à savoir les Américains, les Anglais et les Allemands, allaient maintenant se tourner ensemble contre l’Union soviétique.
Finalement, quel était l’ennemi le plus dangereux pour l’alliance américano-britannique : les nazis ou les communistes ?
Il y a encore eu d’autres tentatives après celle de Stauffenberg qui avaient toutes un objectif commun : un retournement des fronts, car l’ennemi essentiel n’était pas allemand mais soviétique. Le but poursuivi était de retrouver ce qui s’était fait après 1917, à savoir une jonction de toutes les grandes puissances contre la Russie. Sur le plan idéologique, il s’agissait de combattre les méchants communistes. Mais en réalité, la question était beaucoup plus profonde que cela. En fait, en tant que puissances impérialistes, les Etats-Unis et l’Allemagne avaient des visions très nettes sur les ressources de la Russie, qu’elle fût bolchévique ou non. Le grand historien William Appelman Williams a d’ailleurs démontré que les appétits américains sur les richesses russes étaient antérieurs à 1917. Quant aux appétits allemands, ils sont notoirement reconnus par tous les historiens spécialistes du vingtième siècle.
Il a donc d’abord été tenté de mettre fin à l’expérience bolchévique par les armes, de 1918 à 1920. Cette tentative est ensuite passée par l’établissement du cordon sanitaire. Les puissances impérialistes telles que les Etats-Unis, la France, l’Angleterre et l’Allemagne souhaitaient entourer l’Union soviétique d’une série d’Etats dont la gestion permettrait de bloquer toute éventuelle contagion. Il s’agissait le plus souvent de dictatures tellement féroces pour leurs populations que celles-ci ne seraient pas tentées d’imiter l’expérience soviétique.
Le véritable ennemi était donc communiste, si bien qu’à partir de janvier 1945, une course poursuite s’est engagée dans la complicité entre d’une part, les Américains et les Anglais, et d’autre part, les Allemands. L’historien américain Gabriel Kolko explique dans son livre « Politics of War »(5) qu’à cette période, et jusqu’à la fin de la guerre, il n’y a pratiquement plus de troupes allemandes sur le front Ouest. Il ne reste que 27 divisions dont 26 sont chargées d’organiser l’évacuation de la Wehrmacht vers les Occidentaux. Cette évacuation a d’une part permis à de nombreux criminels de guerre d’échapper au châtiment et s’est d’autre part accompagnée de la livraison maximale de matériel que l’Allemagne n’aurait probablement jamais
récupéré s’il était tombé aux mains des Soviétiques. Sur le front oriental par contre, il reste 260 divisions entièrement vouées au combat. Alors que les Américains entrent comme dans du beurre dans la zone qu’ils vont occuper et qui doit être la plus large possible, les Soviétiques se heurtent à une offensive toujours aussi effroyable. A tel point qu’à l’Est, Prague tombe le 9 mai, au-delà donc de la date officielle de capitulation.
Pourquoi le rôle de l’URSS est-il généralement minimisé dans les manuels d’Histoire ?

C’était reconnu en 1945 et ça l’est aujourd’hui par tout historien sérieux : c’est l’Unions Soviétique qui a gagné la guerre en termes militaires. Mais elle est sortie du conflit les flancs blessés. Ses pertes sont évaluées aujourd’hui au double de ce qu’elle avait reconnu en 1945. L’URSS aurait ainsi perdu entre 27 et 30 millions de personnes, soit 60% des pertes totales de la guerre. De leur côté, les Etats-Unis ont apporté une contribution militaire rigoureusement ridicule. On parle actuellement de moins de 300.000 morts à la fois sur les fronts japonais et européens. De plus, il s’agit exclusivement de pertes militaires alors que plus de la moitié des pertes soviétiques sont des pertes civiles. Les deux dernières semaines du conflit qui aboutissent à la prise de Berlin illustrent parfaitement cette asymétrie : l’Union Soviétique a perdu durant ces quelques jours plus d’hommes que les Etats-Unis n’en ont perdu durant toute la guerre sur les fronts japonais et européens!
Pourtant, ce sont les Américains qui sont sortis grands vainqueurs sur le plan économique, financier et politique. Et l’état misérable dans lequel l’URSS va sortir du conflit va contribuer à son effondrement et donc à une victoire totale des Etats-Unis. Au lendemain de la guerre, les accords prévoyaient que l’Union soviétique récupère ses frontières de 1941 et se ménage une zone d’influence dans ce qui avait été autrefois la zone du « cordon sanitaire ». Les Américains pensaient pouvoir refuser cette zone compte tenu de l’extrême faiblesse de leurs interlocuteurs. Harriman, ambassadeur américain en URSS en 1943 et 1944, sentait le pays confronté à de telles difficultés d’après-guerre qu’il confia à Roosevelt que l’Union Soviétique renoncerait probablement à cette zone d’influence si les Etats-Unis étaient disposés à lui prêter un milliard de dollars. Je vous ferai remarquer que l’URSS totalisait 200 milliards de pertes infligées par l’Allemagne ! Les Etats-Unis n’ont finalement pas pu empêcher l’établissement de cette zone d’influence, mais se sont empressés d’en limiter l’extension et la durée. Laissez-moi attirer votre attention sur un fait important que la plupart des populations ignorent parce qu’on leur laisse ignorer : des études se sont multipliées depuis quinze ans et nous ont appris que le projet américain de « Rollback », qui consistait à repousser la zone d’influence soviétique vers l’Est au profit de la zone d’influence américaine, ne date pas de la gestion d’Eisenhower à partir de 1953. C’est le projet de l’administration démocrate qui a d’emblée souhaité tirer avantage de l’état de faiblesse dans lequel la guerre avait laissé l’Union soviétique. Celle-ci s’effondrera définitivement en 1989 et c’est la conception américaine de l’Histoire qui s’est finalement imposée. Elle ne respecte en rien les réalités historiques mais illustre simplement la loi du plus fort gagnant. Voilà pourquoi nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation d’ignorance plus grande que celle des populations de 1945 où personne ne doutait de la contribution éminente de l’URSS à la victoire générale des Alliés.
Ce n’est pas la première fois qu’Hollywood interprète l’Histoire à sa manière. Quelles peuvent-être les motivations d’une telle démarche ?
Par la vision hollywoodienne, on a toujours l’impression que les choses surgissent brusquement. Tout d’un coup, des hommes pleins d’un grand sens moral s’interrogeraient sur les graves manquements à l’éthique du régime nazi. Onze ans après la prise du pouvoir par Hitler tout de même ! C’est une vision assez caricaturale qui a malheureusement prévalu dans l’historiographie dominante. Depuis que les pays socialistes sont passés au marché, la zone d’influence américaine s’est largement accrue. L’idée que les démocrates américains ont libéré l’Europe s’est imposée et il fallait que l’Allemagne y figure dignement. Par conséquent, on tente de faire passer une conception dans laquelle la Wehrmacht n’aurait pas été si vilaine que ça, contrairement aux nazis. L’armée allemande n’aurait pas participé aux massacres, y compris ceux du front Est. Or, on sait sur bases d’études sérieuses parmi lesquelles figurent les travaux de très bons historiens allemands, que la Wehrmacht a bien participé aux massacres de slaves et de juifs. Elle était un auxiliaire irremplaçable des tueurs de la SS.
Les réalités économiques et politiques sont venues brouiller le sérieux de l’étude historique et ont fait triompher une vision aussi fantaisiste que celle qui prévaut dans les films hollywoodiens. Imaginez quelle aurait été la conception de l’Histoire si l’Allemagne avait gagné la guerre ! Nous avons aujourd’hui une conception qui résulte de la victoire par K.O. des Etats-Unis mais nous reviendrons certainement à une vision populaire plus proche de la réalité historique quand les rapports de force internationaux auront changé. On peut compter sur les conséquences à terme de la crise pour conduire à une vision plus réaliste de l’Histoire et plus respectueuse des acquis de la recherche historique.
25 février 2009
(1) Annie Lacroix-Riz, "Industriels et banquiers français sous l’Occupation", Armand Collin, 1999 ainsi que Annie Lacroix-Riz, "Quand les Américains voulaient gouverner la France" in Le Monde Diplomatique, mai 2003.
(2) Charles Higham, "Trading with the Enemy, an exposé of the Nazi-American Money Plot, 1933-1949", New York, Delacorte Press, 1983.
(3) Jacques Pauwels, "Le mythe de la bonne guerre", EPO, 2005. Voir également l'article consacré à cet ouvrage sur ce site: http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2004-06-01%2013:11:24&log=lautrehistoire
(4) Pierre Ayçobery, "La société allemande sous le IIIe Reich, 1933-1945", Points, 1998
(5) Gabriel Kolko, "The Politics of War. The World and the United States Foreign Policy,
1943-1945", New York, Random House, 1969, rééd. 1990

jeudi 23 juillet 2009

VIVES PROTESTATIONS CONTRE LE PUTSCH AU HONDURAS

La Havane. 23 Juillet 2009
Granma international
• Le gouvernement du Venezuela a décidé d’ignorer l’ordre d’expulsion de son personnel diplomatique à Tegucigalpa signifié par les autorités illégitimes

• LES mouvements populaires du Honduras ont réalisé, mercredi, des marches à Tegucigalpa, la capitale, et dans des régions de l’intérieur du pays contre le coup d’Etat militaire, à la veille de la grève générale convoquée pour exiger le rétablissement de l’ordre constitutionnel.
Des milliers de manifestants ont défilé dans les banlieues du nord de la capitale, avant de se rassembler dans le Parc Central, dans l’enceinte historique, en réponse à l’appel lancé par le Front national contre le coup d’Etat.
Une manifestation semblable a eu lieu dans la ville de La Lima, dans le département de Cortés, dans le nord du pays, tandis que les opposants au putsch procédaient à des barrages de routes dans les environs de San Pedro Sula, la deuxième ville du pays, située à quelque 250 kilomètres au nord de Tegucigalpa.
Des organisations du Front des étudiants contre le coup d’Etat ont également effectué une marche de protestation dans la capitale contre le gouvernement de facto et pour la défense des conquêtes en matière d’éducation, que la clique de Micheletti a dit vouloir annuler.
Des organisations féminines se sont rassemblées devant l’ambassade des Etats-Unis pour exiger de ce pays qu’il ne reconnaisse pas le régime de facto, cesse de soutenir l’extrême droite et prenne des mesures efficaces contre les putschistes.
«Cette lutte va au-delà du rétablissement de Manuel Zelaya dans ses fonctions. Nous luttons pour l’aboutissement de nos revendications historiques», a déclaré l’une des manifestantes interrogée par l’agence Telesur.

Le dirigeant paysan Rafael Alegria a expliqué à l’agence Prensa Latina que les protestations populaires continueront jusqu’à ce que l’Etat de droit soit rétabli et jusqu’au retour du président constitutionnel Manuel Zelaya.
Alegria a annoncé que jeudi et vendredi, les travailleurs et le peuple en général paralyseront les institutions publiques et le réseau routier, et multiplieront les manifestations de soutien à la grève générale de 48 heures.
Entre-temps, le régime de facto a interpellé 121 citoyens nicaraguayens, vénézuéliens, colombiens et iraniens pour enquêter sur leurs activités dans ce pays, a révélé un porte-parole du Secrétariat à la sécurité, dont fait état l’agence ANSA.
REJET DU VENEZUELA
Le gouvernement vénézuélien a annoncé qu’il ignorait le contenu et le droit des autorités illégitimes du Honduras quant à leur intention d’expulser son personnel diplomatico-administratif, technique et des services.
Un communiqué du ministère des Affaires étrangères du Venezuela qualifie d’absurde l’annonce, rendue publique hier, quant à l’expulsion de tout son personnel diplomatique dans les 72 heures.
A cet égard, des dirigeants populaires du Honduras ont manifesté leur solidarité au Venezuela.
URIBE RECOIT LE CHEF DE LA DIPLOMATIE PUTSCHISTE
Depuis Bogota, l’agence DPA signale que le ministre hondurien des Affaires étrangères du régime de facto, Carlos Lopez, a été reçu par le président colombien Alvaro Uribe.
Lopez conduisait une délégation hondurienne composée de huit personnes qui s’est réunie à Bogota avec Uribe, au terme d’une cérémonie présidée par Uribe pour fixer les sessions du Congrès.

Pendant ce temps, Oscar Arias, le président du Costa Rica, donnait une conférence de presse pour proposer un nouveau document de médiation, qui ne ferait que retarder le retour de Zelaya à son poste légitime. (SE)